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Les fripons craignent les réverbères. Les fripons craignent les réverbères.
Les Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates. Les Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates.
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Les fripons craignent les réverbères.

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

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Titre : Les fripons craignent les réverbères.

Date de création : 1789
Date représentée : 1789
Dimensions : Hauteur 14.1 cm - Largeur 9.9 cm
Technique et autres indications : Eau forte.
Gravure publiée dans : Les Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates.
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : Bibl. hist. PEY 582

Les Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates.

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

Agrandissement - Zoom
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Titre : Les Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates.

Date de création : 1789
Date représentée : 1789
Technique et autres indications : Page de titre des Etrennes à la vérité ou Almanach des Aristocrates, pamphlet anonyme.
in-8, 80 p.
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : Bibl. hist. PEY 582

Animation

  Contexte historique

La hantise du complot aristocratique

En 1789, un mécontentement général contre la réaction seigneuriale s’ajoute à la vive effervescence déclenchée dans les villes et les campagnes par la crainte aiguë de la disette, du chômage, de la hausse des prix. Tous les nobles, surtout les plus pauvres résidant sur leurs terres, tentent d’en accroître le profit en revalorisant des droits mal définis et en mettant la main sur les communaux. L’effervescence se transforme bientôt dans tout le royaume en troubles généralisés et en véritables émeutes marquées par des actes récurrents de sauvagerie.

La nouvelle liberté de presse, qu’aucune loi ne limite encore, favorise journaux et pamphlets. Ces derniers ne s’attaquent qu’à des questions brûlantes, dans un langage populaire, injurieux et diffamatoire. Vite écrite et vite lue, cette littérature mobile et nerveuse, en rupture complète avec les modes de lecture de l’époque, influence fortement les esprits.

La hantise du complot contre la Révolution s’y manifeste particulièrement. Le fantasme d’un antipouvoir abstrait, omniprésent et caché prend d’emblée le visage d’un ennemi : l’aristocrate, désigné à la vindicte publique. Les privilégiés, considérés comme ne pouvant être pleinement citoyens, font alors l’objet de dénonciations au Comité des recherches de l’Assemblée constituante.

La conception de la nation en 1789, une association d’individus ayant librement décidé de vivre sous une loi commune et protectrice de leurs droits, trouve son identité dans la passion de l’égalité et le rejet viscéral des privilèges et des privilégiés.

  Analyse des images

Les Étrennes à la vérité, ou Almanach des aristocrates

L’hydre monstrueuse se répand, après la suppression des privilèges (4 août 1789), comme la caricature fantastique et allégorique de l’aristocratie. Le souvenir mythique de bêtes abominables, comme celle du Gévaudan, est dans toutes les mémoires, mais l’allusion à la conjoncture politique française reste transparente. Trois des quatre têtes d’animaux sont coiffées, de droite à gauche, d’un casque à panache (la noblesse), d’une mitre d’évêque (le clergé séculier), d’un bonnet d’abbé (le clergé régulier) et la quatrième est une tête de dindon tenant dans son bec la broche à laquelle on va le mettre (la noblesse de robe des magistrats). Ainsi ce monstre à quatre têtes est démasqué comme un seul mal : l’aristocratie. Se détournant du soleil de la Liberté, les quatre têtes ondulent sous un réverbère sur lequel on lit « Vengeur de la Patrie ». La collusion d’intérêts de tous les privilégiés, symbolisée par la monstruosité politique du « corps » de la noblesse liée au clergé, est désignée à la haine des patriotes. La lanterne, symbole de lumière, s’oppose aux noirs maléfices de l’aristocratie. Sa fonction de punition expéditive est glorifiée comme rassurante : pour venir à bout de l’hydre, il faudra en abattre toutes les têtes afin de les empêcher de renaître.

