Beethoven et Franz Liszt (3 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda
Titre : Ludwig Van Beethoven.
Auteur : Antoine BOURDELLE (1861-1921)
Date de création : 1903
Dimensions : Hauteur 68 cm - Largeur 34 cm
Technique et autres indications : Profondeur : 35 cm
Bronze
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 95-022198 / RF1395;LUX233
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Titre : Beethoven.
Auteur : Franz von STUCK (1863-1928)
Date de création : 1900
Dimensions : Hauteur 48 cm - Largeur 48 cm
Technique et autres indications : Profondeur : 1,4 cm
Plâtre, polychromie
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-505462 / RF4398
La réception de Beethoven à la fin du dix-neuvième siècle
« Les plus grands poètes de l’Allemagne sont ses musiciens, merveilleuse famille dont Beethoven est le chef » : c’est ainsi que Victor Hugo, en 1864, proclamait son admiration pour Beethoven. Après Berlioz, Wagner, E. T. A. Hoffmann, Balzac, cette admiration reste largement partagée à la fin du siècle par le public européen, qui peut désormais entendre régulièrement, chaque saison, la musique du compositeur allemand. Beethoven devient le sujet d’œuvres littéraires, musicologiques et plastiques. En France, Romain Rolland (1866-1944), historien de la musique avant d’être romancier, rédige une monumentale Vie de Beethoven dans les premières années du vingtième siècle, tandis que le compositeur Vincent d’Indy (1851-1931) consacre en 1911 une étude à l’auteur de la « Symphonie pastorale », à laquelle André Gide (1869-1951), autre grand écrivain-musicien, fera allusion dans l’un de ses récits les plus connus. Autour de 1900, Beethoven inspire aussi de nombreux artistes plastiques : tandis que Gustav Klimt (1862-1918) conçoit à Vienne une « Frise de Beethoven », le peintre bavarois Franz von Stuck (1863-1928) sculpte un visage de Beethoven. De son côté, le sculpteur français Antoine Bourdelle (1861-1929), obsédé durant toute son existence par le personnage de Beethoven, réalise en 1903 l’un de ses nombreux portraits du musicien allemand.
Le masque du génie
Le haut-relief polychrome de Beethoven exécuté par Franz von Stuck devait prendre place dans la Villa que le peintre avait fait construire et meubler à Munich en 1897-1898 d’après ses propres plans. A l’intérieur de cette villa se trouve un salon de musique où il avait d’abord prévu des effigies de compositeurs célèbres parmi lesquels Beethoven . Ce portrait a été inspiré directement par le « masque de vie » ( moulé sur le visage du musicien en 1812), mais Franz von Stuck lui a apporté trois éléments importants : la couleur, la chevelure et le regard. Le contraste entre le fond rouge brun, la chevelure noire et le visage blanc, fantomatique, évoque une apparition soudaine : la face de Beethoven semble surgir de la pierre. Les cheveux ébouriffés et abondants, souvent représentés de cette manière, figurent l’énergie indomptable, la fougue et la liberté de l’artiste. La chevelure encadre un visage résolu, extrêmement concentré, presque méchant : les sourcils sont froncés, les lèvres serrées, le nez légèrement gonflé. Beethoven semble possédé par une force qui doit se décharger de façon imminente. Mais ce sont surtout les yeux qui sont remarquables : tandis que sur le « masque de vie » les yeux de Beethoven étaient clos, Franz von Stuck choisit de les sculpter et de leur conférer une puissance magnétique, si bien que la fixité de ce regard hypnotise le spectateur.
Le portrait de Beethoven par Bourdelle est contemporain de la sculpture de Franz von Stuck. Il s’agit là de l’un des très nombreux portraits que le sculpteur a réalisés jusqu’à sa mort dans tous les matériaux possible (bronze, granit, pierre, marbre, terre cuite). Impressionné par le visage de Beethoven, Bourdelle ne cesse (à partir de 1887-1888) de dessiner, peindre et sculpter le comspositeur. Le visage de Beethoven ici représenté évoque de nouveau le « masque de vie » de 1812 : cette fois, le musicien garde les yeux fermés. La concentration extrême de ses traits et ses yeux clos peuvent être interprétés comme le symbole du monde intérieur que Beethoven, qui était sourd et souffrait de cet enfermement, chercherait à exprimer dans ses œuvres. L’énergie accumulée se libère dans la chevelure désordonnée, qui semble vivre de sa propre vie et submerger le visage du compositeur. Cette image tourmentée forme un contraste avec le socle cubique et dépouillé, sur lequel Bourdelle a gravé cette phrase : « Moi je suis Bacchus qui pressure pour les hommes le nectar délicieux. Beethoven ». Bourdelle assimile par conséquent le musicien au dieu de la danse et de l’ivresse, à Bacchus-Dionysos, que Nietzsche déjà, dans La Naissance de la tragédie (1872) avait rapproché de l’auteur de l’« Hymne à la joie ». Beethoven est un génie bienfaisant, un être divin qui apporte aux hommes, par la grâce de sa musique, le « nectar » des dieux antiques, sans commettre d’ailleurs de sacrilège comme Prométhée ou Tantale.
Deux images sacrées
Les deux images de Beethoven réalisées par Franz von Stuck et Bourdelle procèdent d’une volonté similaire : il s’agit d’instaurer le culte de Beethoven, homme divin, prêtre d’une nouvelle religion, possédé comme la Pythie ou le Bacchant. Le haut-relief sculpté par von Stuck s’apparente à une icône : le musicien, dieu terrible, fige et fascine de son regard foudroyant le spectateur et doit provoquer en lui une réaction d’effroi et de soumission. La tête en bronze de Bourdelle est assimilée à la tête d’un dieu, divinité bienfaisante et tourmentée, souffrant les affres de la création pour le bien de l’humanité. Et bien que cette tête de Beethoven porte encore la trace de l’influence de Rodin, la simplification des cheveux et l’aspect rugueux et âpre des traits du musicien indiquent une évolution du sculpteur vers un style plus personnel, qui s’affirmera notamment en 1909 dans une autre œuvre, en quelque sorte le pendant de ce portrait : la Tête d’Apollon.
Auteur : Christophe CORBIER
Cet article me rappelle à l'ordre de penser aussi aux autres génies.
Il y a aussi un beau portrait de Beethoven dans sa maison à Bonn.
Est-il vrai qu'il a séjourné à Malines en Belgique?
Avec mon bon souvenir. JR.
Je n'ai pas trouvé de sources prouvant que le compositeur ai séjourné dans cette ville. En revanche, certains ancêtres de Beethoven y seraient nés.
A bientôt,
Anne-Lise