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Michel Barthélemy OLLIVIER.
Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764 [les personnages]. Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764 [les personnages].
Michel Barthélemy OLLIVIER.
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Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764.

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Titre : Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764.

Auteur : Michel Barthélemy OLLIVIER (1712-1784)
Date de création : 1764
Dimensions : Hauteur 530 cm - Largeur 680 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-000137-02 / MV 3824

Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764 [les personnages].

© Photo RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

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Titre : Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764 [les personnages].

Auteur : Michel Barthélemy OLLIVIER (1712-1784)
Date de création : 1764
Date représentée : 1764
Dimensions : Hauteur 530 cm - Largeur 680 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-000137-02 / MV 3824

  Contexte historique

Une école de peinture ?

Lorsqu’il peint, en 1764, Le Thé à l’anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces au palais du Temple à Paris en 1764, toile achevée en 1766, Michel Barthélemy Ollivier est un quinquagénaire solidement établi dans l’art de la gravure, de la peinture d’histoire et de genre. Élève de Charles-André van Loo, il est un intime du neveu de ce dernier, Louis-Michel, son collègue, qu’il a accompagné dans l’Espagne des années 1730 à la cour de Philippe V d’Espagne. Comme son alter ego, il est revenu en France au début des années 1760, reconnu d’abord par l’Académie de Saint-Luc pour ses scènes de genre (1764) puis par l’Académie royale de peinture (1766), où Louis-Michel van Loo l’a précédé quatre ans plus tôt. Celui-ci, au service du roi, deviendra le peintre ordinaire du prince Louis-François de Bourbon-Conti (1716-1776), un chef militaire prestigieux, petit-fils du Grand Condé, et l’un des personnages clés de l’opposition princière à Louis XV, son cousin.

Chez ces deux artistes, que la commande fait vivre et qui n’ignorent pas le sens politique des représentations officielles, existe un goût particulier pour le témoignage sur le quotidien et l’intimité des grands, en un temps où la philosophie engage à la sociabilité et à la simplicité, deux comportements dont se recommande faussement la culture des salons. Barthélemy, qui couchera par ailleurs sur la toile plusieurs scènes de chasse au centre desquelles figure son mécène, inscrit du reste Le Thé dans un ensemble de trois tableaux peints en 1766, les deux autres volets du triptyque étant la Fête donnée par le prince de Conti au prince héréditaire de Brunswick-Lunebourg, à l’Isle-Adam et le Souper du prince de Conti au Temple.

  Analyse des images

Pouvoir et sociabilité

Le Thé nous propose comme un arrêt sur image, un « tableau » au sens théâtral du terme, qui met littéralement en scène l’entourage du prince de Conti. Les principaux sujets semblent regarder fixement le peintre qui les croque en train de servir le thé « à l’anglaise », c’est-à-dire sans domestique.

Tout dans ce salon des Quatre-Glaces, antichambre située dans l’aile Nord du palais du Temple, respire l’aisance : l’abondance des théières et des mignardises offertes selon les normes du buffet « à la française », la hauteur des plafonds et des glaces, les dorures des corniches qui rehaussent le blanc des boiseries, les lourdes tentures, les vêtements des invités – hommes en longs gilets brodés et habits à la française rehaussés de parements ou noirs pour les juristes, femmes arborant de longues robes de soie parées à la française ou à l’anglaise (resserrées à la taille). Sont également empruntés à la mode anglaise les tissus à larges rayures.

Haute aristocratie de l’épée ou de la robe (le président du Parlement de Paris, Hénault), hommes de sciences, femmes de lettres et d’esprit (telle Mlle de Boufflers, maîtresse du prince de Conti), protectrices des écrivains (la maréchale de Luxembourg aide ainsi Rousseau), artistes se côtoient. Les musiciens, dans la partie gauche du tableau, ne bénéficient pas de la même lumière que les hôtes. Pourtant, un jeune prodige âgé de huit ans, confortablement installé, joue du clavecin : il s’agit de Wolfgang Amadeus Mozart, qui accomplit alors sa première tournée européenne (1762-1766), séjournant à Paris du 18 novembre 1763 au 10 avril 1764, puis du 10 mai au 9 juillet 1766. Conti, pair de France, défenseur très influent des libertés parlementaires et du jansénisme, qui affecte de se distinguer par une longue perruque d’un autre temps, sait en effet accueillir les acteurs d’une nouvelle sensibilité musicale, organisant force concerts de 1762 à 1771, et prenant ainsi la suite d’un autre salonnier, protecteur de Rameau, Le Riche de La Pouplinière.

