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Le Festin du sacre de Louis XV.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Titre : Le Festin du sacre de Louis XV.

Auteur : Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663-1742)
Date représentée : 25 octobre 1722
Dimensions : Hauteur 46 cm - Largeur 70 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Festin servi dans la grande salle du palais archiépiscopal de Reims, 25 octobre 1722 : l'entrée du second service
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-000796-02 / MV5812

La Cavalcade le lendemain du Sacre à Reims, 26 octobre 1722.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Philipp Bernard

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Titre : La Cavalcade le lendemain du Sacre à Reims, 26 octobre 1722.

Auteur : Pierre-Denis, dit MARTIN le Jeune MARTIN (1663-1742)
Date de création : 1724
Date représentée : 26 octobre 1722
Dimensions : Hauteur 88 cm - Largeur 125 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation :
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 87-000903-03 / MV178

  Contexte historique

Le Sacre de Louis XV (octobre 1722)

Pierre-Denis Martin, dit « Martin le Jeune » (né à Paris, vers 1663, et mort dans la même ville en 1742), fut, sous le règne de Louis XIV, pourvu de pensions et de la charge de « peintre ordinaire du roi ». À ce titre, il peignit nombre de tableaux pour orner les châteaux royaux de Versailles, Choisy et Compiègne (scènes de chasse, vues en perspective des villes, des domaines princiers). Il est évident que les cérémonies du sacre de Louis XV, en octobre 1722, dont il est le témoin actif, inaugurent une nouvelle étape de son œuvre et une forme de consécration personnelle, si besoin était.

Si le souci de témoigner est si grand et la commande officielle si évidente (il faut établir aux yeux de tous la surpuissance mystérieuse d’un roi élu du ciel, investi d’une force invincible et miraculeuse), c’est que, plus que tout autre cérémonial d’État, le Sacre est essentiel dans la religion royale. Malgré l’instantanéité de la succession conférée par l’hérédité - « le roi est mort, vive le roi » -, seule cette cérémonie fondatrice confère au souverain la totalité de son pouvoir et de sa puissance. L’affaire est d’importance dans le cas des héritiers mineurs : Louis XV n’a que cinq ans en 1715, lorsque meurt Louis XIV, et il est confié aux soins de son grand-oncle, le duc d’Orléans, « régent du royaume » jusqu’au 15 février 1723. Le Sacre précède de quelques mois l’entrée en fonction du jeune prince.

Célébré à Reims, il se déroule en plusieurs temps, en plusieurs jours : une nuit de recueillement, un jour de solennités (serments, messes, intronisation, sainte onction, hommages), le tout mêlant rites de chevalerie et cérémoniel catholique. C’est en « Roi Très-Chrétien », c’est-à-dire défenseur universel de la foi, que Louis est couronné par douze pairs du royaume. Vient ensuite le temps du festin puis, le lendemain ou le surlendemain celui de la cavalcade, qui sont les thèmes retenus par l’artiste.

  Analyse des images

Un témoignage précis sur les suites immédiates de l’intronisation

Martin peint en l’occurrence pour la postérité, à la manière d’un historiographe, ces deux moments clés : le Festin du sacre de Louis XV au palais archiépiscopal, à Reims. 25 octobre 1722 – une huile sur toile de 46x70 cm -, la Cavalcade de Louis XV après le Sacre. 26 octobre 1722 - une huile sur toile de 88x125 cm.

Le Festin nous emmène au palais du Tau, sous le regard des archevêques de Reims successifs dont les portraits en pied ornent la salle de réception et qui ont dû les uns après les autres, au fil des règnes, financer ces agapes. Louis XV est au centre, seul à sa table, revêtu du manteau fleurdelisé, tandis qu’on lui présente le second service. L’agencement en U des tables, les convives alignés d’un même côté rappellent les festins médiévaux. Comme le veut la tradition, les princesses sont reléguées à une tribune, au rôle de spectatrices. À l’image du roi, les pairs laïcs gardent leurs ornements (manteaux d’hermine, colliers du Saint-Esprit), les pairs ecclésiastiques leur mitres et leurs chapes. Ils se distinguent donc par le costume des autres invités que le roi honore (princes du sang, ambassadeurs, seigneurs).

La Cavalcade met en scène le nouveau souverain qui, au lendemain de son sacre, depuis le parvis de la cathédrale de Reims, monté sur un cheval blanc et accompagné du Régent, sacrifie au rituel de ce grand défilé populaire. Il s’avance au centre d’un long cortège, suivi par les grands officiers de sa maison, les maréchaux de France et les officiers de l’ordre du Saint-Esprit. Les hautbois, les tambours, les trompettes marchent en tête et annoncent l’événement, puis les gardes du corps et leurs officiers. Tous se rendent dans deux lieux sacrés de la monarchie, Saint-Marcoul d’abord, Saint-Remi ensuite. Le tableau est remarquable dans le rendu de l’architecture religieuse, des tapisseries tendues le long du passage de l’archevêché à la cathédrale, des individus formant cortège, des éléments anecdotiques de premier plan.

  Interprétation

Un témoignage d’abord politique

Dans Le Festin, la réalité est mise à mal par la perspective, qui fait croire à une foule dense, dans laquelle se bousculent musiciens, valets en pourpoints et courtisans curieux, à défaut d’être attablés – l’étiquette veut que les grands officiers soient mobilisés pour le service et la figuration. Or, ces banquets réunissent une centaine d’invités sous Louis XIII, une trentaine seulement à partir de Louis XIV – nous sommes loin des fastes pantagruéliques originels. Le service à la française impose que soient installés sur les tables de multiples plats copieusement fournis ; chaque invité s’y sert à loisir et les restes, importants et présentables, sont servis, à l’hôtel de ville, aux grands officiers, aux différents acteurs du Sacre, aux notables locaux. Les mets sont ici absents puisque nous sommes entre deux services et que le peintre veut surtout marquer l’enthousiasme de la Cour et laisser à la postérité le portrait des grands qui ont légitimé Louis XV. 

Le deuxième tableau insiste sur l’assentiment populaire. Il oublie en partie la dimension religieuse du défilé au profit de ses aspects plus politiques. En effet, la cavalcade précède la guérison des écrouelles (signes de tuberculose) par le roi. La sainte onction est censée lui avoir conféré un extraordinaire pouvoir thaumaturgique, qu’il manifeste par imposition de ses mains sur le corps des malades. Cette manifestation très courue (2 000 personnes sont touchées par Louis XV) se déroulait à l’origine à Saint-Marcoul de Corbeny - d’où le passage obligé de la cavalcade - puis, à partir de Louis XIV, dans le cloître de Saint-Rémi de Reims, après que le souverain s’était recueilli devant la châsse du saint.

Auteur : Philippe BOURDIN


Bibliographie

  • BLOCH Marc, Les Rois thaumaturges, Paris, Gallimard, 1924.
  • CORNETTE Joël, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993.
  • HOURS Bernard, Louis XV. Un portrait, Paris, Privat, 2009.
  • JORDAN Thierry (dir.), La grâce d’une cathédrale. Reims, Strasbourg, La Nuée bleue, 2010.

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