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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Extrait d'une lettre de Sévère Hérault adressée à sa soeur, Léonice. Extrait d'une lettre de Sévère Hérault adressée à sa soeur, Léonice.
Manière dont combattent les Nègres, entre les buissons. Manière dont combattent les Nègres, entre les buissons.
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Marche à travers un marais de la Guiane. [Tardieu l'aîné d'après William Blake]

© Archives départementales de la Martinique

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Titre : Marche à travers un marais de la Guiane. [Tardieu l'aîné d'après William Blake]

Technique et autres indications : Eau forte. Copie de Tardieu l'aîné d'une gravure de William Blake.
Extrait de la traduction française Voyage à Surinam et dans l'intérieur de la Guyane... par le capitaine J. G. Stedman, parue à paris, chez F. Buisson, an VII -1798-1799. Pl. 32.
Lieu de Conservation : Archives départementales de la Martinique (Fort-de-France) ; site web
Contact copyright : B.P. 679, 97263 Fort-de-France Cedex. 19 avenue Saint-John-Perse. ; site web
Référence de l'image : Rés. 4° 2.

Nègre suspendu vivant par les côtes. [Tardieu l'aîné d'après William Blake]

© Archives départementales de la Martinique

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Titre : Nègre suspendu vivant par les côtes. [Tardieu l'aîné d'après William Blake]

Technique et autres indications : Eau forte. Copie de Tardieu l'aîné d'une gravure de William Blake.
Extrait de la traduction française Voyage à Surinam et dans l'intérieur de la Guyane... par le capitaine J. G. Stedman, parue à paris, chez F. Buisson, an VII -1798-1799. Pl. 9.
Lieu de Conservation : Archives départementales de la Martinique (Fort-de-France) ; site web
Contact copyright : B.P. 679, 97263 Fort-de-France Cedex. 19 avenue Saint-John-Perse. ; site web
Référence de l'image : Rés. 4° 2.

Extrait d'une lettre de Sévère Hérault adressée à sa soeur, Léonice.

© Archives départementales de Loire-Atlantique

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Titre : Extrait d'une lettre de Sévère Hérault adressée à sa soeur, Léonice.

Transcription

Date de création : 1809
Technique et autres indications : Extrait d'une lettre de Sévère Hérault (Nantes, 1780-Guyane, 1827), économe de la plantation le Mont-Plaisant et membre de la milice de Cayenne, adressée à sa soeur, Léonice.
Lieu de Conservation : Archives départementales de Loire-Atlantique (Nantes) ; site web
Contact copyright : 6 rue de Bouillé / BP 23505, 44035 Nantes cedex 1 ; site web
Référence de l'image : FR AD44 / J27

Manière dont combattent les Nègres, entre les buissons.

© Archives départementales de la Martinique

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Titre : Manière dont combattent les Nègres, entre les buissons.

Technique et autres indications : Eau forte. Gravure de Tardieu.
Extrait de la traduction française Voyage à Surinam et dans l'intérieur de la Guyane... par le capitaine J. G. Stedman, parue à paris, chez F. Buisson, an VII -1798-1799. Pl. 31.
Lieu de Conservation : Archives départementales de la Martinique (Fort-de-France) ; site web
Contact copyright : B.P. 679, 97263 Fort-de-France Cedex. 19 avenue Saint-John-Perse. ; site web
Référence de l'image : Rés. 4° 2.

Animation

  Contexte historique

La région des Guyanes, et particulièrement la colonie hollandaise qui rassemble près de 50 000 esclaves, se caractérise par des révoltes incessantes et de grande ampleur. Mis en échec, le Gouvernement de Surinam a pour seule solution de conclure des traités reconnaissant comme peuples libres deux groupes d’esclaves rebelles, les Njuka (1760) et Saramaka (1762) qui s’établissent au-delà de la zone de colonisation. Sur le territoire français voisin, où ces événements ne sont pas sans répercussion, les esclaves bien moins nombreux se constituent aussi en bande pour fuir les plantations, créer de petites sociétés indépendantes et lutter contre la répression qui s’abat sur eux. Le phénomène du « grand marronnage » représente la remise en cause la plus radicale que les esclaves opposent au système esclavagiste qui fonde l’existence même de ces colonies.

