© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Charles Baudelaire (1821-1867)
Auteur : Emile DEROY (1820-1846)
Date de création : 1844
Dimensions : Hauteur 80 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
© Musée Fabre Montpellier - Cliché Frédéric Jaulmes -Reproduction interdite sans autorisation
Titre : Portrait de Baudelaire
Auteur : Gustave COURBET (1819-1877)
Date de création : 1847
Dimensions : Hauteur 53 cm - Largeur 61 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Fabre (Montpellier) ; site web
Contact copyright : musee.fabre@ville-montpellier.fr
En 1844, Baudelaire est encore inconnu. Il vit à Paris avec sa maîtresse noire, Jeanne Duval, à qui il offrira ce portrait peint à l’hôtel Pimodan où habite alors le couple. Baudelaire commence seulement à écrire, sur les Salons en particulier, mais n’a encore rien donné d’essentiel. Il rêve autant d’exotisme que de dandysme, préférant les paradis artificiels aux réalités d’une société de petits-bourgeois qui le dérange dans ses enthousiasmes pour l’ascèse artistique.
C’est le jeune homme de vingt-trois ans, farouchement indépendant, que Deroy a représenté dans ce portrait très particulier. Baudelaire regarde le spectateur de face, directement, mais dans une sorte de recul qui provoque l’interrogation. « Qui suis-je ? Que penses-tu de moi ? Comment me juges-tu ? », semble demander le futur poète qui paraît se replier sur lui-même, s’enfermer dans un univers où seuls les longues mains aristocratiques et le regard manifestent la vie. Mais c’est une vie de torture, de pensées contradictoires, où les convictions (regard) le disputent à l’angoisse (main). La réflexion semble déboucher pourtant sur l’écriture symbolisée par cette main mouvante et nerveuse qui annonce le futur grand génie. Tout est en opposition dans ce portrait à la touche enlevée qui semble annoncer l’expressionnisme. Artiste méconnu, mort trop jeune pour avoir pu donner sa mesure, Deroy est vraisemblablement plus novateur qu’on ne le pense. Car c’est surtout aux premières œuvres de Cézanne, en particulier le Portrait d’Achille Emperaire (musée d’Orsay), sur lesquelles il semble anticiper que s’apparente en effet ce portrait.
C’est un artiste en puissance qui est représenté ici par un jeune peintre quasiment inconnu, contrairement à la normale qui veut que le tableau consacre la notoriété, comme dans les portraits de Balzac ou de Barbey d’Aurevilly. En ce sens, tout est novateur dans cette œuvre brillante, aussi bien l’attitude de Baudelaire que sa signification, manifestée par cette main agitée sur son potentiel d’avenir. Tout est là, dans cette main. Ce n’est pas l’écrivain qui est peint ici, écrivain encore inconnu, ou l’image qu’en a l’artiste, mais l’espoir qu’il met en son avenir. A l’inverse, Courbet, dans son Portrait de Baudelaire conservé au musée Fabre à Montpellier, a représenté l’écrivain plongé dans ses études. Portrait original aussi que celui-ci, qui montre moins la figure de l’écrivain qu’un type d’homme de lecture et de réflexion. Pourtant Courbet semble moins s’intéresser à Baudelaire qu’à la peinture elle-même. Le modèle n’est que prétexte à réaliser une œuvre où la matière, crayeuse, constitue la véritable recherche. Lui aussi annonce les représentations humaines de Cézanne, mais dans les compositions très solidement construites de sa maturité.
Auteur : Jérémie BENOÎT