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Note autographe du général Bonaparte sur les événements de Venise.1797.

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Note autographe du général Bonaparte sur les événements de Venise.1797.

Transcription

Auteur : Napoleon BONAPARTE (1769-1821)
Date de création : 1797
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : NUML000535

Fédération des villes cisalpines célébrée à Milan.11 juillet 1797.

© Cliché Bibliothèque Nationale de France

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Titre : Fédération des villes cisalpines célébrée à Milan.11 juillet 1797.

Date de création : 1857
Date représentée : 11 juillet 1797
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web

  Contexte historique

A la suite de ses victoires en Italie, Bonaparte, qui marche sur Vienne, signe un armistice avec l'Autriche et décide brusquement de s'emparer de Venise. Dès 1797, Bonaparte n'a que faire des instructions du Directoire, qui varient d'ailleurs en fonction du directeur qui l'emporte. Prendre Venise permettrait de récupérer immédiatement une marine bien équipée, d'alimenter les caisses de l'armée d'Italie sans frais et, pour Bonaparte entré en Autriche, d'empêcher les Autrichiens de tenter un mouvement sur sa droite.

Le 17 avril 1797, alors que les troupes de Bonaparte occupent Vérone depuis novembre, des troubles qualifiés de Pâques véronaises fournissent à Bonaparte un prétexte pour intervenir. Trois jours plus tard, sous le feu ennemi, un navire de guerre français perd son capitaine, le jeune Laugier, au large du Lido. Le 1er mai, Bonaparte déclare la guerre à la Sérénissime. Mais, dès le 12 mai, le doge Ludovico Manin et le Grand Conseil se démettent conjointement de leurs fonctions, abolissent la République et s'en remettent à un gouvernement provisoire. Le 15 mai, 3 000 Français embarquent à Mestre sur 40 chaloupes et investissent Venise dans le calme.

Les préliminaires de paix qui suivent l'armistice de Loeben (18 avril 1797) et le traité de Campoformio (17 octobre 1797), qui les confirme, établissent la cession de Venise et de la plupart de ses possessions à l'Empereur. La contrepartie intéressante pour la France est de faire reconnaître sa mainmise sur la République cisalpine, qui, avec Ancône sur l'Adriatique, lui assure à la fois le moyen de couper de l'Empire le sud de la péninsule italienne, et de déboucher sur l'Adriatique.

Il reste à convaincre l'opinion française désireuse de paix du bien-fondé de l'opération. Bonaparte s'y emploie par ses rapports et à travers les journaux qu'il contrôle. Depuis plus d'un an en Italie, Bonaparte suit aussi de près les événements qui agitent la France, où, déjà, il envisage de jouer un rôle.

  Analyse des images

Bonaparte rédige ce récit fin juin 1797, pour justifier l'occupation de Venise, se glorifier des préliminaires de paix et dissuader toute opposition. Le destinataire de ce rapport très orienté n'est pas connu, mais le document démontre l'habileté du jeune général de 27 ans à manipuler les situations et à construire sa propre image.

Le document, authentifié par son frère, Lucien Bonaparte, et son ancien secrétaire, le baron Fain, est acquis en 1835 par Louis-Philippe pour les Archives du royaume. Ce manuscrit autographe révèle en même temps l'usage parfois approximatif que fait Bonaparte du français, qui n'était pas sa langue maternelle. Il avait près de 10 ans lorsqu'il en commença l'apprentissage et qu'il entra comme boursier au collège d'Autun, avant de se rendre à Brienne. Toute sa vie, Napoléon a parlé le français avec un fort accent corse.

Il est manifeste ici que le bouillant général ignore la différence entre armistice et amnistie (il confondra d'ailleurs toujours ces deux notions !). Les " inquisiteurs " ne sont-ils pas plutôt les " instigateurs " des attentats de Vérone ? Ses fantaisies orthographiques sont parfois plaisantes : " le vaincœur ", " les sintomes ", " appaiser "…

A la manière de la Guerre des Gaules, Bonaparte accumule les références latines pour convaincre qu'il réédite en Italie les hauts faits militaires de l'Antiquité et que son destin est infaillible. A l'instar de Jules César, il relève ses actions à la troisième personne, avec un laconisme qui renforce la démonstration de son efficacité. Son " aspect " (traduction littérale utilisée de préférence à " sa vue ") suffit à ramener le calme " à peu près comme les vents de Virgile à l'aspect de Neptune". " Bonaparte fit le manifeste si connu". Il veut " appaiser les mânes de ses frères d'armes ". Enfin, " Bonaparte comme à son ordinaire épargna le sang ". Il souligne de sa main qu'il a " fait faire la paix ".

