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Reproduction non disponible Peuple affranchi dont le bonheur commence...
Charles Joseph TRAVIES DE VILLERS.
L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon. L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon.
Charles Joseph TRAVIES DE VILLERS.
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© Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Cliché Habouzit

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Titre : Peuple affranchi dont le bonheur commence...

Auteur : Charles Joseph TRAVIES DE VILLERS (1804-1859)
Date de création : 1831
Date représentée : 1831
Dimensions : Hauteur 22.8 cm - Largeur 30 cm
Technique et autres indications : Lithographie de Delaporte.
Lithographie parue dans La Caricature, n° 52, le 27 octobre 1831, pl.105. A droite : "On s'abonne chez Aubert, galerie Véro Dodat".
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Violette Andres, Tél : 01.44.78.81.50 / Fax : 01.42.72.69.15, 18 rue du petit musc, 75004 Paris, Email : phototheque.musee@paris.fr
Référence de l'image : 1987 CAR 5718NB / G 19008

L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon.

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon.

Auteur : Charles Joseph TRAVIES DE VILLERS (1804-1859)
Date de création : 1831
Date représentée : 1831
Dimensions : Hauteur 22.8 cm - Largeur 30 cm
Technique et autres indications : Lithographie parue dans La Caricature, n° 62, le 5 janvier 1832, pl.126. A droite : "On s'abonne chez Aubert, galerie Véro Dodat".
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : AE/II

  Contexte historique

Le paupérisme

L’arrivée de Louis-Philippe au pouvoir en juillet 1830 suscite le ressentiment des républicains, très vite doublé de la question sociale. Des grèves et des manifestations ouvrières se déroulent à Paris, du 15 août à octobre 1830, puis en juin 1831 dans le quartier Saint-Denis et à Lyon, en novembre 1831 ; elles révèlent, avec l’instabilité du régime, l’acuité des questions économiques qui se posent aux sans-travail.

Le paupérisme commence à s’imposer comme une évidence à l’attention des contemporains. Paris qui compte 785 862 habitants au recensement de 1831 et Lyon, 160 000 environ, connaissent alors un accroissement rapide de leur population suscité par la révolution industrielle. Mais dans la phase de dépression économique que traverse l’Europe, les entreprises se disputent un marché en voie de réduction. Paris et Lyon sont à cette date les seules villes de France à rassembler une importante population ouvrière, la misère y est d’autant plus visible.

Le chômage constant d’une partie des ouvriers permet aux employeurs de comprimer les salaires en disposant d’une main-d’œuvre toujours abondante. Les conditions de travail sont les plus dures qui soient, en l’absence de toute limitation de durée. Les enfants sont astreints au travail dès leur plus jeune âge et les plus âgés n’ont pas de retraite.

  Analyse des images

« Peuple affranchi »

Des travailleurs en guenilles attendent une embauche incertaine dans un silence pesant : il existe à Paris de tels rassemblements de chômeurs, au lendemain de 1830. Martin Nadaud décrit la place de Grève pendant la crise du bâtiment comme le « dernier vestige de l’ancien marché aux esclaves de l’Antiquité […] bondé d’hommes hâves et décharnés, mais s’accommodant sans trop de tristesse de leur situation de meurt la faim ».

Dans cet univers de misère se fondent l’artisan au large pantalon, le maçon en blouse ou le travailleur manuel de l’industrie, tel le personnage central en pantalon à pont, coiffé d’un béret. Deux femmes âgées, courbées l’une sur des béquilles, l’autre sur une canne, passent sans qu’on puisse voir leur visage ; une mère au visage ravagé d’angoisse porte un enfant dans ses bras, à ses côtés, un autre est en larmes. L’épuisement, l’impuissance et le désespoir se lisent avec une intensité dramatique sur ces visages. Les placards de « vente par expropriation forcée » soulignent la dureté du contexte.

Cette lithographie n’appartient en rien au genre de La Caricature qui la publie le 27 octobre 1831. Le jeune Charles-Joseph Traviès de Villers (1804-1859) ne tourne pas le peuple en dérision ni ne l’enlaidit, contrairement au personnage de Mayeux qu’il crée à la même époque. En observateur attentif des comportements populaires et des métiers de Paris, il réunit divers personnages, sans doute croqués séparément sur le vif, et semble au contraire percevoir leur malheur avec justesse.

Dans l’optique du journal, ce dessin vise à opposer les dures réalités du chômage et de la pauvreté à Paris aux images idéalisées de classe ouvrière laborieuse et d’héroïsme de la révolution de Juillet que la peinture et la littérature ont propagées au lendemain de 1830. Traviès, qui expose au Salon comme peintre de genre, y a certainement vu La Liberté guidant le peuple, présentée par Delacroix en mai 1831. Il ironise en citant un vers d’Auguste Barbier (1805-1882), tiré de Iambes (1830), car, un an après cette glorieuse révolution, ce « peuple affranchi » ne connaît pas la liberté, mais le chômage et la faim.

Mais cette représentation réaliste de la misère sociale malmène les conventions de l’époque. De plus, l’énumération de faits odieux et révoltants qui l’accompagne rend le gouvernement responsable de la misère du peuple (légende de la caricature[1]). Le pouvoir ne supporte pas cette critique trop véridique et fait saisir La Caricature.

Charles Philipon, son directeur, relate cette action[2], la douzième contre son journal, dans le numéro suivant et se glorifie avec humour d’être saisi pour une image du peuple. Il est frappé par l’accroissement, dans le cadre étroit du vieux Paris d’alors, de « ce peuple qui déborde de toutes ces maisons démeublées, qui coule sur les ponts, qu’on pêche dessous ».

