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La première station d'émission de TSF en France à partir de la tour Eiffel

© L'illustration - droits réservés

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Titre : La première station d'émission de TSF en France à partir de la tour Eiffel

Auteur : ANONYME
Date de création : 1903
Date représentée : 1903
Lieu de Conservation : L'illustration (Paris)

Couverture du numéro spécial de L’Illustration sur la TSF

© L'illustration - droits réservés

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Titre : Couverture du numéro spécial de L’Illustration sur la TSF

Auteur : ANONYME
Date de création : 1923
Date représentée : 1923
Lieu de Conservation : L'illustration (Paris)

Anna de Noailles lit un poème au micro de Radiola

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Titre : Anna de Noailles lit un poème au micro de Radiola

Auteur : ANONYME
Date de création : 1922
Date représentée : 22 novembre 1922
Lieu de Conservation : L'illustration (Paris)

  Contexte historique

La naissance de la radio
Le 24 décembre 1921 est une date clé pour l’histoire de la radio en France : à partir de ce jour, les émissions du poste d’Etat de la Tour Eiffel (FL) permettent aux sans-filistes de capter les premiers programmes radiodiffusés réguliers. Chaque jour, ils peuvent entendre un sapeur du génie lire devant le micro un bulletin météo, puis donner les cours de la Bourse. Très vite les stations se multiplient. Elles sont publiques, comme FL, Lyon-la-Doua (1922), Radio-PTT (1923), etc. ; ou privées, comme Radiola (1922), le Petit Parisien ou Radio-Lyon (1924), etc. Les programmes de ces stations s’étoffent et se professionnalisent vite. Sur FL, dès 1922, on peut suivre des« émissions musicales de gramophone », des concerts, des conférences en Sorbonne. Le secteur privé est plus rapidement innovant. Dès la même année, on peut déjà entendre sur Radiola les premiers speakers et animateurs, tel le fameux Radiolo (alias Marcel Laporte), annoncer les concerts de l’orchestre de la station, des pièces de théâtre, les premières fictions radiophoniques, la venue de tel ou tel artiste, les premiers journaux parlés. Autant de programmes qui récompensent alors les efforts que les sans-filistes déploient pour obtenir une réception correcte sur des appareils le plus souvent artisanaux.

  Analyse des images

De la radiotélégraphie à la radiophonie
Fin 1903, Gustave Eiffel craint que sa tour ne soit détruite et la met à la disposition de l’armée. Le ministère de la Guerre y aménage des installations pour qu’y soient poursuivies les recherches sur la radiotélégraphie militaire, sous la direction de Gustave Ferrié. La photographie de 1903 montre que les conditions de travail (cf. les baraques en bois) du centre de recherche sont alors précaires. Néanmoins, depuis la Tour et ses abords s’ouvre alors une nouvelle page de l’histoire de la TSF (télégraphie sans fil). Dans un premier temps, la vocation de la station est purement militaire : elle émet des signaux horaires à destination de la marine. Mais l’édifice devient vite un haut lieu de la conquête radiophonique. En témoignent entre autres les fructueux essais de « radiotéléphone » que l’inventeur américain Lee De Forrest y réalise en 1908. Avec la Grande Guerre, le rôle de la TSF s’affirme. Le ministère de la Guerre demande au général Ferrié d’améliorer les liaisons entre l’état-major et le front. Un immense effort est accompli par la télégraphie militaire pour construire en série du matériel d’émission et de réception. En 1921, des progrès considérables ont donc été faits, et de l’usage strictement militaire on passe à l’exploitation publique. En mars 1923, la couverture de L’Illustration souligne ces progrès et cette évolution. Dans le rappel de la perspective élancée de la Tour Eiffel, elle met en scène un télégraphiste (rappel du rôle militaire pionnier) et rend compte dans le détail de la lourdeur du dispositif qui, depuis l’auditorium construit en sous-sol jusqu'aux 800 watts de puissance développés par l’antenne de la Tour, permet aux programmes radiodiffusés d’être captés à plus de 1 000 kilomètres.

  Interprétation

Technologie et public virtuel
Dans les deux premières décennies du XXe siècle, l’histoire des médias et de la communication, marquée par le passage de la radiotélégraphie à la radiophonie, s’accélère. Les deux documents sur la Tour Eiffel en témoignent bien. En effet, quel chemin parcouru entre le lancement des recherches sur la TSF militaire, à l’aube du siècle, et les premiers programmes radiodiffusés vingt ans plus tard ! Certes, comme le montre le précieux document sur l’auditorium de Radiola[1], situé boulevard Haussmann, les années 1920 ne sonnent pas tout à fait le glas de l’artisanat. Toutefois, la conquête technologique et la modernisation des moyens de diffusion sont rapides. Cette technologie conquérante déstabilise d’ailleurs certains des invités de la toute jeune radio. Ainsi, les stations sollicitent très tôt des vedettes du music-hall, du théâtre, de la vie littéraire, pour qu’elles parlent à l’antenne, à l’instar d’Anna de Noailles intervenant pour la chronique poétique de Radiola (22 novembre 1922) — à laquelle participera aussi Jean Cocteau, l’année suivante. A l’heure où théâtre et tours de chant se donnent encore sans micro ni amplification, ces personnalités sont souvent déconcertées par l’arsenal technologique qui les entoure, par les recommandations des techniciens (parler les pieds dans le cercle situé devant le micro, pour optimiser la prise de son)  ; et, plus fondamentalement encore, comme le dira la chanteuse Damia [2], par l’absence de public !

Auteur : Philippe TETART


Notes

Sa reconstitution est visible au musée de Radio France.
Site du musée : http://www.radiofrance.fr/chaines/radio-france/musee

Histoire générale de la radio et de la télévision en France, par Christian BROCHAND.


Bibliographie

  • AMOUDRY Michel, Le Général Ferrié et la naissance des transmissions et de la radiodiffusion, Grenoble, PUG, 1993.
  • BROCHAND Christian, I>Histoire générale de la radio et de la télévision en France, tome I « 1921-1944 », Paris, La Documentation Française-Comité d’Histoire de la Radiodiffusion, 1994.
  • CHAUVEAU Agnès et TETART Philippe, Introduction à l’histoire des médias, Paris, Armand Colin, 1999.
  • DESCAVES Pierre, Quand la radio s’appelait Tour Eiffel, Paris, La Table Ronde, coll. « Quelques pas en arrière », 1963.
  • DUVAL René, Histoire de la radio en France, Paris, Alain Moreau, 1979.
  • JEANNENEY Jean-Noël (dir.), L’Echo du siècle. Dictionnaire de la radio et de la télévision en France, Paris, Hachette-Arte-La Cinquième, 1999, deuxième édition mise à jour, coll. « Pluriel », 2001.
  • Cahiers d’histoire de la radiodiffusion. En particulier les numéros 33 (juillet 1992), 37 (juillet 1993) et 41 (juillet 1994), respectivement consacrés aux « Années radiophoniques » 1922, 1923 et 1924.

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