De 1765 à 1793, un nouvel épisode de révolte oppose, dans la Cottica, un groupe de rebelles, conduits par le fugitif Boni, à un corps de 800 volontaires européens, appuyés par une troupe d’élite regroupant des esclaves auxquels on a promis l’affranchissement. A l’issue de ces opérations, les rebelles survivants prennent collectivement le nom de leur chef Boni et cherchent refuge en Guyane française où ils sont refusés à diverses reprises par les autorités (1776, 1837 et 1841). Ils sont reconnu à leur tour comme peuple libre par les deux colonies, en 1860.

  Analyse des images

Marche à travers un marais de Guyane

Des soldats hollandais s’avancent, pris au piège des marécages, indécis sur la direction à prendre et redoutant l’attaque d’un ennemi invisible. Ils poursuivent, en Guyane hollandaise, les marrons, esclaves révoltés constitués en bandes, qui attaquent et détruisent les établissements coloniaux. Les fusils, les bras et les mains des soldats s’entrecroisent en lignes parallèles. Les regards égarés divergent sous la pluie oblique qui tombe d’une masse nuageuse menaçante. Embourbée dans ce marais équatorial inconnu, la troupe est prise sous le feu des marrons dissimulés dans le haut des palmiers, comme de fantastiques insectes.

L’image est issue du récit des cinq années de guerre en Guyane publié en 1796 à Londres par John Gabriel Stedman, vétéran du corps de 800 hommes expédiés par le Stathouder de Hollande, en 1774. A partir d’une aquarelle de Stedman, le célèbre William Blake, poète, peintre et graveur anglais, imagine la guérilla dans les bois. Fervent partisan de l’abolition de la traite des Noirs et de l’esclavage, il est sensible à la lutte incessante des marrons pour la liberté.

Le cadrage rapproché du premier plan plonge le lecteur dans le vécu des militaires en campagne. Le profil brutal du colonel, tendu vers un invisible but, s’oppose à l’expression énigmatique du jeune chasseur noir, chargé de vérifier la hauteur d’eau du marais à la nage, en tête de la colonne. Les militaires utilisent souvent d’anciens marrons pour les guider en terrain inconnu et hostile, en échange d’une promesse de liberté. Derrière, comme le porteur noir, officiers et soldats de marine tiennent leurs armes et munitions sur la tête. Ils n’auront, quoi qu’il arrive, qu’un seul coup de fusil à tirer car, enfoncés dans l’eau, ils ne pourront recharger leur arme sans mouiller la platine. La baïonnette sera l’ultime recours.

Nègre suspendu vivant, par les côtes

Les autres eaux-fortes que Blake compose pour ce livre, révèlent, avec un réalisme sans précédent, les persécutions subies par les Noirs et les rapports entre maîtres et esclaves en Guyane hollandaise. La plus célèbre figure l’un des chefs des révoltés qui, suspendu vivant à une potence par les côtes, au moyen d’un crochet attaché à une chaîne, mit trois jours à mourir. Les cranes et os épars évoquent l’horreur du lieu d’exécution tandis que le bateau au large suggère la traite. A l’encontre de l’appréciation générale de laideur des Noirs, Blake les montrent tous d’une grande beauté. Originales ou copiées, comme ici pour la traduction française, ses images d’un modernisme visionnaire servent la cause de l’abolition.

