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L’intérieur d’un café, dit aussi La partie de dames au café Lamblin au Palais-Royal. L’intérieur d’un café, dit aussi La partie de dames au café Lamblin au Palais-Royal.
Louis Léopold BOILLY.
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Scène de Cabaret.

© Photo RMN-Grand Palais - C. Jean

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Titre : Scène de Cabaret.

Auteur : Louis Léopold BOILLY (1761-1845)
Dimensions : Hauteur 37 cm - Largeur 47 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE1595 / RF 1936

88-001595-02 /

L’intérieur d’un café, dit aussi La partie de dames au café Lamblin au Palais-Royal.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : L’intérieur d’un café, dit aussi La partie de dames au café Lamblin au Palais-Royal.

Auteur : Louis Léopold BOILLY (1761-1845)
Dimensions : Hauteur 38 cm - Largeur 55 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Condé (Chantilly) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99DE24888 / Inv.424

Animation

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  Contexte historique

La civilisation urbaine au début du XIXe siècle

Si le monde citadin, durant le premier tiers du XIXe siècle, reste encore largement minoritaire par rapport à l’ensemble de la population française, estimée en 1821 à 30,4 millions d’habitants, dont 80% de ruraux, les villes accueillent cependant des milieux sociaux très diversifiés et contribuent à l’émergence de nouvelles catégories sociales. Ainsi, c’est à cette époque, au sein même des villes, que commence à se former le futur prolétariat urbain, qui vit souvent dans des conditions de vie précaires. Au sommet de la pyramide sociale, la place de la noblesse libérale s’affirme au détriment de la vieille noblesse conservatrice d’Ancien Régime, tandis que la bourgeoisie ne cesse de renforcer ses positions sociales. Ces mutations sociales s’accompagnent de l’éclosion de nouvelles pratiques de sociabilité urbaines, comme en témoigne la multiplication des lieux publics de convivialité, tels que les cafés ou les cabarets, où se réunissent, dans les premiers, les représentants des couches aisées et, dans les seconds, le petit peuple des villes.

  Analyse des images

Lieux de convivialité

Deux toiles de Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Scène de cabaret et L’intérieur d’un café, mettent bien en évidence ce phénomène. La première, qui se distingue par sa composition équilibrée et dynamique et ses coloris délicats, représente l’intérieur d’un cabaret populaire durant le premier quart du XIXe siècle. C’est un spectacle animé et varié qui se déroule sous nos yeux : tandis qu’au centre, des joueurs attablés autour d’une partie de cartes attirent l’attention de la majorité de l’assistance, au premier plan, des enfants s’amusent avec des marionnettes qui se meuvent au rythme de la musique que joue un petit savoyard reconnaissable à son chapeau et sa vielle, à gauche, hommes et femmes conversent tout en buvant, et, au fond, deux soldats qui viennent d’entrer observent à leur tour la partie de cartes. Cette assemblée populaire, composée d’hommes et de femmes de tous âges, offre un saisissant contraste avec la seconde toile de Boilly, qui reflète la vie bourgeoise, à travers l’intérieur d’un café parisien. Au centre, éclairés par un savant effet de clair-obscur, deux hommes disputent une partie de dames. Tout sépare les deux joueurs : celui de gauche, dans la force de l’âge, est coiffé d’un chapeau et habillé à la mode de l’époque, portant la légion d’honneur à la boutonnière, tandis que le second, plus âgé, est vêtu à la manière ancienne et arbore la décoration de l’ordre de Saint-Louis. Plusieurs personnages, que leur position et leur habillement respectifs répartissent dans l’un et l’autre camp, prennent part avec intérêt au jeu en qualité de témoins. A l’arrière-plan, d’autres personnages issus des classes moyennes jouent aux échecs ou devisent autour d’une table. Comme la précédente, cette peinture, qui fourmille de détails rendus avec une grande précision, restitue bien l’ambiance d’un café de l’époque. A travers cette scène, campée par Boilly au Palais-Royal, vraisemblablement dans le café Lamblin, haut lieu de la vie politique sous la Restauration, se dessinent également les grandes tendances politiques de l’époque, suggérées ici par les détails vestimentaires qui différencient les protagonistes : à gauche, les libéraux, favorisés par le nouveau régime, à droite les ultras, tournés vers l’Ancien Régime et attachés à leurs privilèges de naissance.

  Interprétation

Nouvelles formes de sociabilité urbaine

La manière de ce peintre, qui aimait à brosser des tableaux moralisants de la vie de son époque, n’est pas sans rappeler celle d’un Louis-Sébastien Mercier, dont le Tableau de Paris (éd. La découverte / Poche, 2000) offre une multitude d’aperçus sur la vie quotidienne à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Par sa facture lisse et par son réalisme, elle évoque aussi les scènes de genre hollandaises du XVIIe siècle. Mais l’attention nouvelle portée par Boilly aux classes populaires et à la vie bourgeoise annonce aussi les grands thèmes d’inspiration sociale qui domineront par la suite une partie de la peinture du XIXe siècle. Ces deux toiles constituent une excellente illustration des changements sociaux survenus durant le premier tiers du XIXe siècle, et révèlent l’importance prise par les nouveaux lieux de sociabilité que sont le café ou le cabaret à cette époque. Venue d’Outre-Manche, la mode des cafés, symboles de la vie moderne par excellence, se substitue progressivement à celle des salons, héritiers des traditions aristocratiques de l’Ancien Régime. Fréquentés par une société exclusivement masculine et bourgeoise, les cafés constituaient des lieux de sociabilité et, parfois, de débats politiques, à la différence des salons, qui privilégiaient la mixité, ainsi que les conversations littéraires et galantes. Sous la Monarchie de Juillet, l’ascension de la bourgeoisie est à l’origine de la multiplication des cafés et des cercles, qui deviennent ainsi des lieux de réunion à la mode à Paris comme en province. Quant aux cabarets, une population très mêlée s’y rassemblait, qui se caractérisait le plus souvent par sa pauvreté et par son penchant pour la boisson, contre lequel les pouvoirs publics s’efforçaient de lutter. Cependant, au-delà de ces différences sociales, la mode des cafés et des cabarets, ainsi que celle du jeu sous ses différentes formes, traduit bien le rôle essentiel joué par les villes dans le processus d’acculturation des individus issus de milieux très divers : celles-ci constituent le creuset privilégié où s’élaborent et se diffusent de nouvelles formes de sociabilité.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Maurice AGULHON, Le cercle dans la France bourgeoise, 1810-1848. Étude d’une mutation de sociabilité., Paris, Colin, 1977.
  • Boilly (1761-1845) [exposition, Lille, Musée des Beaux-Arts, 23 octobre 1988 - 9 janvier 1989], Paris, RMN, 1988.
  • Jean-Pierre CHALINE, La Restauration, Paris, P.U.F. (QSJ ? 1214), 1998.
  • Emmanuel LE ROY-LADURIE (dir.), Histoire de la France urbaine, III. La ville classique., Paris, Seuil, 1981.
  • Jean VIDALENC, La société française de 1815 à 1848, II. Le peuple des villes et des bourgs. , Paris, M. Rivière, 1973.
  • Susan L. SIEGFRIED, The art of Louis-Léopold Boilly, New-Heaven, 1995.

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