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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Les « Années folles »

Reproduction non disponible Le Pigall's.
Pierre SICARD.
Place blanche. Place blanche.
Marcel GROMAIRE.
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Reproduction non disponible

© Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Cliché Habouzit

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Titre : Le Pigall's.

Auteur : Pierre SICARD (1900-1980)
Date de création : 1925
Date représentée : 1925
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Violette Andres, Tél : 01.44.78.81.50 / Fax : 01.42.72.69.15, 18 rue du petit musc, 75004 Paris, Email : phototheque.musee@paris.fr
Référence de l'image : 90 CAR 1200 (A2)

Place blanche.

© ADAGP, © Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Agrandissement
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Titre : Place blanche.

Auteur : Marcel GROMAIRE (1892-1971)
Date de création : 1928
Date représentée : 1928
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78. Adagp@adagp.fr /
Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-525732

  Contexte historique

Montmartre, cœur des années folles

Deux places mythiques de la nuit parisienne ponctuent le boulevard de Clichy, qui sert de déambulatoire à la butte Montmartre : la place Blanche, chantée par Jacques Dutronc et dominée depuis 1889 par les ailes du Moulin-Rouge ; et la place Pigalle, non moins sulfureuse et peuplée de cabarets. Le Pigall’s, au numéro 7, y a succédé au Rat Mort, ancien café de la bohème fréquenté notamment par Degas, Manet ou Courbet.

À la Belle Époque, ces lieux en marge du Paris bourgeois étaient encore assez champêtres, plutôt artistes et « canailles ». C’est avant 1914 que Montmartre connaît son apogée et construit sa légende. Après guerre, ces anciens faubourgs sont au centre de la « nuit parisienne » si caractéristique des années folles : une partie de la société veut oublier les centaines de milliers de morts et les privations de la Grande Guerre. Au lieu du deuil, la fête ; à la pénurie passée, on répond par l’abondance et l’exubérance ; à l’enlisement dans l’effort de guerre, on préfère la libération des corps et des esprits ; à une époque de ténèbres doit succéder une illumination perpétuelle.

  Analyse des images

Pigalle, symbole du luxe de la nuit, entre insouciance et mystère

Pierre Sicard peint en 1925 Le Pigall’s, œuvre qui apparaît comme une tentative assez réussie de résumer d’un ample mouvement pictural l’esprit des années folles. La composition s’appuie sur un fondu subtil du premier plan à l’arrière-plan. La tablée centrale, archétype des tableaux de ce genre, est encadrée par deux couples féminins : celui de gauche, garçonnes agressives, défie du regard celui de droite, plus pudique et intime. D’autres couples sont soit assis, au deuxième et au troisième plan, soit étroitement enlacés dans la foule qui danse. L’omniprésence de la couleur noire des fracs souligne l’explosion de couleurs qui évoque une fête permanente : les robes, les plumes des coiffes indiennes, les rubans qui volent. La tonalité générale opte pour la dorure et un rose satiné qui n’est pas sans rappeler la couleur de la sensualité que Proust attribue à Gilberte. Dans l’instantané quasi photographique de Sicard, la récurrence des bras nus tendus connote une lascivité orientale tout en participant au mouvement d’ensemble rythmé par les musiciens qui vibrent sur la scène, en fond de décor.

Place Blanche, peint en 1928, fait partie des œuvres majeures de Marcel Gromaire. Au titre fait immédiatement écho la carnation de la figure féminine assez ambiguë qui occupe le centre de la composition. Moins « blanche » que ne l’est le boa exubérant qui découvre ses épaules ou que les rangs de perles qui soulignent sa silhouette, sa nudité, accentuée par la dégradation du rose pâle de la robe, symbolise la « place » au cœur du tableau. Tout le reste n’est que décor – à commencer par les deux personnages masculins qui entourent la jeune femme. Juste derrière elle, comme son ombre, l’enlace une masse noire où se découpe à peine un profil, caricature d’homme. Plus en retrait, à gauche, un groom disparaît derrière son costume et sa fonction. Enfin, à l’arrière-plan, Gromaire fait rimer « bar » avec « Par(is) » et utilise quelques lignes géométriques pour dresser une scène nocturne à la fois romantique (le clair de lune nimbé de nuages) et électrique (les néons de couleur). Seul le corps de la jeune femme dégage une lumière « naturelle » dans ce paysage artificiel de la nuit parisienne et en irradie concentriquement les autres éléments.

  Interprétation

Folie incandescente ou folie électrique

Les deux peintres appartiennent à deux générations successives marquées par une culture picturale et un vécu de la guerre forcément dissemblables. Marcel Gromaire (1892-1971), l’aîné des deux, est né dans le nord de la France ; il expose à Paris au Salon des Indépendants dès 1911, reçoit alors les conseils de Matisse et se passionne pour les primitifs flamands. Appelé pour le service militaire en 1913, il est directement mobilisé en 1914 et reste soldat jusqu’en 1919. Comme beaucoup d’autres, il a été blessé en 1916. Sa première exposition personnelle, en 1921, révèle un peintre expressionniste sensible à la ville et à l’homme qui y vit. Il utilise une palette très sombre. Il faut attendre la fin des années 1920 pour que Gromaire retrouve les couleurs vives, comme dans son tableau Place Blanche, qui associe le Paris nocturne au nu féminin. La figure féminine centrale, statue et flamme à la fois, incarne ainsi la nuit incandescente des années folles de Montmartre.

Pierre Sicard (1900-1980) est le fils du sculpteur François Sicard. Trop jeune pour participer au conflit, il est toutefois assez âgé pour ressentir pleinement cette période d’épreuves. Après avoir collaboré un temps avec son père, il se consacre à la peinture et expose pour la première fois en 1924, à Paris. Son œuvre, de style plutôt postimpressionniste, est marquée par le thème récurrent de la nuit parisienne, de ses bars, de ses music-halls. Il a par exemple peint les performances de la Revue nègre avec Joséphine Baker. Le Pigall’s, propriété du musée Carnavalet, est d’ailleurs souvent prêté pour des expositions ayant trait au Paris des années folles. Au contraire de Gromaire, Sicard choisit pour sa toile une lumière électrique a giorno, aveuglante, tout en mobilité et en légèreté – en somme, une autre vision de la femme, non moins moderne.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • François GROMAIRE, Marcel Gromaire. La vie et l’œuvre, catalogue raisonné des peintures, Paris, Bibliothèque des arts, 1993.
  • Jean-Jacques LÉVÊQUE, Le Triomphe de l’art moderne. Les années folles, Courbevoie, A.C.R., 1992.
  • Pierre Sicard. Du Paris des années folles au Paris de naguère, catalogue de l’exposition du musée Carnavalet, 4 septembre-31 octobre 1981, Paris, Musées de la Ville de Paris, 1981.

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