Le tabac (12 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : La Goulue assise de face.
Auteur : Louis Victor Paul BACARD
Dimensions : Hauteur 14.8 cm - Largeur 10.2 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé. Vers 1885.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-527044 / PHO1990-8-3
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : La Goulue assise sur une chaise.
Auteur : Louis Victor Paul BACARD
Dimensions : Hauteur 14.8 cm - Largeur 10.2 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé. Vers 1885
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-527043 / PHO1990-8-2
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : La Goulue et Grille d'Egout.
Auteur : Louis Victor Paul BACARD
Dimensions : Hauteur 14.4 cm - Largeur 9.9 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé. Vers 1885.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-527046 / PHO1990-8-5
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : La Goulue et Grille d'Egout.
Auteur : Louis Victor Paul BACARD
Dimensions : Hauteur 14.8 cm - Largeur 10.3 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier albuminé. Vers 1885.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-527047 / PHO1990-8-6
La République s’amuse
Après le régime si décrié du second Empire (« la fête impériale »), la Troisième République a commencé par un retour à l’ordre et à la morale entre Adolphe Thiers et Jules Simon. Dix ans plus tard, avec les républicains opportunistes, il semble que la rigueur des débuts a fait place à une tolérance comportementale beaucoup plus large : liberté de la presse, prostitution en maisons closes et de plus en plus sur le trottoir, non application de fait de la loi sur l’ivresse publique, etc. Les lieux de plaisir, rues chaudes et guinguettes, se multiplient, surtout à Paris bien sûr, mais en réplique dans toutes les villes.
Les lieux de plaisir se renouvellent rapidement à Paris. Le bal Mabille disparaît en plein ordre moral (1875) ; mais l’Élysée-Montmartre, en bas de la Butte, prend la relève et draine une clientèle cosmopolite. Les cafés-concerts et autres beuglants se multiplient après l’Exposition universelle de 1878. Le cabaret des Folies Bergères inventent après 1886 la version française du music hall, tandis que le Moulin Rouge ouvre ses portes en 1889 sur le boulevard de Clichy.
Les courtisanes, ces « femmes de mœurs déréglés, qui mettent à prix leurs faveurs » comme disent les dictionnaires du temps (Dictionnaire des dictionnaires, 1889), sont surnommées « cocottes », « grandes horizontales », ou « demi-mondaines ». Certaines parviennent à la notoriété, à l’ombre de leurs protecteurs. Elles deviennent les reines de la nuit parisienne et font carrière de danseuses. Le quadrille naturaliste, appelé aussi cancan, fait tourbillonner les jupes à frou et tourner la tête aux hommes. En association avec Valentin le désossé, la Môme Fromage, Nini Patte en l’air, Muguet la limonière, Rayon d’or, et autres Trompe-la-mort, la glu, ou Demi-siphon, mènent le « chahut ». Les peintres (Jules Chéret, et surtout Toulouse-Lautrec, Au moulin de la galette, 1889, Bal au moulin rouge, 1890) croquent à l’envi ces scènes audacieuses.
Les danseuses nues
La photographie, au même titre que les autres arts, comme les peintures de Toulouse-Lautrec, osent braver les conventions et exposer des femmes plus ou moins dénudées et dans des positions provocantes. Cette série de photographies de poses jugées graveleuses le confirment. Tous les vices sont portraiturés : l’alcoolisme, le tabagisme, la danse, le sexe sont personnifiés. Louise Weber, dite La Goulue (1866-1929) pour son appétit de vie, ainsi que sa camarade de cancan, Grille d’Égoût, figurent ces excès.
La Goulue n’avait pas vingt ans que déjà elle produisait des « nus esthétiques » pour le photographe Achille Delmaet. Ici, dans ses années de triomphe au Moulin Rouge, elle se fait photographier par Louis-Victor Paul Bacard, actif de 1871 à 1900. Dans les années 1890, La Goulue accède au sommet de sa gloire, mène grand train, allant même jusqu’à louer l’hôtel de la Païva (courtisane sous Napoléon III), au 25 de l’avenue des Champs-Élysées. Assise jambes écartées, debout sur une jambe tenant l’autre très relevée, grand décoletté, parfois même seins à l’air, bras nus, toutes ses poses veulent dire sa profession, sa provocation et son mépris des conventions.
Les deux photographies un verre à la main rappellent peut-être sa forte propension à « sécher les fonds de verre dans les cabarets des fortifs » et son premier succès au café du Grand Véfour dans la griserie de ses seize ans. Les deux autres, où Grille d’Égoût et elle esquissent un pas de danse, signalent qu’elles renouvellent le « quadrille naturaliste » des Rigolboche et autres Céleste Mogador du second Empire avec une danse encore plus « enlevée », le french cancan.
Déclin d’une courtisane, postérité d’une pratique
La Goulue mène grande vie et a mauvais caractère. Ses amants se succèdent et on compte à son palmarès un prince égyptien, Chérif Amourad Yazi, fils du khédive, le prince de Galles (futur Edouard VII) et le grand duc russe Alexis. Mais la gambilleuse se ruine et se transforme en dompteuse de fauves, poursuivant son exhibition. Elle devient énorme et finit après la première Guerre mondiale dans une roulotte sur Montmartre, vendant des cigarettes aux clients du Moulin Rouge.
Ses photographies tombent dans le fonds commun des cartes postales érotiques qui ont trouvé une grande audience, sous le manteau bien entendu, au début du XXe siècle.
Auteur : Didier NOURRISSON