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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Joséphine Baker et la Revue Nègre

La Revue Nègre. La Revue Nègre.
Paul COLIN.
Joséphine Baker. Joséphine Baker.
ANONYME.
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La Revue Nègre.

© ADAGP, © Photo RMN-Grand Palais - G.Blot

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Titre : La Revue Nègre.

Auteur : Paul COLIN (1892-1985)
Date de création : 1925
Date représentée : 1925
Dimensions : Hauteur 100 cm - Largeur 80 cm
Technique et autres indications : Huile sur contreplaqué.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : ADAGP, 11, rue Berryer. 75008 Paris. Tél: 33+01-43-59-09-78.adagp@adagp.fr ; site web
Référence de l'image : 98-011325 / 69C5

Joséphine Baker.

© BPK, Berlin, Dist RMN-Grand Palais © Droits réservés

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Titre : Joséphine Baker.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1925
Date représentée : 1925
Lieu de Conservation : Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz (BPK) (Berlin (Allemagne)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 04-505523

  Contexte historique

Les années folles, antidote à la Grande Guerre

« Roaring Twenties » de Broadway dépeintes par Fitzgerald aux États-Unis, années folles symbolisées en France par le scandale de la Revue nègre : la décennie qui suit la Grande Guerre peut apparaître comme une parenthèse de luxe appelée plus tard « l’entre-deux-guerres ». La « génération du feu » – dont fait d’ailleurs partie Paul Colin (1892-1985), blessé à Verdun en 1916 – a beau témoigner, manifester et commémorer, il semble que les Français cherchent à oublier et s’engouffrent dans une course frénétique à la consommation et à la modernité.

Depuis le début du siècle, le traditionnel café-concert s’est peu à peu mué en music-hall. Les revues des grandes salles parisiennes rivalisent par l’appel à l’exotisme, le luxe affiché des décors et l’originalité des programmes musicaux et des rythmes dansés. L’affiche de Paul Colin fait date, tout autant que la Revue nègre qui a fait irruption à Paris en octobre et novembre 1925. C’est semble-t-il par hasard que se sont rencontrés, plusieurs années après le conflit, le peintre provincial encore inconnu et un ancien camarade du front, devenu entre-temps directeur adjoint du Music-hall des Champs-Élysées. Désigné affichiste et décorateur de la salle parisienne, Paul Colin, figure marquante de l’Art déco, entame avec cette affiche une longue carrière de dessinateur à succès.

  Analyse des images

La Revue nègre, entre caricature et modernité

Avant de livrer le dessin final pour la première affiche de la Revue nègre, Paul Colin suit longuement les répétitions de la troupe (treize danseurs et douze musiciens, dont Sydney Bechet), venue de New York où elle a déjà triomphé sur Broadway. Seul changement, et de taille : le remplacement de la vedette – qui a refusé de faire le voyage – par une jeune fille de dix-huit ans à peine : Joséphine Baker. C’est donc logiquement que Colin choisit de la faire figurer sur l’affiche, au sommet d’une composition classique en triangle. Le présent document correspond à l’une de ses esquisses préliminaires.
Sur le fond blanc se détachent nettement le brun foncé et le rouge des figures stylisées. La danseuse ressort elle-même en blanc et gris sur le fond des fracs et des peaux noires ; elle est légèreté, suggestion érotique et frêle provocation imposée à l’énergie brute et massive du musicien et du danseur. La rondeur exagérée des formes de la danseuse et des yeux des deux « nègres », archétypes reconnaissables à leurs épaisses lèvres rouges et à leurs cheveux crépus, tire le dessin vers la caricature, consciente et assumée.

Mais l’esquisse saisit également le mouvement qui anime la troupe entière. La disposition et les attitudes balancées des trois personnages, représentés ici sur le vif, en un instantané, comme en suspens, donnent l’illusion d’assister à un moment du spectacle. La rythmique syncopée du charleston transparaît nettement dans le déhanchement provocateur de Joséphine Baker. Enfin, la publicité du spectacle lui-même et sa renommée sont assurées par le rappel des grimaces – joues gonflées, yeux qui roulent et qui louchent, postures animales – qui lui ont été imposées pour la dernière scène, dite de la « danse sauvage ».

