© Musée Stendhal - Grenoble - France
Titre : Portrait de Stendhal
Auteur : Henri LEHMANN (1814-1882)
Date de création : 1841
Dimensions : Hauteur 26 cm - Largeur 22 cm
Technique et autres indications : Crayon
Lieu de Conservation : Musée Stendhal (Grenoble) ; site web
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Portrait de Stendhal
Auteur : Johan Olaf SODERMARK
Date de création : 1840
Dimensions : Hauteur 62 cm - Largeur 53 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, naît à Grenoble en 1783 dans une famille royaliste. Confié à la mort de sa mère aux bons soins de l’abbé Raillane, précepteur qu’il déteste, il conçoit dès l’enfance une haine farouche de la religion et de la monarchie, révolte qui fera de lui un républicain enragé. En 1800, il s’engage dans l’armée de Napoléon et entame une carrière qui le mène ensuite jusqu’au Conseil d’Etat, où il est en 1810 auditeur, inspecteur du mobilier et des bâtiments de la Couronne. La chute de l’Empire met un terme à ses brillantes fonctions : libéré de toute obligation, il part s’installer à Milan qu’il déclare être sa patrie d’élection. C’est alors qu’il fait ses débuts dans la littérature (Vies de Haydn, Mozart et Métastase, 1814, Histoire de la peinture en Italie, 1817) – signant pour la première fois du pseudonyme de Stendhal son essai Rome, Naples et Florence (1817) – et ses premiers pas dans une vie amoureuse tumultueuse. De retour dans les salons parisiens en 1821, il livre l’année suivante une "analyse" scientifique, De l’amour, dans laquelle il explicite sa fameuse théorie de la « cristallisation » : l’être aimé, « comme un rameau effeuillé par l’hiver » se pare « d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants ». Après s’être engagé dans la bataille romantique avec son Racine et Shakespeare (1823-1825), où il prend le parti du dramaturge anglais, Stendhal publie enfin son premier chef-d'œuvre en 1830, Le Rouge et le Noir, roman qui à l’époque passa quasiment inaperçu.
C’est à l’hiver 1839-1840 que le peintre suédois J. O. Sodermark exécute le portrait de Stendhal. Consul de France à Civitavecchia depuis 1831, l’écrivain a publié en avril son second grand roman, écrit, ou plutôt dicté, en l’espace de deux mois, La Chartreuse de Parme. Etudiée en plan rapproché, l’image ne laisse pas à l’œil le loisir de s’attarder sur les détails du décor comme dans les portraits contemporains d’Ingres. A peine devine-t-on le dossier sculpté et doré d’un fauteuil, tandis que le fond du tableau se couvre d’un brun uni. Vêtu du sombre costume officiel de consul qu’éclaire à peine le col de la chemise, Stendhal fixe le spectateur avec la même acuité, le même regard lucide et sans complaisance qu’il porte sur ses contemporains et sur lui-même. Influencé par les théories idéologues de Destutt de Tracy, l’écrivain considère aussi ses personnages par le biais de l’analyse rigoureuse, quasi scientifique, évitant les débordements de l’imagination. S’imprégnant, pour son travail d’écriture, de la lecture quotidienne du Code civil, il dit : « Je n’ai qu’un moyen d’empêcher mon imagination de me jouer des tours, c’est de marcher droit à l’objet. […] Je fais tous mes efforts pour être sec. Je tremble de n’avoir écrit qu’un soupir, quand je crois avoir noté une vérité[1]. ». A peine plus tardif, le portrait de Lehmann révèle un Stendhal plus familier, presque débonnaire, mais plus fatigué aussi. Frappé d’apoplexie le 15 mars 1841, Stendhal, affaibli, n’a plus cette présence imposante et impénétrable qui l’aurait presque fait passer pour un homme de loi dans le tableau de Sodermark. Le plan s’est élargi et la posture est celle d’un homme qui, comme il le dit lui-même « s’est colleté avec le néant ».
Dans ses Nouveaux essais de critique et d’histoire (1865), Hippolyte Taine consacre un article à Stendhal dont il fut le défenseur farouche. Son "analyse" du caractère de Julien Sorel pourrait se confondre avec celle de son créateur : « Il a pour ressort un orgueil excessif, passionné, ombrageux, sans cesse blessé, irrité contre les autres, implacable à lui-même, et une imagination attentive et ardente, c’est-à-dire la faculté de produire au choc du moindre événement des idées en foule et de s’y absorber. De là une concentration habituelle, un retour perpétuel sur soi-même, une attention incessamment repliée et occupée à s’interroger, à s’examiner, à se bâtir un modèle idéal auquel il se compare, et d’après lequel il se juge et se conduit ».
Auteur : Emmanuelle GAILLARD
Vie de Henry Brulard.