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Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.2). Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.2).
Portrait de Lazare Carnot en membre du Directoire Portrait de Lazare Carnot en membre du Directoire
François BONNEVILLE.
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Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.1).

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.1).

Transcription

Date de création : 1797
Date représentée : 17 août 1797
Dimensions : Hauteur 28.7 cm - Largeur 22.3 cm
Technique et autres indications : Brouillon autographe
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : PC450100264

Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.2).

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.2).

Transcription

Date de création : 1797
Date représentée : 17 août 1797
Dimensions : Hauteur 28.7 cm - Largeur 22.3 cm
Technique et autres indications : Brouillon autographe
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : PC450100265

Portrait de Lazare Carnot en membre du Directoire

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : Portrait de Lazare Carnot en membre du Directoire

Auteur : François BONNEVILLE
Date de création : 1795
Date représentée : 1795
Dimensions : Hauteur 20 cm - Largeur 13 cm
Technique et autres indications : Gravure en couleur
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE892/LP 87-12 (1)

  Contexte historique

Carnot et Bonaparte : deux militaires en politique

Sous le Directoire, le gouvernement est collectif et confié à cinq chefs d’Etat choisis pour cinq ans, les directeurs. Lazare Carnot (1753-1823), élu en novembre 1795, assume principalement les questions militaires. Déjà chargé de la guerre dans le Comité de salut public, il s’y est révélé « l’organisateur de la victoire » face aux nations européennes coalisées. Il a alors mis sur pied onze armées, rassemblant plus d’un million d’hommes, chiffre jamais atteint en Europe auparavant. Carnot est parvenu à les armer, les équiper, les ravitailler, les encadrer d’officiers capables. Cette tâche gigantesque a permis à la France républicaine de remporter la victoire de Fleurus, puis d’envahir la Belgique, la Rhénanie et la Hollande.

Bonaparte, plus jeune que Carnot de quatorze ans, recherche l’appui du responsable de la Guerre et entretient avec lui une correspondance fréquente dès son arrivée en Italie. Carnot, d’abord inquiet des ambitions militaires de Bonaparte qu’il fait surveiller par des commissaires aux armées, se montre bientôt favorable à ce jeune général de talent qui lui prodigue de nombreuses marques d’estime et d’attachement. Bonaparte a su s’appuyer sur Carnot pour conserver le commandement en chef de toute l’armée d’Italie et pour obtenir des renforts. Mais à 28 ans, après les brillantes victoires qu’il vient de remporter, il est maintenant saisi par la grande ambition du pouvoir suprême.

Dès qu’arrive à Paris la nouvelle soudaine des accords de Leoben entre l’empire et Bonaparte, Carnot les approuve mais presse la conclusion de la paix ; il essaie d’éviter la création de Républiques sœurs en Italie qui exigeraient l’appui de la France, et donc, dans un avenir plus ou moins proche, la reprise de la guerre. Mais la paix tarde, tandis que Bonaparte prend goût à réorganiser toute l’Italie du Nord, tout en suivant de près les événements de Paris. En juillet, Bonaparte envoie la preuve de la trahison de Pichegru et menace de revenir à la tête de son armée pour sauver la République de la poussée royaliste que connaît la France. Sans moyen de pression sur le jeune général vainqueur, qui dispose à la fois de la force armée et de la faveur de l’opinion, Carnot cherche à s’assurer qu’il agira conformément à ses vœux.

  Analyse des images

Une lettre d’homme à homme

Malgré ce contexte agité, Carnot écrit à Bonaparte d’une main ferme, et ce brouillon ne comporte que peu de ratures. Le directeur s’exprime avec clarté et chaleur. Il fait d’abord appel à cette compréhension mutuelle entre chefs militaires habitués au danger, décrivant avec commisération les craintes diffuses qui se manifestent à Paris : « Il y a de quoi rire de ces terreurs paniques et réciproques. »

Sa préoccupation essentielle est de signer la paix pour arrêter les combats et fixer les frontières sans cesse mouvantes. Il tente, tout en soulignant la célébrité de Bonaparte en France, de le convaincre d’être de ces « hommes raisonnables qui veulent enfin un terme aux maux de la patrie ». Son « ne remettons pas la république en problème » montre sa conviction profonde du bien-fondé de ce régime ballotté de toutes parts et qui a besoin de la paix pour s’enraciner. Face à la folie des conquêtes, il recommande de s’en tenir à un équilibre de forces qui assure une paix durable, dont il détaille avec clarté les éléments stratégiques.

