Le Siècle des Lumières (12 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés
Titre : Deuxième vue du port de Bordeaux, prise du château trompette.
Auteur : Joseph VERNET (1714-1789)
Date de création : 1759
Dimensions : Hauteur 165 cm - Largeur 263 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de la Marine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 86-001981-01
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Titre : Première vue de Toulon, vue du pont-neuf prise à l'angle du parc d'artillerie.
Auteur : Joseph VERNET (1714-1789)
Date de création : 1755
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de la Marine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-000976 / 5OA2
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Titre : Vue du port de la Rochelle.
Auteur : Joseph VERNET (1714-1789)
Date de création : 1762
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de la Marine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 86-001977 / 5OA11
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Titre : Intérieur du port de Marseille.
Auteur : Joseph VERNET (1714-1789)
Date de création : 1754
Dimensions : Hauteur 165 cm - Largeur 265 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de la Marine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-000977 / 5OA3
L’essor des grands ports français au siècle des Lumières
Le XVIIIe siècle est marqué par la croissance urbaine (le royaume gagne près de 8 millions d’habitants entre 1715 et 1789) et la croissance des échanges maritimes. Marseille, qui rattrape les pertes démographiques de la peste de 1720, et Bordeaux dont la population passe de 50 à 110 000 habitants, sont les deux grands ports du commerce extérieur français.
Bordeaux connaît grâce aux échanges transatlantiques et notamment avec les « Isles à sucre » (les Antilles) un essor remarquable. L’enrichissement des élites urbaines et la volonté de modernisation des intendants rivalisent et se conjuguent pour faire de la capitale de la Guyenne un modèle de l’urbanisme des Lumières. Le quai des Chartrons et ses maisons de commerce européennes deviennent le symbole de la prospérité des ports du Ponant (ports de la façade atlantique).
C’est dans ce contexte que le marquis de Marigny, surintendant des bâtiments, arts et manufactures de Louis XV commande en 1753 au peintre Joseph Vernet qu’il a remarqué lors d’un voyage à Rome en 1750, la série des ports de France, soit 24 tableaux, payés chacun 6 000 livres, dont 15 seront achevés avant 1765.
L’artiste et la commande royale
Frère de la marquise de Pompadour qui joue alors un rôle déterminant dans l’animation de la production artistique par la protection et les commandes royales, le marquis de Marigny demande à Joseph Vernet de peindre les ports avec une rare précision. Il connaît ses qualités et notamment sa maîtrise de la veduta (paysage urbain avec au premier plan des scènes de la vie quotidienne peintes avec beaucoup de réalisme) qui a fait son succès auprès des touristes de qualité en Italie. En le proposant à Louis XV pour peindre ses marines, il écrit : « Ses talents, qui peuvent être d’une grande utilité dans un Etat qui a l’avantage de renfermer dans son sein les ports les plus beaux et les plus commodes, doivent faire désirer à Sa Majesté d’attacher à son service le plus capable de les représenter sur toile ».
Dans le cas de Toulon par exemple, exemple même du port et de l’arsenal militaire, Vernet doit peindre trois tableaux, correspondant aux différents angles de vue requis. La grande taille des tableaux (8x5 pieds soit 273x165 cm) permet aussi la précision du détail. Dans « L’intérieur du port de Marseille » (les deux tableaux consacrés au port phocéen ouvrent la série), peint depuis le haut du pavillon de l’Horloge qui domine le quai, on voit en arrière-plan un navire abattu en carène pour inspection de sa coque. Dans la foule des badauds qui se pressent autour du personnel du port et des ballots de marchandises de toutes provenances débarqués dans ce « port mondial » du XVIIIe siècle, selon l’expression de Charles Carrière, Joseph Vernet a choisi de représenter son épouse et son fils (sa famille l’accompagne d’ailleurs sur le terrain).
L’artiste a cependant parfois pris quelque liberté avec l’observation fidèle des infrastructures portuaires. A l’époque, La Rochelle voit son développement handicapé par l’envasement du port. Or, le peintre préfère peindre ici l’activité et le dynamisme du port.
L’ouverture aux horizons maritimes
Cette commande royale est remarquablement documentée car le marquis de Marigny a non seulement donné au peintre un cahier des charges très précis, port par port, tableau par tableau, mais demandé à Joseph Vernet des rapports d’activité réguliers où ce dernier précise l’avancement de ses travaux : observations, sites retenus, esquisses… Si la commande reste inachevée : 10 tableaux n’ont pas été réalisés, elle reste remarquable par son ampleur.
La série des ports de France témoigne de l’intérêt de la monarchie pour les horizons maritimes et de ses ambitions en la matière, alors que Louis XV et Louis XVI connaissent en fait très peu la mer – le premier s’est seulement rendu au Havre, le second à Cherbourg. Face à la redoutable puissance navale, commerciale et coloniale de la Grande-Bretagne, dont la démonstration de force est éclatante pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) contemporaine de la réalisation de cette série, le pouvoir royal veut faire la preuve du dynamisme de sa marine et de ses ports.
C’est particulièrement vrai dans le cas d’un port militaire comme Toulon. La série fait également écho à la volonté des Lumières techniciennes (Contrôle général des finances, inspecteurs des manufactures, corps des Ponts et Chaussées) de mesurer l’ensemble du territoire, d’en développer les infrastructures et les potentialités économiques. Tous ces tableaux sont à leur manière des manifestations du goût du XVIIIe siècle pour les enquêtes de terrain et la mise en série des connaissances.
Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE