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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Requête adressée par Adelaïde «négresse libre» de Cayenne à Victor Hughes. 7 janvier 1807. Requête adressée par Adelaïde «négresse libre» de Cayenne à Victor Hughes. 7 janvier 1807.
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Vente d'esclave au Surinam.

© Bibliothèque Mazarine

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Titre : Vente d'esclave au Surinam.

Auteur : Pierre Jacques BENOIT (1782-1854)
Date de création : 1831
Date représentée : 1831
Technique et autres indications : Publié dans Voyage à Surinam, description des possessions néerlandaises dans la Guyane, par P.-J. Benoit, cent dessins pris sur nature par l’auteur. Bruxelles, Soc. des Beaux-Arts, 1839. In-fol, 69 p.
Lieu de Conservation : Bibliothèque Mazarine (Paris) ; site web

Loi sur la traite des noirs et le régime des colonies, 30 floréal an X / 20 mai 1802.

© Centre des Archives d'Outre-Mer

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Titre : Loi sur la traite des noirs et le régime des colonies, 30 floréal an X / 20 mai 1802.

Date de création : 1802
Date représentée : 20 mai 1802
Dimensions : Hauteur 20.5 cm - Largeur 14 cm
Technique et autres indications : Feuillet imprimé recto verso.
Lieu de Conservation : Centre des Archives d'Outre-Mer (Aix-en-Provence) ; site web
Contact copyright : 29 chemin du Moulin Detesta, 13090 Aix-en-Provence. Courriel: caom.aix@culture.gouv.fr ; site web
Référence de l'image : CAOM, Gén. 190, d.1457.

Esclaves se rendant au travail.

© Bibliothèque Mazarine

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Titre : Esclaves se rendant au travail.

Auteur : Pierre Jacques BENOIT (1782-1854)
Date de création : 1831
Date représentée : 1831
Lieu de Conservation : Bibliothèque Mazarine (Paris) ; site web

Requête adressée par Adelaïde «négresse libre» de Cayenne à Victor Hughes. 7 janvier 1807.

© Archives départementales de la Guyane

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Titre : Requête adressée par Adelaïde «négresse libre» de Cayenne à Victor Hughes. 7 janvier 1807.

Date représentée : 7 janvier 1807
Technique et autres indications :
Titre complet : requête adressée par Adelaïde «négresse libre» de Cayenne à Victor Hughes, commissaire de l’Empereur en Guyane pour l’affranchissement de ses deux petits-enfants. 7 janvier 1807.
Lieu de Conservation : Archives départementales de la Guyane (Cayenne)
Contact copyright : Place Léopold Heder, 97300 Cayenne.
Référence de l'image : AD 973 / L 69

Animation

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  Contexte historique

Les « nouveaux citoyens » de Guyane replongés dans l’esclavage.

L’abolition de l’esclavage, votée par la Convention en 1794 n’a pas touché toutes les colonies héritées de la France d’Ancien régime mais, après Saint-Domingue, l’esclavage a été supprimé effectivement à La Guyane. Son rétablissement par Bonaparte en 1802, signifie pour 10 000 personnes (86% de la population) qui ont expérimenté la liberté et la citoyenneté pendant huit ans, le déni de leur humanité et la réduction de leur statut à celui de « biens meubles ». Les « affranchis et libres de couleur », soit près de 500 anciens esclaves (4% de la population) ayant bénéficié de mesure individuelle avant même la Révolution, voient aussi leur statut remis en cause.

A la Guadeloupe, l’envoi du décret d’abolition permet en 1794 d’organiser la contre-offensive libératrice de l’île, occupée à l’époque par les Anglais. Le sans-culotte Victor Hugues, commissaire de la Convention, met en place une réglementation rigide sur le travail des nègres et le vagabondage qui limite les droits civils des nouveaux libres découlant du texte.

  Analyse des images

Vente d’esclave en 1831

Dans la cour d’une demeure bourgeoise de Paramaribo, une mère et ses deux enfants sont mis aux enchères, suite au décès de leur maître. Fragiles et dénudés, toisés par des regards évaluatifs, ils subissent l’épreuve de la vente. Cette « scène de désolation » saisie par Pierre-Jacques Benoît lors de son voyage en Guyane hollandaise, en 1831, traduit la condition servile dans l’une de ses conséquences les plus inhumaines. C’est dans cette réalité-là que replonge la plus grande partie des habitants de Guyane en 1802.

Loi du 30 Floréal an X

Rétablissant l’esclavage aux colonies, la loi légalise à nouveau la traite pour fournir à celles-ci de nouveaux contingents de captifs amenés d’Afrique.

Esclaves se rendant au travail

Un homme et deux femmes qui transportent sur la tête aussi bien leurs outils encombrants qu’un régime de bananes ont été saisis sur le vif par Benoît avec une ironie bon-enfant, lors de leur départ matinal pour les champs. L’univers que l’artiste découvre en Guyane ne lui paraît pas marqué par une violence excessive ; l’esclavage qu’il considère comme nécessaire économiquement ne contrevient pas à son goût romantique de l’exotisme, du sentiment et de l’attrait pour les « sauvages ». Cependant son dessin ne masque pas cette vie sous la contrainte. Tels devaient apparaître les milliers d’hommes et de femmes asservis au travail agricole, à la même époque, dans la partie française de la Guyane.

