© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : La cigarette.
Auteur : Henri LEBASQUE (1865-1937)
Date de création : 1921
Date représentée : 1921
Dimensions : Hauteur 54 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : La Piscine, musée d'Art et d'Industrie André Diligent (Roubaix) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-000695-02 / RF1980-131
© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona / Franck Raux
Titre : Marie de Rohan-Chabot, dite princesse Murat.
Auteur : ANONYME
Technique et autres indications : Avant 1932.
Photographié par François Antoine Vizzavona.
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-028361 / VZC63676
Les années 1920
L’image d’une femme coupée à la garçonne faisant tressauter son long collier de perles sur une piste de danse et une musique de charleston caractérise le stéréotype de l'émancipation féminine des années folles. Après la grande Guerre, certaines bourgeoises semblent s’affranchir et s’amuser. Les livres (La garçonne de Victor Margueritte, 1922 ; Le blé en herbe de Colette, 1923), les magazines de mode (Femmes d’aujourd’hui, Vogue, Votre beauté), le cinéma (Greta Garbo), les progrès de l’aviation ou du tennis féminin (Suzanne Lenglen) traduiraient cette émancipation. Cette « nouvelle femme » ne concerne évidemment qu’une mince frange de l’élite de la fortune, du monde de la nuit ou de l’art, qui éprouve une soif de jouissance après les difficultés de la guerre. L’ensemble des femmes sont plutôt victimes d’un retour forcé au foyer et d’une brutale reprise en main masculine (lois anti-contraception, interdiction du droit de vote…).
La fume pour paraître femme
La cigarette accompagne, comme jamais, le corps de la femme dans l'imagerie publicitaire. La marque Gitanes, créée en 1910 prend forme féminine. Surtout les cigarettes américaines arrivent en Europe et « (leur) parfum délicat et sans fadeur évoquera nos contemporaines, qui sont sportives, résolues et entreprenantes, et qui admettent un briquet et un carnet de chèques dans leur petit sac, près des accessoires de beauté » (publicité Lucky Strike, 1927).
Sans message publicitaire, le peintre postimpressioniste Joseph Henri Lebasque fait fumer sa fille dans une ambiance méridionale, volets clos, lumière tamisée, couleurs bariolées, rocking-chair. L’année de ses vingt ans, Hélène dite « Nono », porte une robe légère, qui laisse voir les bras et les mollets, un long collier, un bracelet, des boucles d’oreilles assortis, une élégante montre de poignet, un chapeau cloche sur des cheveux coupés courts. Elle tient, dans une posture très naturelle qui dénote sans doute une habitude, une cigarette de la main gauche. Sage et moderne, voilà l’idée, en somme.
Vizzavona, spécialiste de la photographie d’œuvre d’art, photographie anonyme un portrait de Marie Rohan-Chabot (1876-1951). L’épouse du prince Lucien Murat, descendante d’une illustre famille, se veut « une femme éperdue de liberté ». Ecrivain, elle dirige aussi une galerie de peinture et réalise elle-même des portraits et des paysages. Là encore, nul signe de « folie » : la femme peintre est sagement assise dans un fauteuil. Mais son regard, sa coupe de cheveux « à la garçonne » et sa cigarette peu convenable pour les personnes conventionnelles manifestent un certain affranchissement des conventions sociales antérieures.
Les « Années folles » de certains historiens sont plutôt sages. Le recours à la cigarette pour traduire l’émancipation féminine paraît mince. Dans les années 1920, l’image de la femme qui fume tend simplement à se banaliser. Les « bonnes manières » changent, mais lentement.
Auteur : Didier NOURRISSON