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Titre : L'exhumation de Defest à Carency.
Auteur : Pierre FALKÉ (1884-1947)
Date de création : 1915
Date représentée : 1915
Technique et autres indications : Dessin aquarellé.
Lieu de Conservation : Musée d'histoire contemporaine / BDIC (Paris) ; site web
Contact copyright : Hôtel des Invalides, 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, Tél : 01.44.42.54.92 / Fax : 01.44.18.93.84 ; site web
© Historial de la Grande Guerre - Péronne (Somme) - Photo Yazid Medmoun
Titre : Après.
Auteur : Alexandre ZINOVIEV
Date de création : 1917
Date représentée : 1917
Lieu de Conservation : Historial de la Grande Guerre de Péronne (Péronne) ; site web
Contact copyright : Nathalie Legrand, responsable du centre de documentation, Tél : 03.22.83.14.18 / Fax : 03.22.83.54.18, Email : vha@historial.org, Château de Péronne BP 63, 80201 Péronne cedex ; site web
Les conditions nouvelles de la guerre infligent des violences innombrables et terribles aux soldats. Le champ de bataille est un immense charnier. Les images de la mort au combat diffusées à l’arrière tentent généralement d’estomper l'horreur de la réalité. Les soldats eux-mêmes, dans leurs diverses représentations, en particulier picturales, essayent d’exorciser par tous les moyens la mort omniprésente. La mort brutale, atroce, reste le plus souvent non figurée. Cette mise à distance est une des conditions de leur survie.
Le premier document est un dessin rehaussé d’aquarelle, intitulé L’Exhumation de Defest à Carency (1915). Il montre deux soldats, l’air profondément troublé, qui regardent l’intérieur d’une fosse commune où un terrassier déterre le cadavre d’un camarade tué quelque temps auparavant, afin de le mettre dans un cercueil et de l’ensevelir de nouveau. Une humble croix de bois attend sur le bord de la fosse. On distingue à l’arrière-plan des soldats qui piochent pour creuser une tombe. A gauche, une couronne mortuaire ornée d’un ruban bleu-blanc-rouge est posée sur un monticule de terre.
Le second document est constitué de quatre zones distinctes qui organisent l’espace de cette composition en aplat. On découvre d’abord au premier plan le profil d’un soldat qui mange, sans aucune expression apparente, tournant le dos aux autres personnages. Sa présence suscite une impression saisissante de proximité. La deuxième zone, qui est la plus dense, représente la mort. On y voit un soldat muni d’une pelle qui s’apprête à enterrer quatre cadavres allongés sur la gauche. Deux d'entre eux sont recouverts d’une toile. Le troisième est couché sur le dos. De son visage dont les yeux grands ouverts fixent le ciel se dégage une sérénité étrange. Il a les bras posés en croix sur le ventre, comme s’il implorait Dieu. L’attitude du quatrième est plus terrible. La tête en arrière, son corps paraît être saisi de contorsions douloureuses, ses bras sont raidis et ses mains crochues. Cette attitude traduit l’atroce souffrance endurée par les combattants tués sur le champ de bataille. Juste au-dessus de cet amoncellement de cadavres se trouve un cortège de blessés. Un peu en contrebas, un soldat interpelle le spectateur du regard. Plus loin, quatre brancardiers s’éloignent en portant un corps. Les silhouettes des soldats qui avancent en file indienne à l’arrière-plan sur la colline, avant de disparaître dans le néant, font penser à une foule parcourant un chemin de croix. La clarté de cette quatrième zone contrebalance la tonalité très sombre du bas.
Le premier document montre une exhumation, scène émouvante et rarement représentée, qui a visiblement lieu à proximité des zones de combat. Cette composition en couleur est de Pierre Falké. Elle est organisée de façon à ce que l’on remarque immédiatement la dépouille du soldat tué, que l’artiste, chose peu courante, a pris soin de dessiner en détail. Toutefois, il faut noter que le corps est presque intact, sans blessure grave apparente. Compte tenu des liens de camaraderie établis au front, la disparition d’un copain est toujours extrêmement douloureuse pour les combattants. On mesure combien cela fut sans doute pénible, mais nécessaire pour l’artiste, de représenter cette funèbre cérémonie, comme pour garder à jamais la trace matérielle de ce terrible moment. Les symboles religieux (la croix de bois, qui deviendra le symbole de la mort durant la Grande Guerre) et national (le ruban tricolore) se font face, de chaque côté du défunt, comme pour rappeler le sens de sa mort, lui donnant une connotation tant spirituelle que patriotique.
Le deuxième document est une œuvre chargée de significations symboliques très fortes. C’est un dessin d’Alexandre Zinoviev, artiste émigré russe, engagé volontaire dans l’armée française en 1914. D’abord versé dans la Légion étrangère, puis affecté dans les troupes du tsar avant de revenir dans la Légion après la révolution de 1917, il rend compte de son expérience de soldat à travers sa création. Ce dessin intitulé Après (sous-entendu « la bataille ») renvoie incontestablement au caractère très éphémère de l’existence du combattant. Il reconstitue en quelque sorte les différentes étapes de son calvaire jusqu’à la mort sorte par une accumulation d’éléments dans l’espace représenté. Et l’apparente indifférence ou résignation du soldat situé au premier plan n’y change rien. Le style de Zinoviev est nettement plus métaphorique que l’exemple précédent. Le fait que l’artiste ait choisi d’utiliser seulement le crayon à papier accentue l’atmosphère grisâtre et lugubre de l’ensemble tout en témoignant de l’intensité émotionnelle qui a présidé à sa réalisation. Dans les deux cas, loin de l’imagerie d’Epinal où l’on voit des combattants héroïques qui meurent au champ d’honneur, il s’agit d’hommages traduisant la tristesse et la douleur des artistes soldats, de traces du sacrifice de leurs amis disparus.
Auteur : Laurent VÉRAY