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Condamnation et éxecution de Jean-Baptiste Tropmann. Condamnation et éxecution de Jean-Baptiste Tropmann.
Exécution de Jean-Baptiste Tropmann. Exécution de Jean-Baptiste Tropmann.
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Condamnation et éxecution de Jean-Baptiste Tropmann.

© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / image MuCEM

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Titre : Condamnation et éxecution de Jean-Baptiste Tropmann.

Date représentée : 19 janvier 1870
Technique et autres indications : Suppléments illustrés du Petit Journal.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-570732 / pho-1953-86-4840-p1

Exécution de Jean-Baptiste Tropmann.

© MuCEM, Dist. RMN-Grand Palais / image MuCEM

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Titre : Exécution de Jean-Baptiste Tropmann.

Date représentée : 19 janvier 1870
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-570734 / pho-1953-86-4843-p1

  Contexte historique

Une affaire alsacienne à la veille de la guerre franco-prussienne

Le 20 septembre 1869 au matin, plaine de Pantin, un cultivateur déterre six cadavres, atrocement mutilés. Trois jours plus tard, un nouveau corps est découvert dans le même champ. C’est le début d’une affaire criminelle[1] qui va passionner les Français et faire connaître à la presse, qui la médiatise, une mutation spectaculaire. L’enquête, qui se déroule sur rumeur de guerre avec la Prusse et fond de grèves massives, va permettre au Petit Journal, de franchir la barre des 500 000 exemplaires. Racontée chaque jour, par épisodes, à la manière d’un roman-feuilleton, elle bouleverse aussi la profession de journaliste. En effet, pour la première fois, Le Gaulois envoie sur place, en Alsace, deux de ses reporters pour retrouver les éventuels complices du jeune meurtrier de dix-neuf ans, Jean-Baptiste Troppmann. Les grands quotidiens nationaux, que les opposants à l’Empire accusent de faire sciemment diversion, concurrencent également l’imagerie populaire traditionnelle en publiant à la une leurs propres dessins : successivement la plaine de Pantin, les corps des victimes autopsiées à la morgue, les armes du crime…

  Analyse des images

Une exécution spectaculaire

Ces deux lithographies, réalisées à l’imagerie Pellerin d’Épinal forment une suite et prennent, en quelque sorte, le relais de la presse populaire qui a choisi de ne pas illustrer le sinistre dénouement du crime de Pantin.

Bien que défendu par l’un des ténors du barreau, Charles Lachaud, Troppmann, originaire d’Alsace comme la famille qu’il a massacrée, est condamné à la peine capitale le 31 décembre. Son pourvoi en cassation et son recours en grâce ayant été rejetés, il est guillotiné le 19 janvier 1870 devant la prison de la Roquette.

La première estampe présente la place de la Roquette, déjà occupée militairement. Au centre de la composition, l’aumônier, Crozes tente d’adoucir les derniers instants du condamné, qu’il a pris par l’épaule et auquel il tend un crucifix. Les deux hommes sont suivis par le préfet de Police Piétri, et le directeur de la prison, de la Roche d’Oisy, qui tient la corde enchaînant le prisonnier. Au fond du champ, sur la gauche, se dresse la guillotine devant laquelle le bourreau, Jean-François Heiderich, vêtu comme à l’accoutumé d’une redingote noire et d’une cravate blanche, s’apprête à accomplir sa besogne.

Sur la deuxième image encadrée par une complainte, Troppmann, dont on a déboutonné la chemise, monte à l’échafaud, toujours accompagné de l’abbé Crozes. Il est également soutenu par Antoine-François Claude, le chef de la sûreté, qui, jusqu’au dernier moment lui demande de nommer ses complices. Heiderich est maintenant aidé par Deibler. Les fantassins sont toujours présents mais les cavaliers, casqués, ont été remplacés par des gardes municipaux à cheval. L’un d’eux, au premier plan sur la droite du cadre, tente de faire reculer un couple de curieux.