Une battue contre les villages marrons de Simon Frossard en Guyane française

En 1809, Simon Frossard, ancien esclave devenu « marron » depuis plus de cinquante ans, a réussi à maintenir en vie une petite communauté de fugitifs, renforcée par les cultivateurs qui ont voulu échapper au rétablissement de l’esclavage en Guyane en 1802. Ayant appris à survivre dans l’environnement amazonien en adoptant le mode de vie des Amérindiens, pratiquant parfois vols et razzias dans les plantations, près de deux cents personnes, qui s’astreignent aussi à une rude discipline pour préserver le secret de leur existence. Avec des chefs expérimentés, ils ont créé des villages discrets à un peu plus de cinquante kilomètres du littoral : Jolie Terre commandé par Simon ; Couleuvre, commandé par Charlemagne, Berthier et Léveillé-Terrasson ; Sainte-Elisabeth, commandé par Georges « créole des Bois » et Paulin, commandé par ce même Paulin... C’est alors que la milice de Cayenne, chargée de la répression du grand marronnage et forte de 80 hommes armés, est lancée à leur poursuite. Sévère Hérault qui s’y trouve enrôlé décrit cette campagne dans plusieurs de ses lettres adressées à sa sœur : villages saccagés, cases incendiés, marrons poursuivis et achevés dans les bois, jusqu’à la capture de Simon Frossard dont la tête est ramenée à Cayenne pour y être exposée.

Manière dont combattent les Nègres, entre les Buissons

« Connaissant parfaitement les bois et toutes les rivières qu’on y trouve, il [Simon Frossard] ne s’égarait jamais et était toujours sûr de nous rencontrer dans les passages étroits et presque impraticables : c’était là que nous courions des risques extrêmes et que nous recevions des fusillades qui nous tuaient ou blessaient presque toujours quelqu’un. Aussitôt leur décharge faite, les brigands s’enfuyaient en poussant des cris de joie. Nous ripostions, mais sur qui ? Nous ne voyions personne. A vingt pas plus loin, nos coquins étaient encore embusqués et cachés dans d’épaisses broussailles et nous recevaient comme auparavant. C’est ainsi qu’ils faisaient la guerre. Malheur à celui qui eût tombé entre leurs mains, il eût été infailliblement massacré. »

Comme John Stedman, Sévère Hérault est frappé par les techniques de combat des marrons qui prennent toute leur efficacité dans le relief abrupt et sous le couvert forestier de la Guyane.

  Interprétation

Le grand marronnage a eu pour conséquence durable de générer dans la région des Guyanes de nouveaux peuples, nés d’un refus de l’esclavage et qui constituent encore aujourd’hui des groupes porteurs d’une identité culturelle forte et originale. La mémoire de cette résistance des « Premiers Temps », portée par la tradition orale, en est l’une des expressions les plus marquantes.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS et Françoise LEMAIRE


Transcription - Extrait d'une lettre de Sévère Hérault adressée à sa soeur, Léonice.

Transcription

Producteur : Sévère Hérault (Nantes, 1780- Guyane, 1827) Fils d’un notaire de Nantes. Marin et commis de boutique, s’embarque en 1805 pour la Guyane où il est successivement économe de la plantation Mont-Plaisant (quartier de Montsinéry), employé à la douane de Cayenne, pharmacien chef de l’hôpital militaire. Possède des intérêts dans la plantation Malgré-Tout (quartier d’Oyac). Enrôlé dans la milice blanche de Cayenne, participe avec un détachement de 80 hommes (1808) à la destruction d’établissements de marrons à 60 lieues de Cayennes.

Publication : Debien (Gabriel) : Un nantais à la chasse aux marrons en Guyane (octobtre-décembre 1808) Enquêtes et documents, centre de recherche sur l’histoire de la France atlantique, Nantes : université de Nantes, 1971.

[P.9 ]

