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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Le directeur de la prison de Trèves.

© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

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Titre : Le directeur de la prison de Trèves.

Auteur : Jean DALIGAULT (1899-1945)
Date de création : 1942
Dimensions : Hauteur 7 cm - Largeur 5 cm
Technique et autres indications : Papier journal, peinture à l'huile
Lieu de Conservation : Musée de la Résistance et de la Déportation (Besançon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-521365 / AM1728D(9)

Gardien à Hinzert (SS à Hinzert).

© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

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Titre : Gardien à Hinzert (SS à Hinzert).

Auteur : Jean DALIGAULT (1899-1945)
Date de création : 1942
Date représentée : 1942
Dimensions : Hauteur 7.1 cm - Largeur 4.7 cm
Technique et autres indications : Papier journal
Lieu de Conservation : Musée de la Résistance et de la Déportation (Besançon) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-521363 / AM1728D(7)

  Contexte historique

De Trèves à Hinzert
Prêtre, dessinateur peintre et graveur, Jean Daligault s’engage dans la Résistance en 1940, à travers la branche caennaise du réseau Armée Volontaire. Arrêté le 31 août 1941, il est détenu à Fresnes, jugé, puis transféré en Allemagne, dans la prison de Trèves (Rhénanie-Palatinat). Il est ensuite interné dans le camp de concentration voisin d’Hinzert de1942 à mars 1943. Après plusieurs mois en captivité dans d’autres prisons et camps nazis, il est assassiné à Dachau, le 28 avril 1945.

Durant cette période d’emprisonnement, Daligault dessine et peint en secret son quotidien à l’aide de tous les matériaux qu’il arrive à se procurer ou à dérober. Conservée par l’aumônier de la prison de Trèves et du camp d’Hinzert, ces œuvres sont retrouvées à la libération. Datant toutes les deux de 1942 et suivant le parcours du détenu (qui quitte la prison pour le camp à ce moment), Le directeur de la prison de Trèves et Gardien à Hinzert constituent un témoignage dont le caractère exceptionnel tient à la fois au contexte, à l’auteur et aux conditions de réalisation.

  Analyse des images

Les gardiens

Pour réaliser Le directeur de la prison de Trèves, Jean Daligault a utilisé du papier journal et de la peinture à l’huile. On aperçoit d’ailleurs sur le support (au centre) quelques mots imprimés en allemand, à l’envers : la feuille du journal a donc été retournée et semble aussi avoir été choisie parce qu’elle était relativement vierge d’inscriptions, qui apparaîtraient sinon. Le portrait en buste du directeur est constitué d’un ensemble de traits noirs et blancs presque mouchetés, qui donnent un tour assez impressionniste à la représentation. Vieux, massif (double menton apparent) et sévère (les sourcils froncés, l’œil et le regard noirs, le nez pointu et presque offensif), le directeur est cependant aisément reconnaissable.

Gardien à Hinzert prend lui aussi pour support une feuille de papier journal, où les mots imprimés en allemand sont cette fois plus présents et tournés vers le haut. Le portrait en buste du gardien SS est réalisé à l’aide de traits noirs plus nets et plus larges, qui privilégient les angles et les figures presque géométriques juxtaposées ou emboîtées. Carré (les épaules massives prennent toute la feuille), le gardien dans son uniforme a un visage rectangulaire, orné d’un képi en losange (avec un insigne en rectangle) et au milieu duquel se détache un nez, lui en rectangle. Même les oreilles (sorte de triangle), la bouche et le nez (trait assez droit), les poches de la veste (rectangle) et les boutons (ronds) répondent à cette composition. Presque enfantin, le dessin aux traits pourtant réguliers montre une face caricaturale, un peu difforme, où le regard loucherait presque.

  Interprétation

Emancipation

Comme d’autres œuvres faites dans des situations de captivité et de violence, Le directeur de la prison de Trèves et Gardien à Hinzert expriment une mise à distance de sa condition par Daligault. En parvenant malgré tout à l’art, il détourne et dépasse le contexte et la souffrance, en tentant de lui donner un sens.
Mais il s’agit bien de rendre compte ce réel plutôt que de le fuir. Ainsi, les deux personnages représentés ont-ils tous les attributs des dominants et des bourreaux : les corps sains et bien nourris (graisse ou muscle) s’opposent à ceux des leurs victimes, comme si l’autorité et le sentiment de légitimité de celle-ci se traduisait aussi par ce biais (en plus de l’uniforme pour le SS).

On peut cependant distinguer le regard noir, presque cruel du directeur de l’aspect presque stupide du SS. Ce dernier n’est qu’angles et carrure, une force brute (regard inexpressif et vide) que Daligault ridiculise presque, alors que le premier est à la fois plus complexe (dans la composition et son résultat) et plus inquiétant. Le passage de la prison au camp est peut-être ainsi signifié, qui est aussi une gradation dans la violence et l’inhumanité.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Centenaire de la naissance de Jean Daligault, 1899-1945, Direction des Archives du Calvados, Caen, 1999.
  • DE LA MARTINIERE, Joseph, Mon témoignage de déporté N.N., tome II : Hinzert, Paris, FNDIRP, 1989.
  • DORRIÈRE, Christian, Cinq ans d’Enfer et Cinquante de purgatoire, tome I : Jean Daligault, une page de la résistance à Caen, Caen, 1995.
  • DORRIERE, Christian, L’Abbé Jean Daligault - Un peintre dans les camps de la mort, Le Cerf, « Collection Epiphanie », 2001.
  • Jean Daligault Peintures et Sculptures, introduction de Madame LORACH, Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, éditions de la Martinière, Paris, 1996.

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