Tous deux savent que la République est instable et que le Directoire est fragile, entre partisans d’un retour au jacobinisme et agents royalistes. Mais sans doute Carnot se juge-t-il indispensable au parti qui l’emportera. Il n’a pas encore mesuré à quel point ses options et celles de Bonaparte divergent sur le gouvernement intérieur et sur la poursuite ou non de la guerre. Six mois plus tôt, il luiécrivait déjà[1] : « Je suis certain qu’il n’existe pas deux manières de voir plus conformes qu’entre vous et moi […] Comptez sur moi, comme je compte sur vous, avec tous les hommes sages qui aiment la république pour elle et non pour eux. »

Rien pour Carnot n’est plus important que le service de la patrie. C’est l’idéal conforme à la grandeur antique du citoyen qu’il suggère à Bonaparte : « Venez étonner les Parisiens par votre modération et votre philosophie. » Sa conclusion est claire et sans détours : « Quant à moi je crois qu’il n’y a que Bonaparte redevenu simple citoyen qui puisse laisser voir dans toute sa grandeur le général Bonaparte. »

Installé au palais du Luxembourg avec les autres directeurs qui mènent en commun leur travail et s’acquittent de leur rôle de représentation, Carnot porte comme eux un uniforme somptueux : manteau de satin pourpre, couvert de broderies d’or, habit bleu brodé, large écharpe, glaive en sautoir, chapeau empanaché. A ses contemporains, il apparaît imposant et affable ; le patriote irlandais T. Wolfe Tone qui le rencontre à cette époque lui trouve l’allure d’un personnage de Van Dyck.

  Interprétation

La fin d’une époque

« Carnot était travailleur, sincère dans tout ce qu’il faisait, sans intrigue et facile à tromper… Il montra du courage moral », dira Napoléon à Sainte-Hélène. N’est-ce pas l’aveu qu’il avait lui-même abusé le grand Carnot ?

La situation explique en partie le ton de la lettre : Carnot directeur ne peut plus parler le même langage que le membre du Comité de salut public. Il n’est plus « l’organisateur de la victoire » ; c’est la fin d’une grande époque, et il ne conduit plus les opérations. Les armées opèrent de plus en plus dans des régions qu’il ne connaît pas. Sur le Rhin, les généraux en ont pris à leur aise et ne lui fournissent plus les projets et les plans qu’ils envoyaient en 1793 et 1794. Désormais ils travaillent pour eux. En Italie où il a remporté de grands succès, Bonaparte agit à sa guise. Habilement, celui-ci a vite obtenu carte blanche. Carnot, loin de jalouser son génie, s’est montré amical et confiant. Du coup, il a perdu non seulement la direction de la campagne d’Italie et celle des négociations, mais aussi toute maîtrise de la situation par le pouvoir central.

Mais Carnot espère encore trouver en Bonaparte, qui inonde Paris de feuilles de propagande où il se présente en défenseur de la République, la même volonté de la servir. Même si son exhortation morale apparaît dérisoire face à l’ambition du jeune vainqueur, sa détermination et sa simplicité de ton ne manquent pas de grandeur. Il exprime sans fioritures sa conviction d’homme, de soldat et de responsable politique d’agir pour la République et le bien commun.

Trois semaines plus tard, Carnot doit fuir devant le retournement amené par la journée du 18 fructidor[2]. Evincé sous prétexte de liens avec les royalistes, il doit laisser la place à de nouveaux directeurs. Bonaparte absent des événements continue cependant à progresser, sous couvert de défense des acquis de la Révolution.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Notes

CHAN 108 AP 1 A liasse 8. Lettre du 9 nivôse an V
(29 décembre 1796).