Le portrait photographique de Joséphine Baker en pleine gloire, lors de la suite de la tournée à Berlin, synthétise tout ce que la jeune fille noire américaine a apporté et inspiré au Paris des années folles. Elle apparaît ici sur un fond neutre, sans décor exotique, dans une pose plutôt sage – surtout au regard des attitudes « sauvages » (en fait, fortement érotiques) qu’elle prenait lors de ses spectacles. La simple nudité de l’artiste est relevée par l’exubérance des plumes d’autruche qui voilent et suggèrent en même temps sa cambrure. Les accroche-cœurs de sa coupe « garçonne », noir de jais, et sa peau hâlée contrastent comme sur l’affiche de Paul Colin avec ses yeux en coin, ses dents éclatantes, les perles qui ondulent sur sa poitrine et, enfin, les manchettes, « chevillières » et chaussures blanches. Sa posture, un bras levé, une main sur la hanche, la tête penchée en signe d’invite, est entrée telle quelle dans l’imaginaire collectif.

  Interprétation

L’apogée de la « mode nègre » dans l’art : le « phénomène Joséphine Baker », emblème des années folles

La thématique « nègre » a inspiré les avant-gardes du début du siècle avant de se cristalliser dans la figure de Joséphine Baker et l’irruption du jazz sur les scènes parisiennes. La première danse « nègre » a été introduite à Paris par Gabriel Astruc au Nouveau Cirque, en 1903 : il s’agissait en fait du cake walk inspiré des minstrels shows américains – où des Blancs se grimaient en Noirs pour chanter et danser comme les anciens esclaves.

L’« art nègre » cher à Picasso ou aux surréalistes, les poèmes de Cendrars ou les mélodies de Milhaud et de Satie, témoignent d’une certaine « négrophilie » des artistes français du premier quart du XXe siècle. Elle est indissociable d’une aspiration à la modernité qui suscite le scandale : idoles africaines opposées aux statues de l’Antiquité classique, jazz débarqué avec les soldats américains de la Grande Guerre concurrençant la musique de chambre ou l’opéra de la Vieille Europe – et enfin, Joséphine Baker, la trépidante danseuse au léger pagne de bananes (dans son spectacle de 1927).

Il semblerait que la « danse sauvage » qui a révélé la danseuse au Tout-Paris le 2 octobre 1925 ait été ajoutée à la scénographie new-yorkaise à la demande des propriétaires du Music-hall des Champs-Élysées, en manque de spectateurs. Le scandale ainsi créé artificiellement égala celui que les Ballets russes de Diaghilev avaient suscité dans la décennie précédente. Ici, il tient sans doute moins à la bestialité fantasmée des « Nègres » dans l’imaginaire des Français qu’à la liberté totale que connotent la nudité, les déhanchements, les grimaces, le sourire, la coiffure courte de Joséphine Baker. Elle incarne l’image de la femme émancipée capable de jouir d’elle-même, de décider de son corps – de s’abandonner à la fête des années folles.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Emmanuel BONINI, Joséphine Baker. Cent images pour une légende, Périgueux, La Lauze, 2001.
  • Paul COLIN, Le Tumulte noir, Paris, Éditions d’Art Succès, 1928, rééd. Paris, La Martinière, 1998.
  • Jean-Claude KLEIN, La Chanson à l’affiche. Histoire de la chanson française du café-concert à nos jours, Paris, Du May, 1991.
  • Denis-Constant MARTIN et Olivier ROUEFF, La France du jazz. Musique, modernité et identité dans la première moitié du XXe siècle, Marseille Parenthèses, 2002.
  • Alain WEILL, Paul Colin, affichiste, Paris, Denoël, 1989.

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