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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Jeanne d'Arc embrassant l'épée de la délivrance.

© Photo RMN-Grand Palais - M. Bellot

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Titre : Jeanne d'Arc embrassant l'épée de la délivrance.

Auteur : Dante Gabriel ROSSETTI (1828-1882)
Date de création : 1863
Dimensions : Hauteur 61 cm - Largeur 53 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg (Strasbourg) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 96-009825

La Roue de la Fortune.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

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Titre : La Roue de la Fortune.

Auteur : Edward Coley BURNE-JONES (1833-1898)
Dimensions : Hauteur 200 cm - Largeur 100 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-018353 / RF1980-3

  Contexte historique

La beauté fervente

1848 : le « printemps des peuples ». L’Europe absolutiste, née du traité de Vienne (1815), implose de toutes parts. En Autriche, en Allemagne, en Italie, les peuples, acquis aux idées de la Révolution française et aux mouvements libéraux, se soulèvent et réclament des libertés. Au même moment, dans les arts, les conventions académiques sont profondément remises en cause. Si 1848 est salué unanimement comme l’année où triomphe le romantisme, c’est aussi le début de son champ du cygne. À partir de cette date, un vaste courant réaliste transforme les arts en abordant les sujets de manière neuve, sans idéalisation. En France, Courbet prête ses pinceaux à la représentation de paysans ou de petites gens dans la vérité de leur quotidien et délaisse les héros de la mythologie. À Londres, de jeunes artistes, insatisfaits de l’enseignement académique, aspirent à plus d’authenticité dans la peinture : ils déplorent la virtuosité et le manque de simplicité de l’art de Raphaël (1483-1520) et surtout de ses suiveurs – inspirateurs des principes académiques –, défauts qui, selon eux, nuisent à l’expression vraie d’un sentiment religieux sincère. Enthousiasmés en revanche par l’art des primitifs italiens et flamands, dont ils apprécient la simplicité, le réalisme naïf et la ferveur, ces jeunes gens, au nombre de sept, se regroupent en septembre 1848 sous le nom de Pre-Raphaelite Brotherhood (« confrérie préraphaélite »), en hommage à la période antérieure à Raphaël. Trois sont peintres : Dante Gabriel Rossetti (le chef de file), William Holman Hunt et John Everett Millais. Abandon des stéréotypes, réalisme, manie du détail, couleurs vives, sujets sérieux et volontiers religieux, mais aussi littéraires, ce qui rattache pour partie ces jeunes peintres au romantisme tardif, tels sont les traits d’une approche consciencieuse et pétrie de convictions dans un projet visant à renouer les fils entre l’art et la foi. Mais dès la fin des années 1850, l’ardeur tiédit et le groupe se disloque. Seuls le charismatique Rossetti et avec lui ses disciples maintiennent, au cœur du siècle industriel et désenchanté de la reine Victoria, une foi intacte dans la charge intime et la valeur hautement symbolique de l’œuvre d’art, non sans transformer le préraphaélisme en un art langoureux et raffiné.

  Analyse des images

Icônes : foi et symboles

Le choix que fait Rossetti en 1863 de rendre hommage à Jeanne d’Arc n’est pas innocent. Cette héroïne de la guerre de Cent Ans incarne le dévouement absolu au dauphin Charles et le zèle de la foi. Revêtue d’une armure, la jeune guerrière baise l’épée dite de « Charles Martel » qui aurait été découverte miraculeusement sous l’autel de la chapelle de Sainte-Catherine-de-Fierbois. Agenouillée au pied d’un crucifix, elle implore de Dieu la force de bouter les Anglais hors de France. Le spectateur, captivé par la chaude palette du peintre (grenats, bruns, ors), est invité à déchiffrer l’œuvre par un cadrage serré qui accuse l’expression volontaire de Jeanne (expression redoublée par les traits masculins : menton et cou proéminents) et surtout accentue le caractère iconique de l’œuvre : célébration de la foi (via quelques symboles limpides comme le lis de la pureté) et de l’éternel féminin (chevelure luxuriante et manteau flamboyant). De son côté, Edward Burne-Jones – disciple de Rossetti – évoque l’égalité des hommes devant le destin. Enchaînés à une roue, symbole des vicissitudes et du changement, l’esclave, le roi et le poète sont les jouets impuissants d’une déesse géante et indifférente : la Fortune. Évocatrice des primitifs par sa perspective appuyée et parcourue de références savantes (les nus renvoient aux Captifs de Michel-Ange), l’œuvre devait prendre place dans un vaste polyptyque inspiré de la Renaissance et consacré à l’histoire de Troie.

  Interprétation

Les révoltés du merveilleux

Rossetti, en se concentrant sur le baiser sensuel et brûlant d’une femme éprise d’absolu, et Burne-Jones, en réactivant l’iconographie traditionnelle de la Fortune, semblent tourner le dos à leur époque. Malgré leur atmosphère nostalgique, leurs œuvres portent en elles un ferment de révolte contre les progrès de la société capitaliste et matérialiste, progrès auxquels la laideur industrielle et la misère apportent chaque jour un démenti. Bien qu’elles évacuent toute anecdote et toute référence directe au présent et qu’elles baignent dans un climat passéiste (médiéval pour le premier, antique pour le second) et de légende, ces toiles invitent aussi à une réflexion sur la haute valeur morale de la sincérité pour l’une, sur la vanité du progrès face aux drames humains pour l’autre. Réinvesties de sens, les peintures préraphaélites expriment « la joie fort noble d’ajouter aux pures sensualités du regard l’émotion d’une pensée plus haute  » (E. Chesneau, 1882). Dès les années 1880, elles trouveront naturellement des échos dans le mouvement symboliste naissant, épris d’idéal et de transcendance. Le peintre Kandinsky verra même dans les préraphaélites des précurseurs de l’abstraction : « Ceux-là sont les chercheurs de l’intérieur, dans l’extérieur » (W. Kandinsky, 1912).

Auteur : Philippe SAUNIER


Bibliographie

  • Ernest CHESNEAU, Artistes anglais contemporains, Paris-Londres, Rouam-Remington, 1882.
  • Wassily KANDINSKY, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Paris, édition originale 1912, rééd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1989.
  • Roger MARX, L’Art social, Paris, 1913.
  • The Pre-Raphaelites, catalogue de l’exposition de la Tate Gallery, Londres, Tate Gallery Publications, 1984.
  • William Morris, catalogue de l’exposition du Victoria and Albert Museum, Londres, Philip Wilson Publishers, 1996.
  • Artistic Brotherhoods in the Nineteenth Century, Aldershot, Ashgate, 2000.
  • Edward Burne-Jones (1833-1898). Un maître anglais de l’imaginaire, catalogue de l’exposition du musée d’Orsay, 1er mars-6 juin 1999, Paris, RMN, 1999.

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