© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Îles Chausey, trois femmes fumant sur le pont du bateau.
Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 12.2 cm - Largeur 8.5 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier aristotype.
Vers 1899-1900.
Fonds de la famille Menier.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-568622 / PHO1986-1-129-176
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : Madame Georges Hugo, de face, toque et cigarette.
Auteur : Paul César HELLEU (1859-1927)
Dimensions : Hauteur 34 cm - Largeur 32 cm
Lieu de Conservation : Musée Bonnat (Bayonne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-500284 / CMNI2974
Les années 1900
La période d’avant la Grande Guerre passe pour un âge d’or. Bien sûr, c’est le cas uniquement pour l’élite sociale du pays. Par les affaires ou par la rente, la bourgeoisie s’enrichit alors considérablement. Par leur tenue et avec leurs activités de loisir, ses femmes donnent le ton à toute la société et marquent le temps : fêtes, saisons balnéaires, salons plus ou moins littéraires, s’enchaînent au fil de l’année et dans un mouvement de paraître qui s’accélère avec le développement des médias qui disent la mode et les célébrités.
La new woman fume
La reine Victoria meurt en 1901 et c’est toute la génération bourgeoise compassée qui disparaît avec elle. La femme de vingt ans des années 1900, - on ne parle évidemment que d’une élite de la fortune - est résolument « moderne ». Cette modernité passe par l’adoption et la mise en bouche d’un drôle de petit cylindre de tabac, la « cigarette ». Fabriquée par les machines de la révolution industrielle depuis les années 1870, proposée par la Régie des tabacs dans des « bondons » de 20 modules de divers tabacs (américain, français, levantin), la cigarette a gagné l’estime des consommateurs masculins et est adoptée dans les années 1900 par les consommatrices de la bonne société.
Aux larges des îles anglo-normandes, ces dames pratiquent un « sport » à la mode, le yachting (le Yachting Club anglais date de 1815). Elles ont, comme leur équipage, revêtu une tenue légère, peu encombrante, blanche : petit chapeau rond, chemisier, boléro, jupe étroite. Elles font partie de la riche famille des chocolatiers Menier. Tandis que les trois frères Henri, Gaston, et Albert développent l’usine de Noisiel (Seine-et-Marne), leurs dames et demoiselles prennent du plaisir marin. Elles goûtent l’air, le soleil, la liberté, cigarette en main ou aux lèvres.
Croquée par Paul César Helleu, le dandy adepte lui aussi de yachting, et grand portraitiste de jeunes bourgeoises, Mme Georges Hugo pose sur un canapé. Petite fille de Frédéric Dorian, industriel et ministre de la République, elle a épousé le petit fils de Victor Hugo. Chapeau rond encore sur des cheveux rassemblés en chignon, jupe serrée à la taille, bottines et gants, veste à large col et manches bouffantes, elle semble regarder le spectateur avec une véritable insolence de classe. Le dessin rappelle étrangement La lionne aux hortensias bleus ou l’Élégante au chapeau, et encore Mme Helleu sur son yacht, l’Étoile, tous tableaux du même peintre mondain. La cigarette qu’elle arbore à la bouche confirme cette vanité et objectivise son audace.
L'insouciance de la Belle Époque cesse quelques années plus tard. L’âge d’or se termine avec la guerre. Mais les tenues féminines, plus confortables et plus pratiques, vont rester, cette fois afin de faciliter les déplacements et le travail. La cigarette, objet de plaisir, de repos, va commencer une carrière d’objet d’accompagnement du travail et de détente sociale.
Auteur : Didier NOURRISSON