Eudore Soulié, en son temps conservateur à Versailles, a identifié dans le détail tous les invités, s’appuyant sur un cartel qui figurait sur une réplique du tableau conservée au château de Neuilly jusqu’à son pillage et son incendie en février 1848 : « À droite, une table à laquelle sont assis le bailli de Chabrillant [no 1] et le mathématicien d’Ortous de Mairan [no 2] ; la princesse de Beauvau [no 3], debout, verse à boire à ce dernier. Sur le devant, les comtes de Jarnac [no 4] et de Chabot [no 5], debout, le premier tenant un plat, l’autre mangeant un gâteau ; plus loin, la comtesse de Boufflers [no 6] servant d’un plat posé sur un réchaud. Le président Hénault [no 7], vêtu de noir, est assis devant un paravent. La comtesse d’Egmont la jeune [no 8], née Richelieu, tient une serviette et porte un plat, et la comtesse d’Egmont mère [no 9], vêtue de rouge, coupe un gâteau. Près d’elle est M. Pont de Vesle [no 10], appuyé sur le dossier d’un fauteuil. Le prince d’Hénin [no 11], debout, appuie la main sur le dossier d’une chaise, sur laquelle est assise la maréchale de Luxembourg [no 12] tenant une soucoupe ; entre eux est mademoiselle de Boufflers [no 13], vue de profil. La maréchale de Mirepoix [no 14] verse du thé à madame de Vierville [no 15]. Mademoiselle Bagarotti [célèbre chanteuse, no 16] est assise toute seule devant un petit guéridon, près duquel est une bouilloire posée sur un fourneau portatif. Le prince de Conti [no 17], vu de dos, est debout près de Trudaine [no 18]. Enfin, à gauche, Mozart [no 19], enfant, touche du clavecin et Géliotte [no 20], debout, chante en s’accompagnant de la guitare ; le chevalier de la Laurency [no 21], gentilhomme du prince, est debout derrière Mozart, et le prince de Beauvau [no 22], assis, lit une brochure. Le salon est orné de grandes glaces et de dessus de portes représentant des portraits de femmes. Un violoncelle et des cahiers de musique sont posés dans l’angle de gauche, et on lit sur un papier :
"De la douce et vive gaieté
Chacun icy donne l’exemple,
On dresse des autels au thé ;
Il meritoit d’avoir un temple.
" »

  Interprétation

L’identité des salons

Écarté de la cour par la marquise de Pompadour, Conti veut témoigner qu’il peut lui aussi réunir quand bon lui semble une partie du monde de la pensée, du pouvoir, des lettres et des arts. Ne loge-t-il pas Rousseau ? Ne pensionne-t-il pas Beaumarchais ? Puisque chaque salon se réserve un jour de la semaine, Conti invite à souper de préférence les lundis. Il le fait dans un palais au cœur de Paris, qu’il occupe depuis 1749 comme grand prieur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Jouissant de franchises, du droit d’asile et d’exemptions par rapport à la justice royale, il développe cet enclos du Temple et y fait construire des lotissements qui lui permettent de loger des nobles et des débiteurs de l’ordre : là est le micro-royaume d’un prince frondeur. Son salon est réputé nourrir la critique à l’égard de Versailles.

Anglophile – et hostile à toute alliance avec l’Autriche, objet de sa disgrâce à la cour –, il n’est guère étonnant que l’on goûte chez Conti, comme chez les Chabot qu’il reçoit et que les alliances matrimoniales associent à la noblesse anglaise, à la boisson nationale outre-Manche : le thé, venu de Chine en Europe au XVIIe siècle seulement, a supplanté le café en Angleterre et est désormais goûté par tous les milieux, en ville comme à la campagne, alors qu’il reste rare en France, sinon dans les milieux parisiens et bordelais en lien avec Albion. Quand ses prétendues vertus médicinales ne la conduisent pas, le snobisme inspire parfois sa consommation : « Il prend le thé deux fois par jour et il se croit le mérite de Locke ou de Newton », persifle ainsi Mme de Genlis, maîtresse du duc d’Orléans, à propos d’une de ses relations. Mais il n’est guère de salon dans les années 1760, sinon celui de la trop désargentée Julie de Lespinasse, où l’on ne se pique de découvertes gastronomiques, entre deux conversations bien réglées, deux sarcasmes ou bons mots savamment lancés, deux bouts rimés collectivement composés, et avant d’éventuels jeux de société, eux aussi parfois importés.

Auteur : Philippe BOURDIN


Bibliographie

  • FLANDRIN Jean-Louis, MONTANARI Massimo [dir.], Histoire de l’alimentation, Paris, Fayard, 1996.
  • GÉTREAU Florence, « Retour sur les portraits de Mozart au clavier : un état de la question », dans Thomas Steiner [dir.], Cordes et claviers au temps de Mozart, Actes des IIIes Rencontres internationales « Harmoniques » à Lausanne (avril 2006), Bern, Berlin, Bruxelles, Francfort-sur-le-Main, New York, Oxford, Vienne, Éditions scientifiques internationales Peter Lang (coll. Publications de la Société suisse de musicologie, série II, vol. 53), 2010, p. 73-112.
  • HELLEGOUARC’H Jacqueline, L’esprit de société. Cercles et « salons » parisiens au XVIIIe siècle, Paris, Garnier, 2000.
  • LILTI Antoine, Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2005.
  • MEYZIE Philippe, L’alimentation en Europe à l’époque moderne, Paris, Armand Colin (coll. U. Histoire), 2010.
  • ROCHE Daniel, La culture des apparences. Une histoire du vêtement (XVIIe-XVIIIe siècle), Paris, Fayard, 1989.
  • TURRENTINE Herbert C., « The Prince de Conti: A Royal Patron of Music », The Musical Quarterly, vol. 54, no 3, juillet 1968, p. 309-315.
  • VERNET Thomas, « Les collections musicales des princes de Conti », dans Florence Gétreau [dir.], Les collections d’instruments de musique. 1re partie, Paris, CNRS Éditions (Musiques-Images-Instruments, vol. 8), 2006, p. 45-67.

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