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Reproduction non disponible Anatole France, écrivain français, chez lui.
CHOUMOV.
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Anatole France, in Camera Work, avril-juillet 1913.

© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

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Titre : Anatole France, in Camera Work, avril-juillet 1913.

Auteur : Edward STEICHEN (1879-1963)
Date de création : 1913
Date représentée : 1913
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97CE14889/Pho1981-32-14

Reproduction non disponible

© Collection Roger-Viollet

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Titre : Anatole France, écrivain français, chez lui.

Auteur : CHOUMOV
Date de création : 1900
Date représentée : 1900
Lieu de Conservation : Collection Roger-Viollet (Paris) ; site web
Contact copyright : Roger-Viollet 6, rue de Seine 75006 Paris / Tel : 01.55.42.89.00 - Fax : 01.43.29.72.88 ; site web
Référence de l'image : 491-6

  Contexte historique

Crises et conflits sous la IIIe République

Si, dès 1879, la IIIe République (1870-1940) apparut solidement installée, en dépit d’une forte instabilité ministérielle due à l’absence de partis politiques structurés, elle n’en a pas moins été secouée à partir de 1885 par un certain nombre de crises. Tout en révélant la faiblesse du pouvoir exécutif, ces crises suscitèrent l’affrontement de systèmes de valeurs antagonistes. La plus grave d’entre elles, l’affaire Dreyfus (1894-1899), eut un retentissement politique considérable, dans la mesure où cette affaire d’espionnage complexe – qui mettait injustement en cause un officier juif français – intervint à la suite de la campagne d’antisémitisme lancée par Drumont et son journal La Libre Parole, et souleva une question brûlante : fallait-il condamner le capitaine Dreyfus au nom de la raison d’Etat ou, au contraire, défendre les droits de l’individu à un jugement équitable au nom de la justice et de la vérité ? Derrière cette question s’opposaient non seulement deux tendances politiques, la droite et la gauche, mais aussi et surtout deux conceptions du pouvoir, la première défendant le principe d’une autorité supérieure et d’une révérence aveugle pour les institutions, la seconde se réclamant au contraire d’une démocratie individualiste et anticléricale. Cette entrée en force des idéologies sur le devant de la scène politique eut ainsi pour conséquence notable la mobilisation de nombreux intellectuels.

  Analyse des images

Anatole France, une figure mystique

Anatole France (1844-1924), qui cumulait les fonctions de romancier, de chroniqueur, de critique littéraire et d’académicien, et brillait dans les salons littéraires de l’époque, fait partie de ces penseurs épris de justice et de liberté qui s’engagèrent dans les combats de l’époque. S’il s’était jusque-là comporté en dilettante, se contentant de jeter un regard satirique et distancié sur la politique, le scandale de Panama et l’affaire Dreyfus l’incitèrent à se lancer dans une lutte réformiste pour défendre les valeurs humanistes auxquelles il était particulièrement attaché. Mû par une grande curiosité intellectuelle comme par un scepticisme permanent, il exprima jusqu’au bout ses convictions aussi bien à travers ses œuvres qu’à travers une activité militante. Deux photographies du début du siècle mettent ainsi l’accent sur sa double position : d’une part, l’écrivain reconnu, d’autre part, l’homme dans l’intimité de son salon. La première, d’Edward Steichen, grand photographe de mode et portraitiste de célébrités, représente Anatole France accoudé à sa table de travail, en 1913. Privilégiant la dimension psychologique du portrait, Steichen donne une image quelque peu énigmatique du personnage : sa barbichette blanche taillée en pointe, ses moustaches effilées et ses petits yeux vifs et railleurs confèrent un caractère mystérieux à son visage, tandis que tout son être indique une grande détermination et une grande force intérieure. L’aura dont le photographe a su entourer Anatole France indique la renommée et le respect qui s’attachaient à cet écrivain. C’est un autre aspect du personnage, en revanche, que met en valeur la seconde photographie de France prise dans le salon de son hôtel particulier, la villa Saïd, à Paris. Debout dans l’angle d’une cheminée monumentale, l’écrivain apparaît ici comme un collectionneur féru d’antiquités : la richesse du décor intérieur, qui va du gothique au XVIIIe siècle, témoigne de son aisance financière, acquise progressivement, au fil de ses publications, et de sa reconnaissance publique, consacrée par son entrée à l’Académie française. Le parcours d’Anatole France constitue par conséquent un exemple remarquable de la réussite sociale à laquelle pouvaient prétendre les gens de lettres par le biais de leur art.

