© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Portrait d’Alexandre Lenoir
Auteur : Pierre-Maximilien DELAFONTAINE (1774-1860)
Date de création : 1799
Dimensions : Hauteur 220 cm - Largeur 161 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Formé à la peinture, Lenoir (1762-1839) fut surtout amateur d’art. Lors de la Révolution il chercha avec passion à protéger les monuments royaux du vandalisme des sans-culottes. C’est ainsi qu’en 1791 il obtint de l’Assemblée constituante l’autorisation de rassembler les fragments des églises et palais détruits dans le couvent des Petits-Augustins à Paris, auxquels vinrent s’ajouter en 1792 les tombeaux royaux saccagés à Saint-Denis. Cette collection de sauvegarde prit le nom de musée des Monuments français en 1795, et son fondateur en devint le conservateur. Très fréquenté, ce musée joua un rôle essentiel dans la remise au goût du jour de l’art médiéval, mais il fut fermé en 1816 pour des raisons politiques, et les monuments sauvés du saccage de l’abbaye de Saint-Denis furent remis en place. La naissance du musée des Monuments français au moment où se font sentir les premières influences du romantisme en France coïncide également avec l’émergence d’une conscience ethnographique et le souci de rassembler un patrimoine national.
Lenoir est représenté devant le tombeau de François Ier, démonté de Saint-Denis et reconstitué au musée des Monuments Français, serrant précieusement dans ses mains l’urne contenant les cendres de Molière. D’aspect étriqué, comme perdu dans un univers qui lui est étranger, il semble plutôt méditer que regarder quelque chose de précis. Cet air rêveur du personnage s’accorde assez étrangement avec ce type de portrait en pied, traditionnellement voué aux élites et qui semble officialiser et entériner les fonctions exceptionnelles de Lenoir, véritable découvreur de ces arts anciens que l’on considérait alors comme « gothiques ». On se serait plutôt attendu en effet à un portrait en buste, tel celui que peignit David en 1817 (musée du Louvre), où le personnage semble comme traversé par une idée.
Ce portrait d’un esprit curieux, très en marge des modes de son temps puisque Lenoir fut aussi l’un des membres fondateurs de l’Académie celtique qui devint en 1814 la Société des Antiquaires de France, est aussi l’œuvre d’un artiste peu productif, élève de David. Tout concourt à placer ce tableau de Delafontaine à part dans la production picturale du temps, mais en même temps à faire de Lenoir une sorte de symbole puisque ce format de toile était autrefois réservé aux souverains, aux grands personnages et aux généraux. A travers ce portrait il semble que la République reconnaisse les talents de l’un des principaux représentants de la politique artistique et muséographique de la Révolution.
Auteur : Jérémie BENOÎT