« L’ordre règne aussi dans Lyon »

Dans sa seconde scène de chômage, du 5 janvier 1832, Traviès reprend visiblement la même composition : des personnages alignés dont le plus grand au centre, de profil à droite. Mais à gauche ressort un groupe très caricatural : un garde national ventripotent, prenant sa prise de tabac, un grand parapluie sous le bras. Ce « riflard », dont est souvent affublé Louis-Philippe, désigne le pouvoir. Accompagné d’un molosse muni d’un collier protecteur contre les morsures de loup, le garde surveille de misérables canuts (ouvriers de la soie), pourtant en rien menaçants. Ces chômeurs sont aussi grévistes, et chacun peut, comme le pouvoir, rejeter toute responsabilité sur eux. Un jeune père assis sur une pierre admoneste son fils qui tient deux pavés. Ni haillons, cette fois, ni invalides, ni femmes dans ce groupe.

La Caricature raille l’intervention de l’armée à Lyon pour réduire la grève des canuts, en novembre 1831 sur un ton de provocation libérale (légende de la caricature[3]). Le leitmotiv « L’ordre le plus parfait règne aussi … », qu’on retrouve dans plusieurs caricatures, a pour origine une déclaration malheureuse de Sebastiani, ministre des Affaires étrangères, après l’écrasement de la révolte polonaise par les Russes : « L’ordre règne à Varsovie. »

Cette scène de Lyon où la charge contre l’action militaire remplace la critique sociale ne sera pas saisie, et Philipon parviendra à se faire acquitter pour le premier dessin.

  Interprétation

L’image du peuple

Traviès, contraint de délaisser la caricature par les lois de 1835, se consacre aux scènes de mœurs et à des types de métiers, donnant mieux la mesure de son talent sans toutefois réussir en peinture. Baudelaire le soulignera : « Traviès a un profond sentiment des joies et des douleurs du peuple ; il connaît la canaille à fond, et nous pouvons dire qu’il l’a aimée avec une tendre charité. »

Philipon attaque le gouvernement pour son ingratitude envers les ouvriers victorieux en juillet 1830 et son incapacité à leur procurer du travail, mais il est réticent envers les mouvements révolutionnaires qui menacent de renverser l’ordre social établi. La Caricature laisse se dérouler et se clore la révolte des canuts, cette première insurrection entièrement ouvrière, en novembre 1831, avant d’en faire mention.

Très originales, ces deux scènes réalistes, qui révèlent la misère au quotidien, n’auront pas de suite dans les journaux de caricature. Charles Philipon montre en réalité peu d’intérêt pour les souffrances des classes laborieuses. Si la caricature politique constitue un tremplin pour le lancement de son affaire de presse et de vente de lithographies, il cherche avant tout à répondre aux goûts de sa clientèle. La Caricature et Le Charivari évoquent les droits de la nation dans leur ensemble mais, comme ses amis républicains, Philipon est plus sensible aux droits politiques de la bourgeoisie patriote qu’aux difficultés économiques des masses.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Notes

Peuple affranchi dont le bonheur commence,
Croise les bras, après ton œuvre immense ! .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
Peuple ! Repose toi ! .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .

Douzième saisie pratiquée chez M. Aubert

...De ce bon peuple qui se repose sur des promesses, qui croise ses bras en voyant entrer en France des fusils étrangers, en voyant ainsi sortir de millions qu'il pourrait gagner par son travail. De cet heureux peuple dont le bonheur commence à devenir trop lourd. De ce peuple affranchi qu'on assomme quand il met les couleurs nationales à son chapeau. Du peuple joyeux qui déborde de toutes ces maisons démeublées, qui coule sur les ponts, qu'on pêche dessous. De ce peuple fortuné dont le concierge de la Morgue, son héritier, son dernier maître, rejette les haillons dans la rivière.

Ce portrait qu'un ministre ne doit pas regarder sans rougir, un philosophe sans pleurer, un patriote sans frémir de rage, ce portrait que tout Paris a trouvé désespérant de ressemblance a été saisi ! !

Nous en sommes surpris sans doute mais nous nous en réjouissons. Assez long-temps le ministère public ne s'est occupé que de défendre la personne du Monarque, nous aimons à le voir aujourd'hui soutenir la dignité du peuple qui fait et défait les rois, du peuple notre maître à tous, princes ou caricaturistes ; du peuple qui a autant de droits que personne à être flatté, à être toujours représenté peigné, décrotté et luisant de pommade ; du peuple qui n'est pas précisément inviolable, mais qui paie assez largement pour être défendu, servi et surtout respecté.

Une condamnation pour outrage ou pour injure au peuple souverrain sera un précédent que nous ne serons pas fâché d'établir à nos dépens, car il ouvrira la voie à une cetaine responsabilité qui alors SERA DESORMAIS UNE VERITE.

Charles Philipon


La Caricature, N° 53, 3 novembre 1831, p.1.

Légende de la caricature L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon parue dans La Caricature, n° 62, 5 janvier 1832,colonne 495.


L'air est glacial, les toits sont blancs, le pain est rare, le travail manque, à Lyon ; l'aisance fuit, l'industrie émigre, la misère peuple les rues, à Lyon ; mais force est restée à la loi, l'autorité siège à l'Hôtel-de-Ville, l'arc-en-ciel a fait son apparition, et le garde national monte sa garde et prend sa prise…Donc et toujours : L'ordre le plus parfait règne aussi dans Lyon.


Bibliographie

  • Louis CHEVALIER, Classes laborieuses et classes dangereuses, à Paris, pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, Hachette, 1958.
  • David S. KERR, Caricature and French Political Culture, 1830-1848 : Charles Philipon and the Illustrated Press, Oxford-New York, Oxford University Press-Clarendon Press, 2000.
  • Martin NADAUD, Léonard, maçon de la Creuse, Paris, Maspero, 1976.

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