  Interprétation

Entre utopie humaniste et engagement politique

Point de départ de l’engagement politique de nombreux intellectuels, l’Affaire fit d’Anatole France un dreyfusard, isolé parmi ses confrères académiciens, et un personnage public, qui n’hésitait pas à prendre parti pour les valeurs qu’il avait faites siennes. Cette détermination entraîna son évolution vers le socialisme. Devenu l’ami de Jean Jaurès, figure éminente du mouvement socialiste qui possédait un sens aigu des réalités du temps et militait pour une République des droits de l’homme, il proclama publiquement son hostilité envers une Eglise majoritairement antidreyfusarde durant le ministère d’Emile Combes (1902-1905), dont il soutint le projet de loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, avant de se faire l’apôtre de la paix durant les années qui précédèrent l’entrée en guerre de la France. Conscient de la défaite de l’utopie socialiste et de l’impossibilité de créer une entente internationale entre les ouvriers, il n’en plaça pas moins un temps ses espérances dans la révolution russe jusqu’à l’ouverture des grands procès politiques en 1923, au nom d’idéaux progressistes et par fidélité à l’héritage de Jaurès. Cette obsession de la liberté et l’espoir de voir disparaître les injustices qui animaient Anatole France se retrouvent dès 1889 dans son œuvre littéraire, teintée d’une ironie toute voltairienne et marquée par sa conception pessimiste et fataliste de l’histoire : se réclamant aussi bien des sceptiques grecs que des théories darwiniennes sur l’évolution, cet écrivain était attaché à l’idée selon laquelle le progrès social de l’homme a pour limites celles de son cerveau – scepticisme qui entraînait la réduction de l’histoire à une succession de malheurs et de calamités. C’est ainsi qu’il se livra à une critique permanente de l’histoire, tout en mettant paradoxalement cette dernière au service du présent et de la défense des valeurs morales. Au fil de son engagement dans la vie politique de son époque, Anatole France laissa en effet l’actualité envahir ses romans, le transport à une époque antérieure de l’intrigue servant de prétexte à la dénonciation des abus et des mensonges contemporains : citons à titre d’exemple sa relecture anticléricale dans sa Vie de Jeanne d’Arc (1908) et sa virulente critique du pouvoir dogmatique et abstrait au temps de la Terreur dans Les dieux ont soif (1912). Son talent littéraire, cette conception profondément originale de l’histoire et cette ouverture sur son temps lui valurent une consécration nationale, dont témoignent le prix Nobel de littérature qu’il reçut en 1921 et les obsèques nationales – les plus importantes depuis celles de Victor Hugo – que lui offrit l’Etat en 1924, véritable enterrement-manifestation à la mémoire d’un écrivain fidèle jusqu’au bout aux causes qui lui paraissaient justes.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Marie-Claire BANCQUART, Anatole France, un sceptique passionné, Paris, Calmann-Lévy, 1984.
  • Marie-Claire BANCQUART, Les Ecrivains et l’histoire, Paris, Nizet, 1966.
  • Jean-Denis BREDIN, L’Affaire, Paris, Fayard, nouv. éd. 1993.
  • Jacques DROZ, Histoire générale du socialisme, Paris, PUF, 1972.
  • Jacques JULLIARD et Michel WINOCK, Dictionnaire des intellectuels français, Paris, Seuil, 1996.
  • Madeleine REBERIOUX, La République radicale ?, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1975.
  • Michel WINOCK,, Le Siècle des intellectuels, Paris, Seuil, 1997.

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