© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : Façade ouest de la cathédrale Saint-Gatien à Tours
Auteur : Gustave LE GRAY (1820-1884)
Date de création : 1851
Dimensions : Hauteur 34.2 cm - Largeur 25.2 cm
Technique et autres indications : Négatif sur papier ciré sec
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01-017546 / DO1982-561
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Hyppolyte Bayard
Titre : Eglise Saint-Ouen à Rouen
Auteur : Hippolyte BAYARD (1801-1887)
Date de création : 1851
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 09-508916 / 08R00454
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Henri Le Secq
Titre : Portail nord de la façade ouest, Cathédrale Notre-Dame à Strasbourg.
Auteur : Henri LE SECQ (1818-1882)
Date de création : 1851
Dimensions : Hauteur 30.1 cm - Largeur 22.9 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier salé
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-512087 / 185/MH0007657
Née sous la Révolution française autour de l’abbé Grégoire et d’Alexandre Lenoir, la notion de monument historique s’impose dans le courant de la première moitié du XIXe siècle, avec la mise en place d’institutions publiques et privées destinées à sauvegarder le patrimoine national. Rapidement, ces nouvelles institutions prennent conscience du potentiel offert par le nouveau medium qu’est la photographie, inventé en 1839 sous la Monarchie de Juillet, et le mettent au service de la connaissance des monuments historiques.
En 1851, alors que la Société héliographique qui rassemble photographes et défenseurs du patrimoine vient de voir le jour, la Commission des monuments historiques décide, sous la houlette de Prosper Mérimée, de confier à cinq photographes la mission de faire l’inventaire photographique du patrimoine monumental français, dans le sillage du catalogue publié en 1818 par le baron Taylor et Charles Nodier, « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France ». Ce sont les photographes Gustave Le Gray, Auguste Mestral, Hippolyte Bayard, Edouard Baldus et Henri Le Secq, tous membres de la Société héliographique, qui sont retenus pour mener à bien cette mission.
Une commande officielle
Officiellement chargés par le ministère de l’Intérieur de photographier une liste de 175 monuments sélectionnés en raison de leur caractère précieux et de leur intérêt historique, les cinq photographes reçoivent chacun une portion du territoire national. Gustave Le Gray et Auguste Mestral qui ont décidé de voyager ensemble fusionnent leurs listes en un seul itinéraire. De juillet à octobre 1851, ils sillonnent les routes des châteaux de la Loire jusqu’aux Pyrénées et réalisent une série d’épreuves dont la quantité, plus de 600 négatifs, et la qualité témoignent du considérable travail accompli par le tandem. Ils rapportent ainsi plusieurs prises de vue de la cathédrale Saint-Gatien de Tours qui figurait sur leur itinéraire. L’une d’entre elles, une vue de la façade occidentale, reflète le double souci documentaire et esthétique qui anime les photographes. Ceux-ci s’efforcent à la fois de documenter l’architecture et de situer celle-ci dans son environnement. Tandis que le relief du monument est mis en valeur par des jeux de lumière sur les pierres, les bâtiments situés de part et d’autre de la cathédrale encadrent celle-ci, accentuant la perspective et la monumentalité de l’édifice. La présence des photographes est par ailleurs soulignée par la chambre photographique de grand format qui trône devant la cathédrale et par les deux personnages assis à côté d’elle, sans doute les photographes eux-mêmes. Leur épreuve se présente sous la forme d’un négatif sur papier ciré sec, le procédé inventé par Le Gray lui-même qui offre l’avantage de préparer à l’avance des négatifs, à sec.
Hippolyte Bayard était pour sa part chargé des environs de Paris et de la Normandie, comme en témoigne une vue de l’église Saint-Ouen de Rouen. Dans cette épreuve sur papier salé obtenue d’après un négatif verre à l’albumine suivant le procédé de Talbot déposé en 1841 et que Bayard maîtrisait à la perfection, l’église Saint-Ouen apparaît au milieu d’une vue d’ensemble de la ville. L’angle de vue légèrement surélevé et la vue en perspective montrent que le photographe s’intéresse avant tout à la silhouette des édifices et à leur place dans le paysage.
Dans un autre esprit, Henri Le Secq, dont le trajet s’est effectué dans l’Est de la France, photographie la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg dans l’ensemble et dans le détail. Dans l’une de ses photographies, le portail nord de la cathédrale et ses sculptures occupent tout l’espace de l’image. Les jeux d’ombre et de lumière sur la façade permettent d’en dévoiler toute la finesse et la richesse.
Critères documentaires et esthétiques
Ces trois photographies montrent que leurs auteurs ont dans la mesure du possible su concilier les exigences documentaires de la mission avec leurs propres intérêts esthétiques. Ils ont exploité les progrès techniques les plus récents des procédés photographiques et traité leurs sujets avec une grande sensibilité, une grande précision et une perception fine de leur environnement. Surtout, ils ont brillamment prouvé quel pouvait être l’apport considérable de la photographie à la vue d’architecture, un genre artistique dominé depuis des siècles par la gravure puis la lithographie.
Ce sont ainsi des centaines de photographies d’une grande valeur artistique qui sont remises
par les cinq photographes à la Commission des monuments historiques à l’automne 1851. Si les passionnés de photographie et la critique accueillent avec enthousiasme le fruit de leur travail et en louent les qualités techniques et esthétiques, la Commission en revanche refuse d’accorder à ces photographies le statut d’œuvres d’art et de les publier. Elle les traite comme de simples documents de travail destinés à alimenter le travail d’inventaire et de restauration des monuments qu’elle mène. Durant longtemps, ces photographies furent ainsi assimilées à des archives et il fallut attendre les années 1980 pour que leur intérêt esthétique soit redécouvert et valorisé au travers de publications et d’expositions.
Auteur : Charlotte DENOËL