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Portrait de Franz Liszt.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

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Titre : Portrait de Franz Liszt.

Auteur : Henri LEHMANN (1814-1882)
Dimensions : Hauteur 113 cm - Largeur 86 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-015028 / P. 1683

Dans la salle de concert.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - image BPK

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Titre : Dans la salle de concert.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1847
Date représentée : 1842
Technique et autres indications : Lithographie coloriée
Franz Liszt à la "Singakademie" de Berlin en 1842
Titre original : Im Concertsaale
Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (BPK) (Berlin (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-528259

Franz Liszt.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais - image BSB

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Titre : Franz Liszt.

Auteur : Frans Seraph HANFSTAENGL (1804-1877)
Dimensions : Hauteur 32 cm - Largeur 25 cm
Technique et autres indications : Photogravure
Lieu de Conservation :
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 10-528269 / 2574

  Contexte historique

Prodige et renoncement

Pianiste hors norme et compositeur novateur, Franz Liszt (1811-1886) est l’un des plus grands musiciens du dix-neuvième siècle. Artiste hongrois renommé dès les années 1820, sa vie a été marquée par des succès précoces. Il séjourne à Paris de 1823 à 1835 et c’est dans la capitale française qu’il acquiert une célébrité internationale en tant que pianiste à la virtuosité « transcendante ». Rivalisant avec les plus grands interprètes de son temps, Chopin, Paganini, Thalberg, Franz Liszt fréquente Berlioz, Rossini, Lamartine, Delacroix, Hugo. Il s’éprend de la comtesse Marie d’Agoult, amie de George Sand.

De 1835 à 1847, Liszt parcourt l’Europe et se produit dans des concerts qui lui apportent la gloire, l’argent et l’admiration du public féminin : de Berlin à Constantinople, de Moscou à Paris, il déchaîne l’enthousiasme lors de performances qui fascinent les spectateurs. Mais à partir de 1847, décidant de ne plus passer pour un « amuseur public », il renonce à sa carrière de virtuose du piano et s’installe à Weimar, en Allemagne. Il y dirige de nombreux concerts et s’y livre à la composition, créant notamment le genre du poème symphonique. Enfin, de 1860 à 1886, Liszt renoue avec sa vie errante, partageant son temps entre Rome, l’Allemagne, Budapest et Paris. De plus en plus attiré par le catholicisme, il reçoit les ordres mineurs en 1865 et devient « l’abbé Liszt ». Enseignant le piano à l’Académie de musique de Budapest, il compose de nombreuses œuvres religieuses et rompt plus ou moins nettement avec sa vie passée : loin des éblouissements du virtuose, il écrit des œuvres de plus en plus dépouillées et austères. Il meurt à Bayreuth en 1886, trois ans après son gendre et ami, Richard Wagner.

De cette existence, les trois images témoignent éloquemment : chacune correspond à une époque de la vie de Liszt : le pianiste qui fascine les Parisiens, le virtuose qui enflamme les publics européens, le musicien ascétique des dernières années.

  Analyse des images

Une évolution esthétique et spirituelle

Lors du voyage que Liszt et Marie d’Agoult entreprennent en 1839 en Italie, ils rencontrent à Rome le peintre français d’origine allemande Henri Lehmann (1814-1882), qui se lie d’amitié avec eux. Le portrait de Liszt révèle l’admiration du peintre pour le pianiste et l’influence de son maître, Ingres . Portraitiste apprécié en son temps, Lehmann a voulu exprimer le magnétisme qui se dégageait de la personne de Liszt . Présenté à mi-corps, de trois quart, Liszt est figé dans une pose classique. Rien n’indique son statut : ni piano, ni partition, ni aucune autre allusion à la musique. Lehmann joue en revanche sur les effets du clair-obscur : se détachant sur un fond sombre, Liszt porte une redingote noire sur laquelle se détachent seulement les doigts démesurément longs de sa main gauche et son visage, dont le regard profond et sévère fixe le spectateur et le domine. Lehmann fait ainsi de Liszt un être double, dans la pure tradition romantique : entre ombre et lumière, entre admiration publique et goût pour la solitude, entre Paris et Rome, entre virtuosité diabolique et aspirations mystiques, de multiples interprétations peuvent être proposées, qui renvoient à la personnalité complexe du musicien.