Ces deux feuilles volantes restituent l’ambiance spectaculaire de cette exécution hivernale. Si, dans la première, les curieux apparaissent seulement aux fenêtres des maisons, dans la seconde, ils font cercle autour de l’échafaud et ont pris d’assaut les toits des immeubles.

Dans cette foule, que les forces de l’ordre ont du mal à contenir, se trouvent de nombreux journalistes, mais aussi des hommes de lettres, tels Victorien Sardou, Jules Claretie ou Ivan Tourgueniev, qui a consacré un ouvrage aux dernières heures de Troppmann.

  Interprétation

Transfiguration

D’une image à l’autre, un détail frappe : le condamné n’a pas la même apparence. Sur la première, il est conforme à la description qu’en donne Claude, le chef de la Sûreté : il semble déjà vieux et ses traits sont bouleversés. Sur la seconde, en revanche, il s’est redressé, pour redevenir le frêle et bel adolescent décrit par les médias au moment de son arrestation. Mais, tandis qu’au départ faits-diversiers et policiers insistaient sur l’étrange dualité physique de l’accusé, l’étonnant mélange de douceur et de brutalité, au pied de l’échafaud, Troppmann n’est plus mi ange mi bête. Comme s’il se rachetait dans la mort, il a perdu tous ses traits négatifs, notamment ses « mains, fortes, larges, décharnées, de meurtrier » abondamment décrites dans les quotidiens, et que le dessinateur ne donne plus à voir.

Au XIXe siècle, à la suite du journaliste Alfred Nettement, les élites accusent les romans-feuilletons d’exercer une mauvaise influence sur leurs lecteurs. Selon elles, l’ouvrier autodidacte Troppmann aurait perdu toute notion du bien et du mal à force de vivre dans un monde imaginaire, peuplé de Jean Valjean, de Juif errant et autre bagnard. Mais dans le crime, cet humble mécanicien est devenu lui-même un personnage de fiction, re-convoqué à chaque nouvelle affaire criminelle, héros tragique de complaintes puis de films et d’émissions télévisées.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Notes

Le cultivateur Langlois déterre cinq enfants ainsi qu’une femme enceinte d’environ six mois. Le gérant de l’hôtel du Chemin de fer du Nord identifie sans peine ses clients, une famille alsacienne, les Kinck, arrivée de Roubaix dans la journée du 19 septembre et partie le soir même pour un énigmatique rendez-vous. Parallèlement, un cocher, confirme avoir déposé la famille sur le lieu où elle a été massacrée. Durant la première semaine, les soupçons se portent sur le fils aîné, qui a disparu. Mais la police arrête au Havre un mécanicien de dix-neuf ans, Jean-Baptiste Troppmann, qui s’apprêtait à embarquer pour l’Amérique. Elle trouve sur lui des papiers et des objets appartenant aux Kinck. Le suspect passe rapidement aux aveux. Dans une première version, il prétend avoir aidé le père, Jean Kinck, à se débarrasser d’une épouse volage. Mais, mi-novembre, il avoue un meurtre supplémentaire, celui de Jean Kinck, qu’il a empoisonné avec de l’acide prussique avant d’ensevelir le corps dans la forêt vosgienne de Cernay. Après cent jours d’instruction, le procès s’ouvre, le 27 décembre, à la cour d’assises de la Seine, dans une salle comble.


Bibliographie

  • Pierre BOUCHARDON, Troppmann, Paris, Albin Michel, 1932, 256 p.
  • Antoine-François CLAUDE, Mémoires, Paris, Arléa, 1999, pp. 311-313.
  • Dominique LERCH, L’Imagerie populaire en Alsace et dans l’est de la France, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992, 330 p.
  • Michelle PERROT, « L’affaire Troppmann (1869) », L’Histoire, n° 30, janvier 1981, pp. 28-37.
  • Karine SALOME, L'Affaire Troppman. Le crime de Pantin (1869-1870), maîtrise d’Histoire, Université Paris 1, 1991, dact., 217 f°.
  • L’Imagerie populaire française, Musée national des arts et traditions populaires, Catalogue, Paris, Rmn, 1996.

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