© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : Maison carrée, Nîmes.
Auteur : Edouard Denis BALDUS (1813-1889)
Date de création : 1851
Dimensions : Hauteur 26.8 cm - Largeur 35.4 cm
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-000336 / PH.6088
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : Pont du Gard.
Auteur : Edouard Denis BALDUS (1813-1889)
Date de création : 1851
Technique et autres indications : Epreuve sur papier salé
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-000330 / PH.99098
© Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Gustave Le Gray / Auguste Mestral
Titre : Porte de l'Aude et tour de l'Eveque de la cité de Carcassonne.
Auteur : Gustave LE GRAY (1820-1884)
Date de création : 1851
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 11-534505 / MH0007449
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : Château de Chenonceau.
Auteur : Gustave LE GRAY (1820-1884)
Date de création : 1851
Dimensions : Hauteur 21.9 cm - Largeur 32.4 cm
Technique et autres indications : Epreuve sur papier salé
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-000384 / PH.102267
La redécouverte du patrimoine monumental français
En gestation sous l’Ancien Régime, la notion de patrimoine émerge véritablement à la faveur de la mise à disposition de la Nation des biens du clergé décrétée par la Constituante le 2 novembre 1789, puis des actes de vandalisme qui se multiplient au lendemain de la chute de la monarchie le 10 août 1792. Les excès commis par les révolutionnaires à l’encontre des monuments symboliques de la féodalité contraignent le gouvernement à prendre des mesures pour protéger ce patrimoine désormais national. La création du dépôt des Petits-Augustins placé sous la garde d’Alexandre Lenoir le 6 juin 1791 puis sa transformation en Musée des monuments français quatre ans plus tard constituent l’acte fondateur de cette prise de conscience patrimoniale. Durant la première moitié du XIXe siècle, les pouvoirs publics mettent en place des institutions officielles destinées à conserver et restaurer les monuments de la France. Celles-ci utilisent la photographie pour documenter le patrimoine dont elles ont la charge. L’une d’entre elles, la Commission des monuments historiques, créée en 1837, confie en 1851 à cinq photographes la mission de recueillir des épreuves de monuments afin de faciliter le travail des architectes de la Commission chargés de leur restauration : la Mission héliographique était née.
Une histoire monumentale de la nation française
Les cinq photographes sélectionnés par la Commission des monuments historiques, Le Secq, Le Gray, Baldus, Mestral et Bayard, sont tous membres de la toute jeune Société héliographique, la première société savante de photographie fondée en 1851 dans le but de promouvoir le développement du nouveau procédé mis au point en 1839. La commande publique qui leur est passée consacre l’utilité de la photographie pour reproduire systématiquement les monuments et dresser ainsi un panorama de l’architecture française. 175 monuments précieux et en ruine dispersés à travers la France sont attribués aux cinq photographes suivant une répartition géographique.
Parmi eux, Edouard Baldus, peintre qui n’a guère pratiqué la photographie avant 1851 hormis quelques vues d’Arles, est chargé d’une série de monuments situés entre Fontainebleau et le Sud-Est de la France où sont recensés de nombreux vestiges antiques. Très vite, il se distingue par ses vues d’architecture qui restituent toute la monumentalité de l’édifice, comme dans cette image de la Maison carrée de Nîmes, un temple romain édifié au Ier siècle, où une prise de vue rapprochée en perspective met en valeur sa colonnade classique tout en accentuant la dimension monumentale de l’ensemble. Autre célèbre édifice romain photographié par Baldus dans la même région, le Pont du Gard est quant à lui représenté dans un format panoramique. Le paysage rocheux au premier plan a été ajouté par le photographe au moyen d’un montage complexe, technique dans laquelle il était passé maître, afin de donner de la profondeur à la vue d’ensemble.
Gustave Le Gray et Auguste Mestral, qui ont pour leur part sillonné ensemble une large zone comprise entre la Loire et le Sud-Ouest, ont surtout rapporté des photographies de monuments du Moyen Âge et de la Renaissance. De Carcassonne, où ils séjournent onze jours, ils prennent une grande quantité de vues qui comptent parmi les plus achevées de leur œuvre commune. L’une d’entre elles représente la tour de l’évêque de la cité vue depuis la porte de l’Aude. Plutôt que de restituer en perspective ces imposantes fortifications médiévales, Le Gray et Mestral s’en sont rapprochés afin de souligner l’enchevêtrement de masses géométriques qu’elles offrent aux regards et de capter les jeux de lumière sur la pierre brute. A Chenonceau, au contraire, c’est la silhouette élégante et longiligne du château bâti à la Renaissance qui a retenu leur attention dans une composition d’ensemble au cadrage classique. La part belle faite au ciel qui occupe ici plus de la moitié de l’image donne de l’ampleur à l’édifice et à ses célèbres galeries superposées au-dessus du Cher.
La vogue du Moyen Âge
Ce choix des édifices traduit les priorités de la Commission chargée d’octroyer des subventions aux édifices classés nécessitant des restaurations urgentes, ainsi Carcassonne qui fit l’objet d’abondantes restaurations dirigées par Viollet-le-Duc et très controversées, de même qu’il reflète ses préférences artistiques. Celles-ci se tournent plus volontiers vers les époques gallo-romaine et, surtout, médiévale, qui offrent les témoignages les plus remarquables de l’art français. La Renaissance, si elle est pourtant représentée dans la Mission héliographique avec les châteaux de la Loire, est loin d’être au cœur des préoccupations de la Commission, de même que les XVIIe et XVIIIe siècles.
Cet engouement en faveur des monuments du Moyen Âge s’inscrit dans un large mouvement d’invention fantasmée de cette période, qui s’est développé dans le sillage du Génie du Christianisme de Chateaubriand paru en 1802 et du mouvement romantique. Tandis que les historiens s’intéressent à cette période fondatrice pour la nation française, l’essor de l’archéologie autour d’Arcisse de Caumont et la multiplication des sociétés savantes favorisent l’étude et la sauvegarde des monuments médiévaux. A la même époque, la publication du monumental ouvrage du baron de Taylor, Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, de 1820 à 1878, attire l’attention sur les ruines médiévales de la France à travers ses lithographies signées par de grands artistes dont l’approche romantique des monuments a influencé des générations de photographes, à commencer par ceux de la Mission héliographique. Comme Taylor, ces derniers privilégient les œuvres de l’art roman et gothique, créations par excellence du génie national français.
Auteur : Charlotte DENOËL