« Le chef principal de toute la cohorte se nommait Simon, vieux nègre décrépit qui avait appartenu à un habitant nommé Frossart, qui était dans le bois depuis plus de cinquante ans. Ce vieux scélérat est celui de tous qui nous a fait le plus de mal, ayant tué ou blessé de sa main dix ou douze hommes, tant des détachements que des habitations. Connaissant parfaitement les bois et toutes les rivières qu’on y trouve, il ne s’égarait jamais et était toujours sûr de nous rencontrer dans les passages étroits et presque impraticables : c’était là que nous courions des risques extrêmes et que nous recevions des fusillades qui nous tuaient ou blessaient presque toujours quelqu’un. Aussitôt leur décharge faite, les brigands s’enfuyaient en poussant des cris de joie. Nous ripostions, mais sur qui ? Nous ne voyions personne. A vingt pas plus loin, nos coquins étaient encore embusqués et cachés dans d’épaisses broussailles et nous recevaient comme auparavant. C’est ainsi qu’ils faisaient la guerre. Malheur à celui qui eût tombé entre leurs mains, il eût été infailliblement massacré. Le vieux Simon Frossard a enfin expié ses crimes. Il a été pris après avoir été dangereusement blessé de plusieurs coups de fusil ; et comme on craignait qu’il n’eût été repris par ses camarades qui l’avaient en grande vénération ou qu’il ne mourût de ses blessures, on l’a provisoirement dépêché a grands coups de sabre, genre de mort un peu cruel mais encore trop doux pour un scélérat comme Simon Frossard. Sa tête fut coupée et apportée à Cayenne où elle a été très longtemps exposée aux regards de tous les nègres comme un épouvantail. Tous les principaux chefs Georges, Charlemagne, Evariste, Cupidon, etc... ont subi à peu près le même sort de sorte qu’il ne reste plus que quelques fugitifs épars et sans ressource... A l’époque où j’ai été envoyé en détachement, les nègres du grand-bois étaient divisés en quatre bandes qui formaient autant d’établissements principaux, lesquels étaient tous éloignés les uns des autres d’environ trois lieues. Les nègres de ces différents établissements communiquaient entre eux par de petits sentiers forts étroits et paraissant à peine sur le feuilles sèches qui recouvrent la terre. Les autres établissements étaient : Jolie Terre où commandait Simon Frossard, Couleuvre commandé par Charlemagne, Berthier et Léveillé-Terrasson (c’était là qu’était notre camp général ainsi que le capitaine de notre détachement) Sainte-Elisabeth commandé par Georges, créole du bois, et l’établissement Paulin commandé par ce même Paulin qui appartenait à M. Ménard père et qui s’était enfui depuis quatre ans avec toute sa famille. Outre ces quatre grandes peuplades, il y avait encore Biche, dépendant de Jolie Terre, Trace Cochon dépendant de Couleuvre, Trois-Cassaves dépendant de Sainte-Elisabeth, l’abattis Gervais, Misère, Par Force et cinq ou six autres. Tous ces établissements étaient faits depuis quatre ou cinq années seulement. Les nègres marrons en avaient abandonné plusieurs autres considérables qu’on avait découverts à force de battre les bois et ravager comme nous l’avons fait à Jolie Terre, à Couleuvre et partout ailleurs (...).

Documents originaux :
AD44 : fonds Bizeul, J27.
Lettres de Sévère Hérault à sa soeur Léonice.


Bibliographie

  • Gabriel DEBIEN, Un Nantais à la chasse aux marrons en Guyane, octobre-décembre 1808, Extrait de Enquêtes et documents. Vol. 1., Nantes, Publications du Centre de recherches sur l'histoire de la France atlantique, 1971.
  • Richard PRICE et Sally PRICE, Les Marrons, Chateauneuf-le-Rouge, Vents d’ailleurs, 2003.
  • John GABRIEL, Richard PRICE et Sally PRICE, Stedman's Surinam: Life in an Eighteenth-Century Slave Society., The Hispanic American Historical Review, Vol. 73, No. 3 (Aug., 1993), pp. 511-513.
  • John Gabriel STEDMAN, Voyage à Surinam et dans l'intérieur de la Guyane... par le capitaine J. G. Stedman. Traduit de l'anglais par P.-F. Henry. Suivi du tableau de la colonie française de Cayenne [par Daniel Lescallier, Paris, F. Buisson, an VII /1798-1799. ( 3 vol. in-8 °+ 2 Atlas. In-4° ).
  • Guide des sources de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, Direction des Archives de France, La documentation française, Paris, 2007.

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