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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Louis-René de Caradeuc de La Chalotais. Louis-René de Caradeuc de La Chalotais.
Jean-Jacques HUBERT.
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Portrait de Louis René de Caradeuc de La Chalotais.

© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Manuel Salingue

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Titre : Portrait de Louis René de Caradeuc de La Chalotais.

Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 82.9 cm - Largeur 64.3 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rennes (Rennes) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 13-587767 / INV1908-6-1

Louis-René de Caradeuc de La Chalotais.

© Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Image château de Versailles

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Titre : Louis-René de Caradeuc de La Chalotais.

Auteur : Jean-Jacques HUBERT (1760-?)
Dimensions : Hauteur 22.8 cm - Largeur 15.7 cm
Technique et autres indications : Burin (estampe), eau-forte
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 11-515728 / LP83.62.3

  Contexte historique

La démission du parlement de Bretagne et l’arrestation du procureur général La Chalotais (1765)

À l’issue de la désastreuse guerre de Sept Ans (1756-1763), la situation financière du royaume de France est catastrophique et exige une réorganisation fiscale en profondeur. La Bretagne, très attachée à ses libertés et connue pour son tempérament rebelle, refuse les nouveaux impôts qu’exige au nom de Versailles le duc d’Aiguillon, commandant en chef de la province.

La tension monte entre les magistrats du parlement et le duc d’Aiguillon qui pousse le ministère à la fermeté à l’été 1764 : « Je ne veux ni faire les lois ni juger les procès mais je ne veux pas que le parlement se mêle de l’administration […] et je demande que, lorsqu’il calomnie le chef de cette administration, on le fasse taire avec le ton nécessaire pour être obéi. » Les tentatives de médiation échouent et l’ensemble du parlement de Bretagne est convoqué à Versailles. L’escalade se poursuit avec la démission de 85 présidents et conseillers du parlement qui estiment, le 22 mai 1765, ne pouvoir faire autre chose « que de remettre à Sa Majesté les titres des offices dont ils ne pourraient remplir les fonctions sans les plus grands inconvénients pour le roi et les sujets, et sans établir un conflit dangereux entre l’autorité légale et l’autorité arbitraire ».

Les douze magistrats qui n’ont pas démissionné sont menacés. Le ministre Saint-Florentin est lui-même destinataire de courriers anonymes injurieux. Une enquête met alors en cause le procureur général du parlement, La Chalotais, alors âgé de 64 ans, qui aurait été trahi par son écriture. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1765, cinq magistrats du parlement de Bretagne sont arrêtés, parmi lesquels les procureurs-généraux Louis René de Caradeuc de La Chalotais et son fils Anne-Jacques-Raoul de Caradeuc. Pour ses défenseurs, La Chalotais devient la victime de l’arbitraire ministériel et du despotisme monarchique.

  Analyse des images

Du « parfait magistrat » à la victime de l’arbitraire

Né en 1701, avocat général à 29 ans, Louis-René de Caradeuc de La Chalotais est représenté dans les fonctions de procureur général au parlement de Rennes qu’il occupe depuis 1752. Dans le portrait peint, de facture très classique, il affiche l’assurance du magistrat pénétré de la dignité de la charge qu’il exerce et de l’importance de son devoir d’état. Influencé comme nombre de ses pairs par la pensée politique de Montesquieu, le parlement est pour lui un corps intermédiaire entre le peuple et le roi, un écran protecteur contre les dérives possibles de la monarchie. Il prend ainsi l’apparence du « parfait magistrat », selon l’expression du temps. Mais La Chalotais est aussi devenu, avec l’affaire qui porte son nom, le symbole de la résistance à l’oppression ministérielle. C’est ce qu’illustre la gravure dont la diffusion fut beaucoup plus large, puisqu’il s’achète bon marché auprès de la maison Esnauts & Rapilly. À la différence du portrait peint, flatteur mais non engagé, la gravure ne se contente pas de la présentation classique et interchangeable d’un profil avec des allusions discrètes à la culture du magistrat éclairé (les livres) et à la Bretagne (les hermines). Elle porte une légende qui fait toute sa valeur et la distingue d’autres profils gravés de La Chalotais : par exemple celui gravé par Baron d’après le dessin de Cochin. Ici, l’image manifeste clairement un engagement en faveur de l’innocence de La Chalotais, vertueux magistrat inébranlable dans l’adversité : « Sans le faire changer, on le persécuta ; l’Envie et le Malheur augmentèrent sa gloire. Tout lui fut enlevé, sa vertu lui resta. Puise une paix durable assurer sa victoire. »

