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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Mine de houille de Blanzy. Groupe de Theuré-Montmaillot.

© P.Faligot / Seventh Square / Collection musée des arts et métiers-CNAM, Paris

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Titre : Mine de houille de Blanzy. Groupe de Theuré-Montmaillot.

Auteur : François Ignace BONHOMMÉ (1809-1881)
Date de création : 1857
Date représentée : 1857
Lieu de Conservation : Musée des arts et métiers (Paris) ; site web
Contact copyright : Musée des Arts et Métiers - Agence photographique - 292, rue Saint-Martin - F75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : Inv. T 57

Le Monde souterrain. Descente d’un cheval dans la mine. Le Creusot.

© Coll. Musée de l'Histoire du Fer Nancy-Jarville - C.Philippot

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Titre : Le Monde souterrain. Descente d’un cheval dans la mine. Le Creusot.

Auteur : François Ignace BONHOMMÉ (1809-1881)
Date de création : 1866
Date représentée : 1866
Lieu de Conservation : Musée de l'Histoire du Fer de Jarville (Jarville-la-Malgrange)
Contact copyright : Jean-Luc Remy, conservateur Musée de l'histoire du fer tél : 03 83 15 27 70 fax : 03 83 53 16 07 B.P. 15 54140 Jarville-La Malgrange

Le Mineur.

© Musée de la Chartreuse – Douai / Cliché Daniel Lefebvre

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Titre : Le Mineur.

Auteur : Constantin MEUNIER (1831-1905)
Lieu de Conservation : Musée de la Chartreuse (Douai) ; site web
Contact copyright : Musée de la Chartreuse – 130, rue des Chartreux – 59500 Douai ; site web
Référence de l'image : 2910

  Contexte historique

François Bonhommé a représenté avec une grande fidélité l’activité sidérurgique et métallurgique dans les grands foyers industriels de la France du milieu du XIXe siècle, entre Abainville et Le Creusot. Il n’a pas éludé la représentation des paysages et du travail liés à l’extraction du charbon qui, dans le cas des bassins de Blanzy et du Creusot, se trouvaient si proches de ceux du fer et si étroitement associés à eux. Si Constantin Meunier a puisé son inspiration dans une région différente – la Belgique du “ sillon Sambre-Meuse ” –, ses sujets peuvent être rapprochés de ceux de Bonhommé, lui aussi attentif aux acteurs et aux gestes du travail, et appartiennent à un même contexte contemporain.
Ce contexte, c’est celui d’un âge relativement bref : la France, plutôt mal dotée par son sous-sol, est entrée dans l’âge du charbon d’abord avec les locomotives (à l’approche de 1840), plus tard par la généralisation de la vapeur comme énergie industrielle ou comme moteur de la sidérurgie. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, elle s’est préoccupée d’accorder une large place à l’utilisation de l’électricité. Cet âge fut néanmoins très marquant ; le charbon a été durant ces années le symbole par excellence du travail industriel, de son étrangeté et de sa dureté, presque son mystère en ce qui concerne l’univers fermé de la mine, accessible aux seuls hommes et animaux indispensables ; le symbole aussi de la puissance, inédite et presque effrayante, des machines désormais actionnées par la vapeur.

  Analyse des images

Le groupe de Theuré-Montmaillot (l’une des sept concessions de la Compagnie des mines de Blanzy, accordée en 1833) associait un certain nombre de sites d’extraction appartenant à la zone la plus riche du bassin de Blanzy-Montceau-les-Mines, gisement de houille qui s’étendait en profondeur de façon continue depuis Montchanin et Le Creusot jusqu’au sud de Montceau. Les veines les plus épaisses qui aient jamais existé en France (certaines atteignant jusqu’à 20 mètres d’épaisseur) s’y trouvaient. On saisit parfaitement l’imbrication du nouveau paysage industriel dans le paysage rural et agricole traditionnel, puisque des parcelles occupées par des céréales et des bosquets sont au contact immédiat des sites d’extraction, cependant qu’à l’arrière-plan la ligne d’horizon (sous un ciel de fin de journée) dessine à la fois les hautes collines qui bordent le bassin de Montceau et le tracé du canal du Centre, voie de transport du charbon exporté. Chaque siège est immanquablement signalé par le panache de fumée d’une cheminée, correspondant au fonctionnement d’une machine à vapeur abritée dans sa petite maison (voir au centre gauche de l’image). A gauche en bas, une installation de forage indique que l’on recherche des prolongements du gisement.

