Portraits de famille (14 oeuvres)
© L'illustration - droits réservés
Titre : Diffusion de programme dans un jardin public, à Londres
Auteur : ANONYME
Date de création : 1925
Date représentée : 1925
Lieu de Conservation : L'illustration (Paris)
© L'illustration - droits réservés
Titre : Une famille à l'écoute du concert
Auteur : ANONYME
Lieu de Conservation : L'illustration (Paris)
© Keystone / Eyedea -
"reproduction et exploitation interdites sans accord préalablement écrit de l'agence"
Titre : Une famille devant un poste de radio
Auteur : ANONYME
Lieu de Conservation : Eyedea - Keystone (Paris) ; site web
Contact copyright : Keystone. 21 rue du Renard.75004 Paris. Tél: 01-44-78-84-00 ; site web
© Keystone / Eyedea -
"reproduction et exploitation interdites sans accord préalablement écrit de l'agence"
Titre : Une Famille écoutant la radio en 1938
Auteur : ANONYME
Date de création : 1938
Lieu de Conservation : Eyedea - Keystone (Paris) ; site web
Contact copyright : Keystone. 21 rue du Renard.75004 Paris. Tél: 01-44-78-84-00 ; site web
Bienvenue sur les ondes !
Dès le début des années 1920, quand les premiers programmes de radio réguliers sont lancés, des associations d’auditeurs et des radio-clubs sont créés. Animés par des bénévoles, ils jouent un rôle important dans le développement de la radiodiffusion, étant même parfois à l’origine de stations privées comme à Fécamp (1926) et Mont-de-Marsan (1925). Mais cet engouement ne touche pas le plus grand nombre, pour plusieurs raisons. En premier lieu, à l’époque, la population ignore assez largement l’existence de la radio. D’autre part, les émetteurs sont encore peu nombreux, peu puissants, et les postes courants (« à galènes ») peu sensibles ne permettent ni une bonne réception ni le gonflement subséquent de l’audience. Il faut le relais des clubs, des salles d’audition radiophoniques comme à Montpellier, de tournées promotionnelles (le public citadin est alors convié à écouter la radio dans des lieux publics) pour que la radio étoffe son public. Enfin, la radio n’est pas encore un produit manufacturé à prix abordable. Le plus souvent, les premiers amateurs sans-filistes sont d’habiles bricoleurs qui construisent leur poste à partir d’un kit, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Toutefois, entre 1921 et la fin des années 1930, l’audience va exploser et le parc de postes passe de 40 000 unités en 1922 à 5 millions en 1939 ![1]
Un nouveau rituel de la vie quotidienne
La découverte de la radio passe d’abord par le biais de l’écoute collective. La scène londonienne de 1925 en illustre un des aspects : les haut-parleurs Marconi installés dans la rue servent à retransmettre des reportages de la BBC. « Témoin de la contagion radiophonique qui gagne toute l’Europe[2] », ce type de dispositif existe aussi en France. A Paris, en 1922, le quotidien Le Matin installe des haut-parleurs devant son siège. Après ces espaces quotidiens et publics de sociabilité radiophonique, la radio conquiert la sphère privée. Elle charme vite les familles aisées. En témoigne la scène bourgeoise des années 1920 où deux générations se réunissent pour un rendez-vous avec les ondes. Ce rendez-vous est un rituel à heure fixe, limité (à l’origine les stations n’émettent que quelques heures par jour, souvent en soirée), qui conquiert une part du temps libre et introduit de nouvelles habitudes quotidiennes. Ainsi, durant l’entre-deux-guerres, « les émissions de radio se forgent progressivement un espace propre dans l’emploi du temps de leurs adeptes[3] », de façon d’autant plus prégnante que les stations élargissent leurs grilles et multiplient les genres, créant notamment des émissions de jeunesse qui captivent l’attention des enfants et constituent un motif supplémentaire d’écoute, ce dont peuvent témoigner les deux photographies de famille des années 1930.
Du sans-filiste à l’auditeur : une radio démocratisée et intimisée
Quelques milliers de sans-filistes privilégiés en 1921 et 19 millions d’auditeurs en 1939 ! Histoire d’une démocratisation dont ces documents témoignent utilement. Au début des années 1920, sauf s’ils sont d’ingénieux radioélectriciens amateurs, ceux qui s’entichent de la radio au point d’acquérir un poste sont de catégorie sociale aisée, généralement citadins. Pour les autres, la découverte de la radio se fait souvent sur la voie publique, au café, dans les salles de spectacle. Une quinzaine d’années ans plus tard, l’apparition de postes de meilleure qualité, l’amélioration de la couverture du territoire par les ondes et l’électricité, enfin l’attractivité croissante de programmes diffusés par de nombreuses stations (elles sont quatre en 1923 et une trentaine en 1939) ont favorisé l’acculturation du plus grand nombre. La radio est devenue un objet de divertissement et un outil d’information populaire. Elle reste néanmoins un produit de luxe. Le prix d’un poste à lampe représente un tiers du salaire moyen. A ce titre, sa possession constitue un signe de l’accès à la société moderne de consommation et de loisir. C’est pourquoi, par cérémonial et commodité, on le place au cœur du foyer. Autour de lui gravite une partie de la vie familiale. On discerne bien cette dimension dans la très solennelle mise en scène d’un couple et de ses enfants posant avec « la » radio comme personnage central. Quoiqu’elle y soit moins figée, cette dimension transparaît aussi de la seconde photographie des années 1930. Ainsi, les deux derniers documents, mettant en scène des familles aux revenus moyens par opposition aux deux premiers, rappellent que la radio s’est démocratisée à la fin de l’entre-deux-guerres (elle est en effet présente dans presque six foyers sur dix en 1939) et que son écoute s’est intimisée.
Auteur : Philippe TETART
BROCHAND, 1994, p. 512-513 / MEADEL, 1994, p. 199.
SABBAGH, 1995, p. 36.
MEADEL, 1994, p. 225.