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Les Quatre sergents de La Rochelle

Les Quatre sergents de La Rochelle. Les Quatre sergents de La Rochelle.
ANONYME.
Jean-François-Louis-Clair Bories. Jean-François-Louis-Clair Bories.
ANONYME.
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Les Quatre sergents de La Rochelle.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

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Titre : Les Quatre sergents de La Rochelle.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1890
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 89.7 cm
Technique et autres indications : Lithographie coloriée, papier.
Affiche publicitaire pour la maison Fayard pour le roman de J. Beaujoint sur les Sergents de La Rochelle publié en 1890
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-513779 / 61.18.71F

Jean-François-Louis-Clair Bories.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Titre : Jean-François-Louis-Clair Bories.

Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 27 cm - Largeur 18 cm
Technique et autres indications : Lithographie
L'un des "Quatre sergents de la Rochelle " - Condamné pour conspiration en 1822 ; guillotiné le 21 septembre 1822. Avec le texte de la déclaration de Bories après sa condamnation et du discours de Maître Mérilhon
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-538828 / invgravures6967

  Contexte historique

En 1820, la lutte qui oppose libéraux et partisans de l’Ancien Régime a pris en France une violence nouvelle à la suite de l’assassinat du duc de Berry par un ouvrier isolé, Louis Pierre Louvel. Par ailleurs l’Europe est secouée par une vague révolutionnaire : en Espagne le pronunciamiento du général Riego prouve qu’un changement libéral peut advenir avec l’aide de l’armée. A Naples, une révolution éclate également, provoquée par une société secrète, la Charbonnerie. En France, une première conspiration d’envergure dite du Bazard français qui rassemble les élites libérales les plus opposées au régime (les députés Lafayette et Voyer d’Argenson notamment), des militaires et des étudiants, échoue au mois d’août 1820. Pour échapper à d’éventuelles poursuites, deux membres de la conspiration, Joubert et Dugied passent alors dans le royaume de Naples et reviennent en 1821 avec les statuts de la Charbonnerie italienne. Adaptée notamment par leurs amis Bazard et Buchez, entre février et mai 1821, une Charbonnerie spécifiquement française est créée. Patronnée par des députés influents comme Lafayette et Manuel, l’organisation multiplie les adhésions à Paris et en province mais aussi dans l’armée. Des cellules désignées sous le terme de « ventes » se créent dans le 45e régiment de ligne en garnison à Paris. Mais l’autorité veille : en 1822, les conspirations de Belfort et de Saumur échouent. Les arrestations se multiplient dont celles des militaires du 45e de ligne, déplacé depuis à la Rochelle. Le procès des carbonari du 45e de ligne, accusés de complot, devant la cour d’assises de la Seine, est un évènement politique majeur. Il débouche sur la condamnation à mort puis l’exécution, place de Grève, le 21 septembre 1822, de quatre sous-officiers, Bories, Goubin, Pommier, Raoulx qui entrent dans la légende comme les sergents de La Rochelle. La Charbonnerie française ne se remet pas de ces échecs et perd toute initiative après 1823.

  Analyse des images

Le portrait est celui du principal accusé, le sergent-chef Bories du 45e de ligne, sur le vif, tel qu’il a comparu lors du procès de 1822. Bories a introduit la Charbonnerie dans le régiment. Il était en contact avec des responsables civils, peut-être avec le général Lafayette lui-même. Il refusa d’avouer et maintint au procès que l’association dont il était membre n’était qu’une société philanthropique. Soutenant l’accusation, l’avocat général Marchangy dénonça avec flamme le caractère antifrançais du carbonarisme et la lâcheté de ceux qui ont préféré le poignard du conspirateur au fusil du soldat. L’attaque était extrêmement habile car elle retournait le reproche fait à la monarchie d’avoir profité des défaites françaises pour revenir dans les fourgons de l’étranger. L’estampe répond directement à cette accusation. Bories est représenté comme un homme au regard franc et haut, à l’allure militaire même s’il ne porte pas l’uniforme. Les deux textes au bas du dessin font référence à la bravoure et l’héroïsme de l’accusé pour confondre le soupçon de lâcheté qu’a cherché à insinuer Marchangy. A la fin du réquisitoire, Bories tente, en désespoir de cause, d’endosser l’ensemble de la responsabilité des faits reprochés. C’est le texte de la première citation. La deuxième est tirée du plaidoyer de son avocat Me Mérilhou, lui-même carbonaro de haut rang. Elle met l’accent non sur le complot mais sur le courage du sergent Bories, blessé à Waterloo, signe que les enjeux symboliques ont pris le pas sur l’affaire elle-même.