Dans l’exploitation de la houille, le cheval a été l’auxiliaire indispensable de l’homme : sans lui, le charbon abattu n’aurait jamais pu être véhiculé jusqu’aux ascenseurs qui remontaient la production à la surface. Dans son ouvrage La Vie souterraine. Les Mines et les mineurs (1867), Louis Simonin a bien mis en évidence ce rôle, et son commentaire illustre très bien le lavis de Bonhommé : “ Les chevaux […] sont descendus dans la mine attachés au câble, soit dans des filets, soit par des courroies. Quand cette manœuvre s’opère, ils ne font pas le moindre mouvement, transis d’effroi et comme morts. Arrivés dans la galerie, ils reprennent peu à peu leurs sens. Ces intelligentes bêtes s’habituent très vite à leur nouveau métier […]. On les soigne comme d’utiles serviteurs. L’écurie est vaste, bien aérée, la litière renouvelée souvent. Le foin, l’avoine, d’excellente qualité, garnissent les râteliers à l’heure des repas. Les chevaux deviennent gras et dodus […]. Une fois entrés dans la mine ils n’en sortent plus. Ils y travaillent des années, et achèvent leur vie dans ce service utile. Ils font partie, on peut le dire, du personnel de la houillère.  ” Mais gare à une remontée à la surface : le choc de la lumière peut les rendre instantanément aveugles.

Dans le déhanchement du mineur (sans aucun doute saisi à la remontée, avant d’avoir pris sa douche et remis ses habits “ civils ”, d’où la noirceur de son visage et la saleté) s’exprime avec puissance la fatigue d’un corps ayant travaillé des heures dans les positions les plus inconfortables, au fond des galeries et au contact des fronts de taille. La lampe qui pend à son côté est tout aussi chargée de sens : plus encore que le pic destiné à briser la roche carbonifère, elle symbolise et résume son existence partagée entre le fond et le jour. Une chanson de mineur belge dit : “ Ma lampe est mon soleil, tous mes jours sont des nuits.  ” Elle lui est aussi indispensable que la boussole l’est au marin. Au moment où ce tableau de Meunier a été peint, il s’agit d’une lampe de sûreté à treillis métallique serré (inventée par le chimiste anglais Davy), qui ne risque plus de déclencher de coup de grisou si le méthane envahit les galeries.

  Interprétation

Ces trois représentations de la vie et du paysage de la mine sont d’une inestimable valeur et d’une remarquable fidélité, en particulier chez Bonhommé. En ce qui concerne le paysage, la valeur du témoignage est même exceptionnelle puisque la clôture de l’exploitation par les Houillères des bassins du Centre et du Midi a entraîné, dès 1993, l’éradication des repères de la vie et du travail des générations précédentes (dynamitage des chevalements du puits Darcy à Montceau, août 1993). Quant au cheval et au mineur, ces deux images du travail dans des mines aujourd’hui abandonnées et interdites d’accès appartiennent pleinement à l’archéologie du travail dans ses expressions graphiques les plus éminentes. La représentation du mineur a contribué à l’héroïsation de cette figure, sans doute la plus représentative, du monde ouvrier, au-delà même de la Seconde Guerre mondiale.

Auteur : Maria-Thérésa PONTOIS


Bibliographie

  • Jean-Pierre DAVIET, La Société industrielle en France (1814-1914), Paris, Seuil, coll. " Points Histoire ", 1997.
  • Gérard NOIRIEL, Les Ouvriers dans la société française au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. " Points Histoire ", 1986.
  • Louis-Laurent SIMONIN, La Vie souterraine : la mine et les mineurs, présentation de Jean-Claude Beaune, Seyssel, Champvallon, 1982.
  • Marcel SUTET, Montceau-les-Mines, essor d’une mine - naissance d’une ville, préface de Louis Bergeron, Roanne, Editions Horvath, 1981.
  • Frédéric PILLET, Le Patrimoine industriel minier du bassin de Blanzy, Montceau, Le Creusot, Dijon, Editions du Patrimoine-Editions Faton, 2000.

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