(4 septembre 1797).


Transcription - Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.1).

Minute autographe de lettre du général Carnot à Bonaparte

30 thermidor an 5 [de la] république

Je ne vous entretiendrai pas, mon cher général, des prétendus dangers que court en ce moment la république ; si ces dangers ne sont pas nuls, ils sont au moins centuplés par la peur. La peur fait prendre de part et d'autre des mesures extravagantes et c'est dans ces mesures qu'est le véritable péril pour les spectateurs. Il y a de quoi rire de ces terreurs paniques et réciproques. On peut dire que les deux factions ont le cauchemar. Chacune d'elle s'arme pour combattre des moulins à vent, la seule chose à craindre c'est que lorsqu'elles seront armées sans savoir pourquoi, elles ne se trouvent en présence et ne se battent réellement ; mais on commence à s'éclairer, la peur a fait le mal, la peur en fera le remède.

J'ai vu plusieurs fois votre aide de camp La Valette pour lequel vous m'avez écrit ; c'est un homme d'esprit qui m'a paru fort sage et je serai fort aise, s'il m'est possible de faire quelque chose pour lui.

Ce qui, à travers l'exaltation et les folies de nos dons quichotes fixe l'attention des hommes raisonnables qui veulent enfin un terme aux maux de leur patrie, c'est l'expectative de la paix. Tous, mon cher général, ont les yeux fixés sur vous, vous tenez le sort de la France entière dans vos mains. Signez la paix et vous la faites changer de face comme par enchantement. Je sais quelles sont à cet égard vos bonnes intentions, je sais que c'est la mauvaise foi seule de l'empereur qui a retardé un événement si désirable, mais puisqu'il semble enfin vouloir se rapprocher et conclure séparément, ne laissez pas échaper l'occasion. Ah ! Croyez moi, mon cher général, il est tems de couronner vos travaux militaires, faites la paix, il ne vous manque plus que ce genre de gloire. Ne remettons pas la république en problème, songez qu'elle en sera un jusqu'à ce que la paix soit signée ; dussiez-vous la faire sur les seules bases du traité préliminaire de Leoben, concluez-la, elle sera encore superbe. Elle le sera aussi pour l'empereur, en vérité, mais que nous importe. La paix pourroit-elle être solide s'il étoit trop lésé ? L'empereur ne devient-il point notre ami naturel et forcé par sa position géographique du moment que la pomme de discorde qui étoit dans les pays bas se trouve enlevée ? D'ailleurs son agrandissement ne donne-t-il pas de la jalousie à ses voisins, à la russie, au turc, au roi de prusse ? Ses nouvelles possessions ne lui suscitent-elles pas des embaras qui l'empêcheront pour longtemps de s'occuper de nous ? Je ne vois qu'une seule précaution essentielle à prendre c'est de nous ménager l'occupation de l'Italie pour le plus longtemps possible et, en tout état de cause ne consentir à l'évacuation qu'après le traité fait et ratifié avec françois, tant en qualité de roi de hongrie et bohême qu'en sa qualité d'empereur et Chef de la Confédération germanique. En un mot, vous devez rester maître du pays jusqu'à ce que la paix continentale ait lieu de fait. Il me semble que cela peut se faire aisément et alors, mon cher général, venez jouir des bénédictions du peuple français tout entier qui vous appellera son bienfaiteur, venez étonner les parisiens par votre modération et votre philosophie. On vous prête mille projets plus absurdes les uns que les autres ; on ne veut pas croire qu'un homme qui a fait de si grandes choses puisse se réduire à vivre en simple citoyen.

Quant à moi je crois qu'il n'y a que bonaparte redevenu simple citoyen qui puisse laisser voir dans toute sa grandeur le général bonaparte.

Croyez-moi, mon cher général, le plus sûr de vos amis.

NB : cette transcription reproduit fidèlement l’orthographe, la ponctuation et la syntaxe du texte original.

Transcription - Minute autographe de lettre de Carnot à Bonaparte (p.2).

