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Joseph-Louis-Hippolyte BELLANGE.
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Les chevaux de Saint-Marc

© Musée San Marco

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Titre : Les chevaux de Saint-Marc

Date représentée : 1789
Lieu de Conservation : Musée San Marco. (Venise (Italie))

Enlèvement des chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise

© Cliché Bibliothèque Nationale de France

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Titre : Enlèvement des chevaux de la basilique Saint-Marc de Venise

Auteur : Jean DUPLESSI-BERTAUX (1747-1819)
Date de création : 1797
Date représentée : 13 décembre 1797
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web

Programme des Fêtes de la Liberté et Entrée triomphale des objets de Sciences et d’art

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Programme des Fêtes de la Liberté et Entrée triomphale des objets de Sciences et d’art

Date de création : 1798
Date représentée : 27 juillet 1798
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : PC45010263

Un jour de revue sous l’Empire (1810)

© Photo RMN-Grand Palais - F. Raux

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Titre : Un jour de revue sous l’Empire (1810)

Auteur : Joseph-Louis-Hippolyte BELLANGE (1800-1866)
Date de création : 1862
Date représentée : 1810
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99DE19533

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  Contexte historique


L'antique, modèle de génie

" Les figures antiques doivent servir de règle et de modèle ", énonçait le Dictionnaire portatif de Pernety (1757). Témoins de l'excellence de l'art du métal dans l'Antiquité, les chevaux de cuivre doré de Venise incarnent cette notion d'antique qui prend au XVIIIe siècle la dimension de beau idéal, d'art parfait.

Transportés à Venise en 1204, à la suite du sac de Constantinople par les croisés, ces chevaux avaient jusque-là composé un magnifique quadrige qui ornait l'hippodrome de Byzance. Datant d'un passé plus lointain encore, leur perfection esthétique conduit à leur attribuer, au XVIIIe siècle, une origine grecque, car on considère alors l'art romain comme " décadent ". On estime plus sûrement aujourd'hui qu'ils ne sont pas antérieurs au IIe siècle.

Bonaparte qui s'empare de Venise à la suite de la première campagne d'Italie cède la plupart des possessions de l'ancienne République à l'Autriche, par le traité de Campoformio (17 octobre 1797). Avant d'évacuer Venise, les Français procèdent à l'enlèvement des chevaux de Saint-Marc pour les faire transporter à Paris. Avec une vingtaine de toiles de maîtres et 241 manuscrits grecs et latins déjà saisis en octobre, ils doivent y figurer comme " monuments des sciences et des arts ".

  Analyse des images


"Ils sont enfin sur une terre libre " : la Grande Nation

Les lourds chevaux (900 kg chacun), hauts de 2,33 m et longs de 2,53 m, sont descendus du portique de la basilique en présence de la foule des Vénitiens et de l'armée d'Italie. Mais le dessin de A. C. Vernet gravé par J. Duplessi-Bertaux ne montre pas les vives réactions d'opposition que l'enlèvement du 13 décembre 1797 suscita parmi les Vénitiens.

A l'époque, le transport des charges lourdes se fait par eau. Sous la responsabilité de la Marine, les chevaux sont envoyés par mer à Ancône. Ils en repartent sur une frégate, le 5 mars 1798 et arrivent à Toulon le 6 avril. Un rapport rédigé alors sur l'état des chevaux " corinthiens " - on les croyait originaires de Corinthe - les révèle en bon état, malgré quelques réparations à prévoir aux jambes[1]. Chargés sur deux bateaux à Arles, les chevaux remontent à Paris par le Rhône, la Saône, le canal du Centre, la Loire, les canaux de Briare et du Loing, puis la Seine, pour rejoindre les autres œuvres envoyées d'Italie. Le convoi n'ayant atteint Paris que le 17 juillet, soit après les festivités du 14 juillet, la réception des objets d'art et de sciences d'Italie fait l'essentiel du programme de la fête de la Liberté[2] de l'an VI, les 9 et 10 thermidor. Les commissaires aux Sciences et aux Arts de Venise ont assuré l'acheminement dans les plus brefs délais pour l'époque : trois mois d'Arles à Paris.

De toutes les grandes fêtes de la Révolution, l'" Entrée triomphale des objets de sciences et d'art recueillis en Italie ", où s'intercalent des œuvres musicales, est sans conteste la plus originale : les honneurs du triomphe sont accordés non à un homme, mais aux productions de l'esprit humain et à l'histoire naturelle. Le programme de la fête au Champ-de-Mars place les chevaux en tête des " Monuments de la sculpture antique ". La relation très colorée de Wilhelm von Humboldt en retrace l'impression sur le spectateur de l'époque[3].