En prenant publiquement le parti de La Chalotais, cette gravure ne se contente pas d’informer l’opinion. À l’instar des factums (mémoires) d’avocats qui sont débités par milliers d’exemplaires lors des grandes affaires judiciaires, elle participe de la construction du symbole de la lutte du magistrat défenseur des libertés bretonnes contre l’arbitraire et permet au public de s’identifier à partir d’un homme à une cause.

  Interprétation

Une icône de l’opposition au despotisme monarchique

Emprisonné en 1765 avant d’être exilé à Saintes, La Chalotais est devenu le symbole des libertés bafouées par le despotisme ministériel. Il le doit à l’association du pouvoir de l’image et de l’écrit engagés qui le posent en victime.

Le premier des mémoires qu’il rédige en détention se termine ainsi : « Mais si, dans une monarchie tempérée, deux procureurs généraux de la réputation la plus intacte, l’un depuis trente-cinq ans [La Chalotais], l’autre depuis dix ans de magistrature [son fils, Caradeuc]… sont exposés à de pareils traitements, et livrés à la discrétion de leurs ennemis, n’ayant que la ressource de la justice et des lois, et même ne l’ayant pas, puisqu’ils ne peuvent écrire au roi, ni se justifier, que n’auraient point à craindre nos juges eux-mêmes ? Fait au château de Saint-Malo, 15 janvier 1766, pouvant à peine avoir quelques livres, m’en ayant été enlevés concernant la procédure criminelle. Écrit avec une plume faite d’un cure-dent, et de l’encre faite avec de la suie de cheminée, du vinaigre et du sucre, sur des papiers d’enveloppe de sucre et de chocolat. » Le profil gravé lui fait donc parfaitement écho et le coup porte. Voltaire écrit à d’Alembert à ce sujet : « Vous pensez bien, mon vrai philosophe, que mon sang a bouilli quand j’ai lu ce mémoire écrit avec un cure-dent, ce cure-dent gravé pour l’immortalité. Malheur à qui la lecture de cet écrit ne donne pas la fièvre !  »

En 1774, au changement de règne, Louis XVI rappelle La Chalotais d’exil et en décembre 1776 décide par lettres patentes d’ériger la terre de Caradeuc en marquisat. La Chalotais est donc bien devenu en une dizaine d’années un authentique symbole politique. Les défenseurs des libertés bretonnes l’exalteront tout au long du XIXe siècle.

Auteur : Pierre-Yves BEAUREPAIRE


Bibliographie

  • BEAUREPAIRE Pierre-Yves, La France des Lumières. 1715-1789, Paris, Belin (coll. Histoire de France, no 8), 2011.
  • DAIREAUX Luc, Le feu de la rébellion ? Les imprimés de l’affaire de Bretagne (1764-1769), Paris, H. Champion (coll. Les dix-huitièmes siècles, no 158), 2011, disponible sur hal.
  • EGRET Jean, Louis XV et l’opposition parlementaire. 1715-1774, Paris, Armand Colin, 1970.
  • LEMAÎTRE Alain Jacques, « La Chalotais, procureur général du roi : une biographie intellectuelle », in : Alain Jacques LEMAÎTRE et Odile KAMMERER [dir.], Le pouvoir règlementaire : dimension doctrinale, pratiques et sources, XVe et XVIIIe siècles, Actes du colloque de Mulhouse, 11 et 12 octobre 2002, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, p. 241-255.
  • SWANN Julian, « Defending La Chalotais: The Brittany Affair, 1764-66 », in : Politics and the Parlement of Paris under Louis XV, 1754-1774, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, p. 250-283.

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