Le rétablissement de l’esclavage à eu pour but de « remettre les Noirs à la culture », selon les instructions de Bonaparte. En 1794, la contrainte économique n’avait guère offert aux nouveaux citoyens d’alternative à la condition d’ouvrier agricole, dans le cadre des plantations héritées du système esclavagiste[1]. Les « règlements de culture » leur avaient garanti un salaire, mais leur avait imposé l’assignation à résidence, parfois la réquisition.

Face à la crainte d’une révolte et dans le souci de préserver le potentiel économique de la colonie, Victor Hugues, qui deviendra commissaire impérial en Guyane, tire parti de ces ambiguïtés et met en place un dispositif graduel et différencié. Il instaure une « conscription rurale » qui attache irrévocablement Noirs et Gens de couleur dans les lieux où ils se trouvent (7 décembre 1802). Il assimile ensuite le régime de ces « conscrits » au statut des nouveaux esclaves introduits dans la colonie par les navires de traite, prévenant ainsi toute forme de revendication attachée à l’expérience révolutionnaire (29 mars 1803). Il établit enfin que « les habitants de la Guyane auront la police de leurs ateliers comme avant 1789 » (5 floréal an XI, 25 avril 1803), une régression au Code noir, dans lequel l’atelier désignait l’ensemble des esclaves d’une plantation.

Les Noirs et Gens de couleur, libres selon les dispositions antérieures à la Révolution, doivent produire leur acte d’affranchissement individuel dans un délai d’un mois, faute de quoi ils sont intégrés dans la « conscription des quartiers ». En revanche, à ceux qui ont été libérés collectivement en 1794, on octroie la possibilité de se racheter, notamment sous condition de détenir une propriété. Même pour les hommes engagés sous les drapeaux, si 200 resteront militaires et obtiendront leur affranchissement au bout de huit ans de service, à condition de se réengager pour une durée équivalente, les autres seront voués à la conscription rurale.

Une requête d’affranchissement de deux enfants présentée par leur grand-mère

S’appuyant sur le seul recours légal proposé, Adélaïde, libre de Cayenne, âgée de cinquante-neuf ans, obtient ainsi la liberté de sa petite-fille, Eriphile, quinze ans, et de son petit-fils, Joseph, neuf ans, devenus orphelins de leur mère. Elle s’acquitte d’une taxe de 1000 Francs, payée au Domaine impérial, en sus du rachat effectué auprès du maître (le prix moyen d’un esclave de traite est alors de 1280 Francs). Les liens familiaux créent ainsi des réseaux de solidarité.

Des hommes et des femmes sollicitent alors leur affranchissement en arguant de leur nouveau statut : cultivateur, « matelot sur les vaisseaux de la République », « rempailleur au cabinet d'histoire naturelle de la colonie », « maître pêcheur à Cayenne », « gendarme à pied dans la milice »... Autant de courtes mentions qui dans les requêtes adressées au Gouvernement, dessinent la variété des nouveaux destins qu’ils se sont construits pendant le bref « temps de la liberté des Noirs », où la guerre de course menée dans la Caraïbe contre l’Angleterre ainsi que la création d’une administration départementale dans la colonie par la Constitution de l’an III leur ont ouvert des débouchés.

Jusqu’en 1809, fin du gouvernement de Victor Hugues, environ 400 personnes échappent à l’esclavage par le biais de l’affranchissement.

  Interprétation

Victor Hugues se félicite d’avoir, en un an, garanti « le passage, du désordre à l’esclavage, de 4000 Noirs disséminés sur 120 lieues de côte, dans un pays où il n’y a que 500 Blancs, en sus des 350 hommes de garnison » dans une lettre au ministre de la Marine et des colonies du 8 décembre 1803. La mise en place d’une juridiction d’exception pour punir tout acte de révolte ainsi que les renforts demandés pour la milice locale n’empêchent pas 2 à 3000 personnes de fuir dans la forêt, où beaucoup finissent exterminés, lors d’expéditions répressives menées jusqu’en 1808 contre cette forme redoutée de « grand marronnage ».

L’esclavage est définitivement aboli en 1848 en Guyane française, et en 1863 en Guyane hollandaise.

Auteur : Françoise LEMAIRE


Notes

« L’esclave, au moment qu’il cesse de l’être, n’a de propriété que sa personne. De la nécessité de se procurer immédiatement sa subsistance, naît pour lui celle d’échanger son travail contre les objets de ses besoins », selon la proclamation de Jeannet-Oudin, commissaire de la Convention à Cayenne, du 16 juin 1794.


Bibliographie

  • Yves BENOT, La Guyane sous la Révolution française ou l’impasse de la révolution pacifique, Ibis rouge éditions, Kourou (Guyane), 1997.
  • Ciro Flammarion CARDOSO, La Guyane française, aspect économiques et sociaux (1715-1817). Contribution à l’étude des sociétés esclavagistes d’Amérique, Ibis Rouge éditions, 1999.
  • Frédéric REGENT, Victor Hugues, de la Guadeloupe à la Guyane, de l’abolition au rétablissement de l’esclavage, dans Mam Lam Fouck (S), L’histoire de la Guyane depuis les civilisations amérindiennes, Ibis Rouge éditions, Matoury (Guyane) 2006.
  • Guide des sources de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, Direction des Archives de France, La documentation française, Paris, 2007.

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