Minute autographe de lettre du général Carnot à Bonaparte

30 thermidor an 5 [de la] république

Je ne vous entretiendrai pas, mon cher général, des prétendus dangers que court en ce moment la république ; si ces dangers ne sont pas nuls, ils sont au moins centuplés par la peur. La peur fait prendre de part et d'autre des mesures extravagantes et c'est dans ces mesures qu'est le véritable péril pour les spectateurs. Il y a de quoi rire de ces terreurs paniques et réciproques. On peut dire que les deux factions ont le cauchemar. Chacune d'elle s'arme pour combattre des moulins à vent, la seule chose à craindre c'est que lorsqu'elles seront armées sans savoir pourquoi, elles ne se trouvent en présence et ne se battent réellement ; mais on commence à s'éclairer, la peur a fait le mal, la peur en fera le remède.

J'ai vu plusieurs fois votre aide de camp La Valette pour lequel vous m'avez écrit ; c'est un homme d'esprit qui m'a paru fort sage et je serai fort aise, s'il m'est possible de faire quelque chose pour lui.

Ce qui, à travers l'exaltation et les folies de nos dons quichotes fixe l'attention des hommes raisonnables qui veulent enfin un terme aux maux de leur patrie, c'est l'expectative de la paix. Tous, mon cher général, ont les yeux fixés sur vous, vous tenez le sort de la France entière dans vos mains. Signez la paix et vous la faites changer de face comme par enchantement. Je sais quelles sont à cet égard vos bonnes intentions, je sais que c'est la mauvaise foi seule de l'empereur qui a retardé un événement si désirable, mais puisqu'il semble enfin vouloir se rapprocher et conclure séparément, ne laissez pas échaper l'occasion. Ah ! Croyez moi, mon cher général, il est tems de couronner vos travaux militaires, faites la paix, il ne vous manque plus que ce genre de gloire. Ne remettons pas la république en problème, songez qu'elle en sera un jusqu'à ce que la paix soit signée ; dussiez-vous la faire sur les seules bases du traité préliminaire de Leoben, concluez-la, elle sera encore superbe. Elle le sera aussi pour l'empereur, en vérité, mais que nous importe. La paix pourroit-elle être solide s'il étoit trop lésé ? L'empereur ne devient-il point notre ami naturel et forcé par sa position géographique du moment que la pomme de discorde qui étoit dans les pays bas se trouve enlevée ? D'ailleurs son agrandissement ne donne-t-il pas de la jalousie à ses voisins, à la russie, au turc, au roi de prusse ? Ses nouvelles possessions ne lui suscitent-elles pas des embaras qui l'empêcheront pour longtemps de s'occuper de nous ? Je ne vois qu'une seule précaution essentielle à prendre c'est de nous ménager l'occupation de l'Italie pour le plus longtemps possible et, en tout état de cause ne consentir à l'évacuation qu'après le traité fait et ratifié avec françois, tant en qualité de roi de hongrie et bohême qu'en sa qualité d'empereur et Chef de la Confédération germanique. En un mot, vous devez rester maître du pays jusqu'à ce que la paix continentale ait lieu de fait. Il me semble que cela peut se faire aisément et alors, mon cher général, venez jouir des bénédictions du peuple français tout entier qui vous appellera son bienfaiteur, venez étonner les parisiens par votre modération et votre philosophie. On vous prête mille projets plus absurdes les uns que les autres ; on ne veut pas croire qu'un homme qui a fait de si grandes choses puisse se réduire à vivre en simple citoyen.

Quant à moi je crois qu'il n'y a que bonaparte redevenu simple citoyen qui puisse laisser voir dans toute sa grandeur le général bonaparte.

Croyez-moi, mon cher général, le plus sûr de vos amis.

NB : cette transcription reproduit fidèlement l’orthographe, la ponctuation et la syntaxe du texte original.


Bibliographie

  • Marcel REINHARD, Le Grand Carnot, Paris, Hachette, 1951, rééd. 1994.
  • André PALLUEL, Dictionnaire de l’Empereur, Paris, Plon, 1969.

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