César ne serait-il pas aussi l'inspirateur du projet machiavélique et délibéré de Bonaparte de provoquer la guerre avec la République de Venise, de l'occuper et d'évincer son gouvernement, de façon à faire place nette pour la cession à l'Autriche ? A Sainte-Hélène, Bonaparte dictera un Précis des guerres de César montrant ses affinités avec les calculs stratégiques et politiques du célèbre général romain. En remplaçant César par Napoléon et Rome par Révolution, l'empereur déchu n'aurait-il pu s'appliquer à lui-même cette formule révélatrice : " L'autorité de César était légitime parce qu'elle était nécessaire et protectrice, parce qu'elle conservait tous les intérêts de Rome, parce qu'elle était l'effet de l'opinion et de la volonté du peuple "?

Andrea Appiani contribue dès les débuts de la campagne à présenter Bonaparte en héros de la libération de l'Italie , dans un style à l'antique qui s'accorde bien avec l'esprit du récit de Bonaparte. Entre 1807 et 1810, il illustrera aussi le palais royal de Milan d'une apothéose de Napoléon en trente-cinq épisodes. Parmi ces peintures, ruinées en 1943 mais connues par des gravures, son évocation de la première campagne d'Italie est celle d'un témoin de l'entourage de Bonaparte, qui a parfaitement pénétré les aspirations de son modèle. Dès juillet 1797, la République cisalpine reçoit une constitution rédigée par Bonaparte. La cérémonie et ses réminiscences antiques, les emblèmes, les costumes, correspondent à un rôle de législateur apportant la paix dans lequel Bonaparte aime se montrer, pour mettre en valeur ses capacités d'homme d'Etat.

  Interprétation

Bonaparte dresse de Venise le tableau d'une oligarchie usée et décadente, lâche, dangereusement perfide et abritant une populace incontrôlable. Les " 10 000 esclavons " (qui évoquent le célèbre quai des Esclavons de Venise) désignent les Slaves du Sud qui combattaient pour la Sérénissime. Simultanément, Bonaparte pratique la politique du fait accompli : l'occupation, le gouvernement provisoire, puis les négociations de paix.

Bonaparte mystifie non seulement les Vénitiens, mais aussi le Directoire, en jouant sur l'opinion française, qui aspire à la paix. A l'été 1797, si le Directoire s'oppose aux négociations de paix, il se perd immédiatement dans l'opinion, qui le rendra responsable de la reprise de la guerre. Bonaparte veille lui-même à mettre en scène ses capacités à administrer et à légiférer, aussi bien que son génie militaire tout en jouant de son physique frêle et de sa simplicité.

Mais le " vaincœur " sait aussi faire pression en menaçant d'un retour de l'armée à Paris. L'apostrophe comminatoire au groupe royaliste de Clichy, " Si vous y obligez, les soldats d'Italie viendront à la barre de Clichy avec leur général ; mais malheur à vous ! ", sera suivie de l'envoi, en août 1797, du général Augereau pour occuper militairement Paris et soutenir le gouvernement du Directoire. En réalité, Bonaparte n'ignorait pas que la perspective de son retour à Paris, en pleine gloire, à la tête de ses légions, inquiéterait aussi le Directoire !

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Transcription - Note autographe du général Bonaparte sur les événements de Venise.1797.

Note autographe du général Bonaparte sur les événements de Venise. [fin juin 1797]

NB : cette transcription reproduit fidèlement l’orthographe, la ponctuation et la syntaxe du texte original.


Bonaparte, s’arrêtant aux portes de Turin, de Parme, de Rome, de Vienne, offrant la paix, alors qu’il était sûr de n’avoir plus que de nouveaux triomphes à remporter ; Bonaparte, dont toutes les opérations montrent le respect pour la religion, les mœurs, la vieillesse ; qui, au lieu du déshonneur dont il pouvait accabler le vieux, malheureux et illustre Wurmser, l’accable de bons traitements et prend un soin si grand de sa gloire, est-il le même que Bonaparte détruisant le plus ancien des gouvernements, démocratisant Gênes et même le plus sage des peuples, les cantons suisses ?

Bonaparte avait passé le Tagliamento et entrait en Allemagne, lorsque les insurrections se manifestèrent dans les états de Venise : donc elles étaient contraires aux projets de Bonaparte ; donc il n’a pas pu les favoriser.

Lorsqu’il était dans le cœur de l’Allemagne, les Vénitiens assassinent plus de 400 Français, chassent ceux qui étaient dans Venise, assassinent l’infortuné Laugier et offrent l’exemple d’un peuple fanatisé et en armes.

Il revient en Italie, et, à son aspect, à peu près comme les vents de Virgile à l’aspect de Neptune, toute l’Italie qui s’agite, qui était en armes, rentre dans l’ordre et reconnaît la voix du vaincoeur redouté.

Arrivé à Palmanova, Bonaparte fit le manifeste si connu.