Ce dessin extravagant paraît dans un pamphlet anonyme, Étrennes à la vérité, ou Almanach des aristocrates pour la présente année, seconde de la Liberté, 1790, qui remet violemment en cause la société. Cette caricature est la traduction imagée des violentes attaques verbales du texte. Le tribunal de Rouen saisit ce pamphlet mais ne peut en identifier l’auteur. Comme toujours, les allusions de ce genre d’écrit à des pamphlets antérieurs ou des caricatures récentes sont multiples.

La légende de l’image reprend l’épigraphe provocatrice et irrévérencieuse du Discours de la lanterne aux Parisiens de Camille Desmoulins
, « les fripons ne veulent point de lanterne », qui détourne le verset 3, 20 de l’Évangile selon saint Jean : « Celui qui fait le mal hait la lumière. » On peut douter de la signature de la gravure : Antoine-Jean Duclos (1742-1795), auteur de scènes officielles, n’est pas connu comme caricaturiste.

Le contenu du pamphlet reprend la présentation du calendrier de L’Almanach des honnêtes gens de Sylvain Maréchal, condamné le 7 janvier 1788 à être brûlé, qui commençait l’année par un mois « princeps », situé en mars. Les Étrennes annoncent les prochaines éclipses de tous les droits féodaux et publics, et donnent la liste des aristocrates à supprimer, mois par mois, les dénonçant indistinctement tous, surtout s’ils sont magistrats ou députés à l’Assemblée nationale. Celle-ci essaie alors de contenir les excès populaires, action qui fait craindre une manœuvre de l’aristocratie.

Le premier texte, « Ce que c’est que l’aristocratie », donne le ton d’une satire aussi extravagante que l’image. Toute la suite est porteuse d’une prédiction – la destruction de l’aristocratie – et d’une volonté d’exciter les esprits, à partir de détails fort libres, contre le roi, la reine, la noblesse, la magistrature, la finance et le clergé.

La désignation de l’éditeur, de la plus haute fantaisie, est une allusion de plus au Discours de la lanterne aux Parisiens de Camille Desmoulins et à l’émigration, dont Spa (Belgique) est alors un pôle d’attraction.

Malgré la liberté illimitée que connaît la presse au début de la Révolution, cet écrit est condamné par un décret du 2 janvier 1790 de la Cour du parlement de Rouen à être lacéré et brûlé par l’exécuteur de la Haute Justice, dans la cour du Palais, au pied du grand escalier.

  Interprétation

À l’origine de l’idée de nation

Ce pamphlet reflète l’effervescence des idées de l’hiver 1789-1790. Extravagant, audacieux et drôle, il circule sous le manteau. Il contribue à répandre dans le public la psychose de complot aristocratique et à exciter la peur, la mobilisation et la volonté punitive des patriotes. Chaque pamphlet marque les esprits parce qu’il est à la fois un brûlot et une prédiction.

Le fantasme du complot aristocratique contribue à souder les esprits populaires. La Révolution établit une frontière entre le peuple et les privilégiés : elle a trouvé ses boucs émissaires. La nation se définit par ce qu’elle rejette ; les rumeurs sur les complots qui la menacent suscitent une large mobilisation. Les gardes nationales qui s’organisent spontanément dans toute la France pendant l’été 1789 concrétisent le sursaut contre l’obsession du complot. Le fantasme d’une menace pesant sur les droits récemment acquis a suscité l’idée de nation, par exclusion des nobles rejetés du corps social.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Bibliographie

  • Etrennes à la vérité ou Almanach des aristocrates pour la présente année, seconde de la liberté. Document électronique disponible sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France à l'adresse suivante :
    http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-57137.
  • Antoine de BAECQUE, La Caricature contre-révolutionnaire, Paris, CNRS, 1988.
  • Jean-Paul BERTAUD, La Presse et le pouvoir de Louis XIII à Napoléon Ier, Paris, Perrin, 2000.
  • François FURET, La Révolution, 1770-1880, Paris, Hachette, 1988.
  • John GRAND-CARTERET, Les Almanachs français. Bibliographie, iconographie. 1600-1895, Paris, J. Alisié et Cie, 1896.
  • Patrice GUENIFFEY, La Politique de la terreur. Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1939, Paris, Fayard, 2000.

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