Napoléon Bonaparte - La figure impériale (10 oeuvres)
La caricature comme arme politique (9 oeuvres)
© Brown University Library
Titre : Le geai dépouillé de ses plumes empruntées.
Auteur : ANONYME
Date de création : 1814
Date représentée : 1814
Dimensions : Hauteur 29 cm - Largeur 40.5 cm
Technique et autres indications : Eau-forte aquarellée.
Version française d’un prototype anglais publié le 10 novembre 1813
Lieu de Conservation : Brown University Library (Providence (Etats-Unis)) ; site web
Contact copyright : Brown University
Anne S.K. Brown Military Collection
Box A, Brown University, Providence, RI 02912
askb@brown.edu ; site web
Référence de l'image : Bullard F-185
© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Introduction du citoyen Volpone et de sa suite à Paris.
Auteur : James GILLRAY (1757-1815)
Date de création : 1802
Dimensions : Hauteur 17.6 cm - Largeur 23.9 cm
Technique et autres indications : Eau-forte aquarellée.
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Malmaison (Rueil-Malmaison) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 95CN21091 / MM.53.9.13
Si la caricature fit référence à la culture populaire, elle s’inspira aussi de la grande culture devenue elle-même proverbiale, et par là populaire. Outre Les Voyages de Gulliver de Swift et le Robinson Crusoé de Daniel Defoe, dont les Anglais firent leur miel, elle s’empara du Gil Blas de Lesage, des fables de La Fontaine, voire de celles de Krylov en Russie, ou bien encore de Volpone, pièce de Ben Johnson. Mais il est bien évident que les références à la littérature antique ne furent pas non plus oubliées, avec Philoctète, Prométhée, etc.
Ce détournement de la littérature à des fins satiriques fut pour beaucoup dans le développement des bulles, qui mena la caricature sur le chemin de la bande dessinée.
Le geai dépouillé
Cette caricature s’inspire d’une fable de La Fontaine, « Le geai paré des plumes du paon », l’oiseau prétentieux ayant la tête de Napoléon. Et ce sont les aigles symboles des puissances de l’Europe qui lui arrachent les plumes qu’il a volées pour paraître plus grand. Et ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne. Nous ne sommes pas loin avec cette caricature du thème du nain qui cherche à se hausser au niveau des souverains de l’Europe.
Cette caricature est la version française d’un prototype anglais publié le 10 novembre 1813, soit moins d’un mois après la bataille de Leipzig (16-18 octobre 1813).
La caricature de Gillray
Plus qu’une caricature de Bonaparte, il s’agit ici d’une attaque contre Charles-James Fox (1749-1806), homme politique anglais favorable sinon à la Révolution, du moins à la paix permettant de développer le commerce britannique. Il appuya les négociations avec la France qui menèrent à la paix d’Amiens (1802). Il est représenté accueilli par le Premier consul vêtu de manière mi-civile mi-militaire, entouré d’une garde de mamelouks. C’est toujours l’idée de l’aventurier oriental revenu d’Egypte qui est développée ici, Bonaparte étant réputé avoir instauré son empire avec l’aide d’Egyptiens. Connu pour son goût des plaisirs, Fox est représenté comme un homme truculent et il est accompagné de son épouse, énorme matrone. Volpone, « Gros Renard », personnage de la pièce de Ben Johnson (1605), est resté comme le type du jouisseur cupide menant une existence double, dans le langage populaire. Fox, auquel il est assimilé, est donc, pour Gillray et tous les patriotes anglais du parti de Pitt un politicien non fiable, menant double jeu.
Si Napoléon fut bien évidemment la principale victime de la caricature, certains autres personnages, liés à lui de près ou de loin, furent également la cible des satiristes. Ce fut le cas de Fox en Angleterre, du général Vandamme en Allemagne, réputé pour sa dureté, et de Talleyrand en France, volontiers fustigé par les royalistes et par les Anglais pour sa qualité d’évêque défroqué. L’homosexualité de Cambacérès fut pour sa part utilisée pour présenter le régime impérial comme « contre-nature ».
Proche d’un jeu de mots mis en image, cette conception de la caricature – l’illustration littéraire – était à la mode dans l’art autour de 1800. Elle se développa avec le romantisme, et la caricature en fut d’une certaine façon l’origine, même si elle en détourna le sens immédiat pour l’adapter aux besoins de la satire. On peut dire en ce sens que l’art populaire, libre et sans contrainte, anticipe sur le grand art.
En ce qui concerne Napoléon, la caricature illustrative relève des quelques prototypes mis au point pour stigmatiser l’Empereur. C’est ainsi qu’elle reprend les thèmes du nain, de l’ogre ou du diable.
Auteur : Jérémie BENOÎT