D’un esprit totalement différent est l’estampe intitulée « Dans la Salle de Concert » (1847) : en 1842, les Berlinois, d’après le poète Henri Heine, sont pris d’une véritable « Lisztomanie ». Cette estampe rappelle que Liszt était une vedette internationale, adulée par un public majoritairement féminin qui cherche à attirer son attention par ses applaudissements et ses bouquets : Théophile Gautier parlait lui aussi, à Paris, des « déluges de camélias » et du « bombardement de bouquets » vers Liszt, qui, de son côté, souriait sardoniquement depuis son piano. L’auteur de l’estampe l’atteste lui aussi, avec le recul du caricaturiste qui croque ironiquement ces jeunes demoiselles sans doute plus éperdues d’admiration pour le pianiste que séduites par la musique qu’il interprète. Cela est dû à la présence même de Liszt au piano : ici, il est présenté en action, revêtu de sa redingote noire, ses longues mains s’agitant au-dessus du clavier. Le dessinateur grossit le jeu théâtral du pianiste, attesté dans presque tous les récits de ses concerts : grimaces, mimiques, mains qui montent jusqu’au sommet du crâne, autant de traits qui lui ont été reprochés dès ses débuts à Paris. Mais cette estampe révèle aussi que Liszt devenait un amuseur, comme il le craignait lui-même : on l’observe à la jumelle, on se presse au pied de l’estrade, on lui adresse des couronnes, on l’applaudit, mais qu’en est-il de la musique ?

D’où la rupture avec cette carrière en 1847 et la nouvelle orientation de Liszt vers une vie plus recueillie, loin des excès du virtuose. Le contraste est frappant avec la dernière image, qui forme comme une synthèse du portrait de Lehmann et de l’estampe de 1847. Ce cliché date vraisemblablement de 1869, et il est l’œuvre du photographe munichois Franz Hanfstaegel (1804-1877). De Berlin à Munich, tout a changé dans la vie de Liszt. Certes, l’angle de prise de vue est presque identique à celui du dessinateur : Liszt est présenté au piano, de profil, avec un aperçu sur le clavier et ses mains. Mais désormais, l’abbé Liszt, seul devant son instrument, ne cherche plus à impressionner un public : toujours vêtu de sa redingote noire, il est seul dans une salle sombre, devant un piano droit, instrument familier, et non plus un piano de concert. Le regard perdu dans le vague, il lit une partition avec recueillement : le sourire démoniaque a disparu, et c’est un homme religieux qui s’exprime ici. La sobriété de la mise en scène traduit le dépouillement que privilégie désormais le musicien hongrois dans sa vie et dans ses œuvres.

  Interprétation

Romantisme et musique

Liszt a été l’une des premières vedettes internationales qui a déclenché de véritables manifestations d’hystérie collective. Son aura a été extraordinaire : personnage diabolique que Gautier croit sorti d’un conte d’Hoffmann, il a été universellement admiré en son temps. La princesse Belgiojoso, grande admiratrice de Liszt et amie de Marie d’Agoult, de Chopin et de George Sand, a résumé la situation exceptionnelle du pianiste hongrois à l’issue d’un célèbre duel pianistique qu’elle avait organisé en 1837 entre Liszt et Thalberg : « Thalberg est le premier pianiste du monde, Liszt est le seul ». C’est ce qui rend encore plus remarquable le renoncement à la gloire à partir de 1847. En cela, Liszt est un bon représentant des aspirations de la génération romantique, parce qu’il est un homme tiraillé constamment entre la vie mondaine et les aspirations mystiques, entre l’amour que lui portent les femmes et les visions célestes qui s’exprimeront dans les Harmonies poétiques et religieuses.

Auteur : Christophe CORBIER


Bibliographie

  • STRICKER Rémy, Liszt. Des ténèbres à la gloire, Gallimard, 1992.
  • GUT Serge, « Franz Liszt », Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle, Fayard, 2003.
  • REYNAUD Cécile, Liszt et le virtuose romantique, Champion, 2006.

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