Arrivé à Mestre, où il plaça ses troupes, le gouvernement vénitien lui envoya deux députés… avec un décret du Grand Conseil, de la teneur suivante, sans que Bonaparte l’eût sollicité et eût même songé à faire aucun changement dans le gouvernement de ce pays.

Le gouverneur de Venise était un vieillard de 99 ans, qui vivait en soutenant dans son appartement une atmosphère tempéré mais qui versa à la première secousse.

Tout le monde resentait la nécessité de rajeunir ce gouvernement de 1 200 ans, d’en simplifier le rouage pour en sauver l’indépendance. Honneur et gloire à la masse des nobles du Grand Conseil ! Ils montrent dans cette occasion un patriotisme, un zèle que leur patrie admire. “ Je perds tout, disait toute éperdue l’aristocratie ; mais le Gouvernement est très faible, très vieux ; sans la démocratie, notre nation est perdue. ” De sorte que l’aristocratie avait vécu, et elle était détruite dans toutes les têtes, et le peuple perdait l’espoir de s’organiser.

On délibère : 1° sur la manière de réorganiser le gouvernement ; 2° sur les moyen d’appaiser les mânes de ses frères d’armes assassinés aux Pâques de Vérone, il voulait que le Grand Conseil fit arrêter les inquisiteurs ; il leur accorda ensuite une armistice et leur donna rendez-vous à Milan.

Les députés arrivent à Milan le … ; l’on acheva la négociation pour rétablir l’union entre les gouvernements, mais la misère et toutes ses horreur affligeait la ville de Venise : 10 000 esclavons menaçaient de piller les boutiques ; l’agonie du gouvernement se manifestait par les sintomes les plus terribles. Mû par la compassion, Bonaparte acquiesça à la demande des députés qui lui demandaient de faire connaître la protection qu’il accordait aux nobles. Bonaparte envoya au doge le manifeste ci-joint [le manifeste de Goritz]. Cependant, les députés et Bonaparte arrangèrent différents articles conformément à la situation du pays ; et, afin d’empêcher, non une révolution dans le gouvernement, il était mort et mort de mort naturelle, mais empêcher le carnage et sauver la ville de Venise de la dévastation, du meurtre et du pillage.

Bonaparte accorda une division de son armée pour faire la police et la sûreté de Venise. Tous les habitants étaient dans leurs demeures. On les fit tous armer et les nobles secondèrent le peuple. Le … fut sauvé lorsque le général Baraguey-d’Hilliers, à la tête de ses troupes entra dans Venise.

Bonaparte, comme à son ordinaire, épargna le sang et fut encore le protecteur de Venise. Depuis qu’elles y sont, on y vit tranquille et l’armée ne se mêle que de donner main-forte au gouvernement provisoire.

Bonaparte ne pouvait pas dire aux députés de Venise qui venaient lui demander sa protection et son secours contre la population qui voulait piller “ Je ne puis me mêler de vos affaires ”, puisque Venise et tout son territoire était resté le théâtre de la guerre et s’était trouvé sur les derrières de l’armée. La République de Venise était voisine de l’armée d’Italie ; le droit de la guerre donne la grande police au général sur les pays qui en sont le théâtre. Comme le disait le grand Frédéric : “ Il n’y a point de pays libre où il y a la guerre. ” Des avocats ignorants et bavards ont demandé, dans le club de Clichy, pourquoi nous occupons le territoire de Venise. Messieurs les orateurs, apprenez la géographie, et vous saurez que l’Adige, la Brenta, le Tagliamento, sur lesquels nous nous battons depuis deux ans, sont des états de Venise. Ah ! certes, nous voyons bien votre idée ! Vous reprochez à l’armée d’Italie d’avoir surmonté tous les obstacles et d’avoir traversé l’Italie, deux fois les Alpes, et de s’être jetée sur Vienne, obligée à reconnaître cette République que vous, Messieurs de Clichy, vous voulez détruire. Vous mettez en accusation Bonaparte, je le vois bien, pour avoir fait faire la paix.

Mais je vous prédis, et je parle au nom de 80 000 soldats : le temps où de lâches avocats et de misérables bavards faisaient guillotiner les soldats est passé ; et, si vous y obligez, les soldats d’Italie viendront à la barre de Clichy avec leur général ; mais malheur à vous !


Bibliographie

  • Andrée CHAULEUR et Roger DRUE, De Dagobert à de Gaulle, écritures de France, Paris, Dessain et Tolra, 1985.
  • Amable de FOURNOUX,, Napoléon et Venise, l’Aigle et le Lion, Paris, Fallois, 2002.
  • Annie JOURDAN, Napoléon. Héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.
  • Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987.
  • Jean TULARD, Napoléon ou le Mythe du sauveur, Paris, Fayard, 1986.
  • Michel VOVELLE, Les Républiques sœurs sous le regard de la Grande Nation, 1795-1803, Paris, L’Harmattan, 2000.

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