L’affiche est bien postérieure aux évènements. Elle fait la promotion du roman de Jules Beaujoint, Les Quatre sergents de la Rochelle qui commence à paraître en 1890. La scène est connue : Les adieux des condamnés au pied de la guillotine ont été représentés par de multiples artistes, dont Raffet, après la révolution de 1830 au moment où les victimes de la Restauration ont fait l’objet d’un véritable culte politique. Mais l’image des quatre sergents montant à l’échafaud est insérée dans un décors qui prend le pas sur l’action : L’espace est structuré par une diagonale, du couperet de la guillotine jusqu’au gendarme du premier plan. La machine de mort qui occupe la plus grande partie de l’affiche, est colorée d’un rouge évoquant par avance le sang du supplice. Cette composition apparente le roman à la littérature des « grands drames de la cour d’assises » dont Arthème Fayard et Beaujoint s’étaient fait les spécialistes.

  Interprétation

Les deux images relèvent de deux logiques de diffusion différentes. Le portrait de Bories a été lithographié clandestinement à quelques centaines d’exemplaires pour contrer la propagande du pouvoir royal au moment du procès des carbonari. C’est une image interdite et sa possession pouvait se traduire par de sérieux ennuis judiciaires. Cette lithographie est la première pierre d’un mythe révolutionnaire en train de se construire, celui des quatre sergents comme martyrs de la liberté. Après 1830, la mémoire des quatre sergents est annexée par l’opposition républicaine. Les jeunes martyrs sont particulièrement populaires auprès des étudiants parisiens qui leur rendent hommage en 1830 puis en 1848 au cimetière Montparnasse. Le mythe des sergents de la Rochelle donne lieu à la publication de nombreux panégyriques et un roman feuilleton de Clémence Robert parmi les plus populaires de la seconde moitié du XIXe siècle.

L’affiche des éditions Fayard appartient à une autre époque de l’imprimé, celle de la publicité et de la lecture de masse. Fayard utilise le procédé du roman en livraisons à un ou deux sous (5 ou 10 centimes) pour toucher un lectorat nombreux mais peu fortuné. La livraison propose une alternative au feuilleton du journal et permet de faire entrer le livre dans des foyers où de gros volumes demeurent financièrement inaccessibles. Il s’agit ici prioritairement de vendre en s’appuyant sur le goût du public pour les romans criminels. Le romantisme politique du mythe des quatre sergents, très affaibli sur l’affiche, persiste néanmoins dans ce roman fleuve publié en 400 livraisons. Jules Beaujoint est républicain, un temps exilé en Belgique après le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, et, même devenu modéré, il a été marqué par la culture républicaine contestataire.

Auteur : Jean-Noël TARDY


Bibliographie

  • BEAUJOINT Jules, Les Quatre sergents de la Rochelle. Suivi de la Chasse aux patriotes, Paris, Fayard frères, 1890-1892, 4 vol.
  • FUREIX Emmanuel, La France des larmes. Deuils politiques à l’âge romantique (1814-1840), Seyssel, Champ Vallon, coll. « Epoques », 2009.
  • GRANDJEAN Sophie, « Les Collections populaires d’Arthème Fayard », Tapis-Franc. Revue du roman populaire, 1997, n°8, p. 94-100.
  • GRANDJEAN Sophie, « Les Editions Fayard et l’édition populaire », dans Le Commerce de la librairie en France au XIXe siècle. 1798-1914, sous la dir. de Jean-Yves Mollier, Paris, IMEC/ Maison des sciences de l’homme, 1997, p. 229-232.
  • KALIFA Dominique, L'encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque, Paris, Fayard, 1995.
  • SPITZER Alan B., Old Hatred and Young Hopes. The French Carbonari against the Bourbon Restoration, Cambridge, Harvard University Press, 1971.
  • TARDY Jean-Noël, « Le flambeau et le poignard. Les contradictions de l'organisation clandestine des libéraux français, 1821-1827 », Revue d'histoire moderne et contemporaine, n° 57-1, janvier-mars 2010, p. 69-90.

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