Le canal de Suez et le canal de Panama (4 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi
Titre : A Loubet 1er.
Auteur : Léal CAMARA Da (1877-1948)
Date de création : 1906
Technique et autres indications : Format carte postale.
Lieu de Conservation : Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-525542 / MAHJ97.17.056
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Henri Barboux, avocat, élu à l'Académie française.
Auteur : Paul PAULIN (1852-1937)
Date de création : 1907
Date représentée : 1907
Dimensions : Hauteur 10.7 cm - Largeur 9.1 cm
Technique et autres indications : Plaquette uniface en cuivre doré ; galvanoplastie.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-014460 / MEDOR1034
Un « scandale » rentré dans la postérité
Connue sous le nom de « scandale de Panama », l’affaire de corruption qui impliqua des industriels, des journalistes et des hommes politiques français éclate en 1892. Plus grand scandale financier du XIXe siècle en France, elle se solde en 1893 par les condamnations de Ferdinand de Lesseps ainsi que par la démission d’Emile Loubet, alors ministre de l’intérieur et anciennement Ministre des Travaux Publics (1887-1888). Devenu Président de la République (1899-1906), ce dernier continue pourtant de voir son nom associé au « scandale », comme l’indique la caricature réalisée en 1906 par Orens Denizard,A Loubet 1er, preuve que cette affaire demeure longuement et profondément ancrée dans les mémoires et l’imaginaire collectif.
Ce n’est par contre qu’indirectement que la plaquette sculptée sur cuivre Henri Barboux, avocat, élu à l’Académie française réalisée par Paulin en 1907 est liée à cet épisode. En effet, si Barboux fut bien l’avocat de Lesseps durant son procès, l’œuvre célèbre avant tout son entrée à l’Académie. Pour l'opinion, son nom reste cependant associé à l’affaire de Panama.
Une caricature suggestive
Insérée dans un dépliant en accordéon constitué de 26 caricatures d’hommes politiques de petit format (celui d’une carte postale), A Loubet 1er est une estampe consacrée à Emile Loubet, Président de la République jusqu’en février 1906. Graveur et peintre d’un certain renom, Denizard excelle alors dans la caricature politique au style très reconnaissable. Le trait volontiers grossier présente un Loubet enlaidi, vêtu du costume présidentiel, coiffé d’un chapeau usé et grotesque, et se prenant manifestement pour Napoléon (le bras sur la poitrine). L’homme est « entouré » de petits personnages rappelant les épisodes marquants de sa carrière : Dreyfus (à qui il accorde la grâce), un moujik (il est l’un des artisans de l’alliance Franco-Russe de 1902), un militaire anglais (référence à l’alliance avec le Royaume-Uni) et un homme d’affaire ventripotent (possible mention de son implication dans le scandale de Panama, qui concerne les milieux financiers). Loubet brandit aussi une canne surmontée d'un bonnet phrygien. Une série d’inscriptions au bas de l’image précisent ces suggestions déshonorantes, la mention Panama apparaissant significativement en première place de la liste.
Beaucoup plus conventionnelle, l’œuvre Henri Barboux, avocat, élu à l’Académie française insiste sur la dignité et l’intelligence (regard droit et perçant, inspiré) de l’homme de droit et de lettres.
Retour sur le « scandale »
Président de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama, Lesseps organise en 1879-1880 deux premières levées de fonds pour le financement des travaux à travers l’émission d’actions cotées en bourse. Mais devant les retards et le surcoût considérable du chantier, les titres s’effondrent, menaçant la réalisation du canal. Lesseps lance alors une nouvelle souscription publique, mais une partie de l’argent est utilisée de manière occulte par différents financiers (notamment Jacques de Reinach et Cornélius Herz) pour convaincre différents journalistes de promouvoir le projet, puis pour acheter différents parlementaires afin qu’ils débloquent des fonds publics et promulguent des lois sur mesure pour l’émission d’un dernier emprunt en 1888. Des pratiques qui n’empêchèrent pas le dépôt de bilan de la Compagnie et par là la ruine de près de cent mille souscripteurs, en 1889.
Révélée par Drumont en 1892, l’affaire eut un retentissement considérable, qui devait changer le rapport des citoyens à la presse et au monde politique, libérant un peu plus une approche critique et satirique comme celle exprimée dans l’estampe à A Loubet 1er.
Auteur : Alexandre SUMPF