Des inscriptions les précèdent dans le cortège : " La Grèce les céda, Rome les a perdus/ Leur sort changea deux fois, il ne changera plus " et " Ils sont enfin sur une terre libre ". Ce dernier slogan, de portée générale dans l'esprit de l'époque, avait aussi un sens dans la théorie du défenseur du néoclassicisme, J. J. Winckelmann : l'œuvre d'art, création libre, ne peut s'épanouir qu'en terre de liberté.

Pendant dix-sept ans les chevaux restent à Paris. D'abord entreposés aux Invalides, ils sont ensuite disposés sur quatre piliers de la grille qui entoure la cour des Tuileries. En 1808, ils viennent couronner l'arc de triomphe du Carrousel édifié à la gloire des armées napoléoniennes par Percier et Fontaine. La peinture de Bellangé montre l'arc de triomphe tel qu'il se présentait, à l'entrée de la cour du palais des Tuileries ; le quadrige attaché à un char domine de sa splendeur le cadre grandiose des revues militaires de l'Empire.

La présence des chevaux à Paris sous l'Empire suscite bien d'autres représentations : du frontispice de la Description de l'Egypte où Napoléon-Apollon mène le quadrige au vase étrusque à rouleaux d'Antoine Bérenger, où les grands chevaux dorés, dotés de crinières noires, tirent symboliquement le char de Laocoon.

Restitués en 1815, à la chute de l'Empire, les chevaux reprennent leur place à Venise, sur le portique de Saint-Marc. Pour les remplacer sur l'arc de triomphe du Carrousel, Charles X confie au sculpteur Bosio la réalisation d'un nouveau quadrige.

  Interprétation


"Former le goût, échauffer le génie, susciter des artistes "

Bonaparte savait certes que les chevaux de Venise apparaîtraient comme un glorieux trophée de la campagne d'Italie. Mais leur installation à Paris manifeste plus la volonté de rassembler au cœur de la Grande Nation les réalisations exemplaires du génie humain que la fierté d'exhiber un butin de guerre. Ces prélèvements d'œuvres d'art qui nous semblent inadmissibles aujourd'hui n'apparaissent pas alors aussi révoltants. L'antique répond aux besoins du temps, à l'esprit de la Révolution comme à celui des Lumières : à Venise, le chimiste Berthollet et le peintre milanais Appiani ont pris part au choix des œuvres.

Exposer des objets exceptionnels comme ces chevaux antiques sert à " l'instruction publique ". La Révolution a mis fin aux collections privées royales, aristocratiques ou ecclésiastiques, et leur a substitué l'idée de musées et de bibliothèques ouverts au public. Prendre les grands chefs-d'œuvre des régions récemment conquises pour les regrouper au musée du Louvre ou pour décorer des monuments publics s'inscrit dans la même perspective. Aucun chef-d'œuvre n'a, en effet, été détourné pour un usage privé. En envoyant ces œuvres, Bonaparte exécute avec empressement un ordre du Directoire et cherche à auréoler Paris, capitale de la Grande Nation, d'une gloire complète en rassemblant les modèles de l'Antiquité ; c'est également pour lui l'occasion d'y montrer les dernières réalisations de l'industrie.

Les présentations imaginées à l'époque sont destinées à frapper les esprits. L'essentiel est de montrer les objets " propres à former le goût, à échauffer le génie et à susciter des artistes ". A l'occasion de ces fêtes comme dans les premiers musées, les œuvres et les objets sont tout au plus classés par genre, et l'on considère que la beauté et l'émotion qui se dégagent d'une grande œuvre suffisent à galvaniser les talents.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Notes


Bibliographie

  • Geneviève BRESC-BAUTIER et Xavier DECTOT, Art ou politique ? Arcs, statues et colonnes de Paris, Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 1999.
  • Amable de FOURNOUX, Napoléon et Venise, l’Aigle et le Lion, Paris, Fallois, 2002.
  • Wilhelm von HUMBOLDT, Journal parisien (1797-1799), traduit de l’allemand par Elisabeth BEYER, Paris, Solin-Actes Sud, 2001.
  • Jean TULARD, Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987.
  • Jean TULARD, Napoléon ou le Mythe du sauveur, Paris, Fayard, 1986.

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