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Petites dentellières.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona / M. El Garby

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Titre : Petites dentellières.

Auteur : Mary Lancaster LUCAS
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Exposé au Salon des Artistes Français de 1907
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-008832 / VZD4104

Manufacture de tabac - Hazerville.

© Photo RMN-Grand Palais - J. G. Berizzi © Wickes Hine Lewis

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Titre : Manufacture de tabac - Hazerville.

Auteur : Lewis Wickes HINE (1874-1940)
Dimensions : Hauteur 12.5 cm - Largeur 17.7 cm
Technique et autres indications : Epreuve argentique.
Série Etudes sociales .
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 03-010576 / PHO1986-84

  Contexte historique

En France, jusqu’aux années 1820, le travail des enfants, qui aident les adultes dans leurs tâches agricoles ou artisanales, ne fait pas débat. Mais la révolution industrielle entraîne des modifications profondes. Des petits garçons et des fillettes âgés de six à huit ans sont envoyés, loin de leur domicile, gagner un salaire dérisoire dans des ateliers dangereux, à des postes nécessitant plus d'adresse que de force.
Cette misère sociale d’un type nouveau attire l'attention des élites et aboutit à des réglementations successives du travail juvénile dans les manufactures. Comme ces lois peinent à être appliquées, des artistes de renom se relaient, jusqu’aux lendemains de la Première Guerre mondiale, pour dénoncer les méfaits d’un travail précoce. Si Victor Hugo (Melancholia) ou Daudet (Jack), le font par des mots, d’autres témoignent par des images, à l’instar du photographe américain Lewis Wikes Hine dont la devise était : « Laissez les enfants être des enfants ».

  Analyse des images

L’atelier de dentelles peint sur toile et la manufacture de tabac fixée sur pellicule argentique présentent d’évidentes différences 
- Les dentellières travaillent dans un espace très propre, sans aucune poussière sur le plancher. La pièce possède un semblant de décor, exprimé notamment par la présence d’un géranium sur le rebord de la fenêtre. Les jeunes filles ne sont pas livrées à elles-mêmes mais sont placées sous la responsabilité d’une adulte, même si la formatrice (ou béate) semble se désintéresser de ses apprenties puisque la plus jeune, installée au fond à gauche du cadre, doit regarder sur sa voisine pour comprendre le point ou le motif. ;
- Le baraquement où l’on prépare le tabac est poussiéreux et mal aéré. On y devine les risques sanitaires et les effets toxiques liés à la manipulation de plants contenant de la nicotine.

Par delà les contrastes, les deux lieux offrent pourtant des analogies : ils sont mal éclairés et les fillettes, âgées au plus d’une dizaine d’années, s’abîment les yeux sur les aiguilles comme sur les pédoncules des feuilles de tabac. Les recherches sur la ventilation et la lumière, pourtant engagés en France depuis 1857 par le bureau de l’industrie du ministère du Commerce, n’ont pas porté leurs fruits.
Dans un local comme dans l’autre, le corps des jeunes ouvrières est malmené. Les écoteuses de tabac travaillent debout, immobiles devant des tables trop hautes pour elles, nécessitant de soulever continuellement les épaules et les coudes ; les dentellières sont assises sur des sièges sans dossiers, pour la plupart des tabourets trop bas pour pouvoir déplier les jambes.

  Interprétation

Ces fillettes ne sont certes pas confortablement installées. Toutefois, contrairement à beaucoup de jeunes ouvriers, elles ne travaillent pas dans des ateliers dangereux, exigus et remplis de machines géantes. Dans d’autres secteurs, comme la sidérurgie ou le textile, les enfants, payés aux pièces, pour ne pas perdre de temps, procèdent au nettoyage des métiers en mouvement. Ils huilent, graissent, ajustent, resserrent les écrous sans arrêter le moteur et, s'ils font un faux mouvement, se prennent le bras dans les rouages des machines.
Tout au long du XIXe siècle, le travail précoce des enfants, malmenés dans des locaux insalubres et victimes de fréquents accidents entraîne non seulement des maladies professionnelles et des invalidités mais des malformations. Le conseil de révision, dans les régions les plus fortement industrialisées de France sera, certaines années, obligé d’écarter jusqu'à neuf conscrits sur dix et de ramener la taille réglementaire des appelés à 1mètre 60 au lieu d' 1mètre 65.
Cette condition faite aux jeunes ouvriers émeut, dès la monarchie de Juillet, les médecins et les enquêteurs sociaux qui reprochent aux industriels de sacrifier l’avenir au présent, de donner au pays une génération considérablement dégradée au moral comme au physique. Ces dénonciations seront déterminantes dans le vote de la loi du 22 mars 1841, qui interdit d’employer des enfants de moins de huit ans dans les manufactures, usines, ateliers et fabriques de plus de vingt salariés, limite le nombre d'heures de travail journalier et impose une assiduité scolaire jusqu’à douze ans.
Hélas, cette loi, qui ne concerne pourtant qu’un petit nombre d’établissements car la France reste très artisanale, s’avère inefficace : les patrons limitent volontairement à 18 ou 19 leur personnel et donnant de l'ouvrage à domicile aux autres ouvriers, les inspecteurs du travail sont trop peu nombreux, beaucoup de recruteurs falsifient, avec la complicité des parents les plus démunis, les dates de naissance sur les livrets ouvriers, l’école et la formation professionnelle sont peu satisfaisantes malgré la promulgation, en mars 1851, d’une loi sur l’apprentissage.
Les lois de mai 1874 et de mars 1882 arrivent par contre à point nommé. Comme le pays se trouve dans une phase de récession économique, la limitation de l’embauche des enfants, tenus de fréquenter l’école jusqu’à treize ans révolus, arrange les manufacturiers qui procèdent ainsi à des licenciements déguisés. Mais, dans certains secteurs comme la verrerie et la dentellerie, où l’apprentissage se fait sur le tas, les dispositions législatives sur l’emploi des enfants seront rarement respectées. Elles ne le seront évidemment plus nulle part durant la Grande Guerre, quand les femmes et les enfants devront remplacer les hommes mobilisés.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Bibliographie

  • Emmanuel LE ROY LADURIE, « Les réformés du contingent » in Le Territoire de l'historien, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1973 (rééd. Tel, 1975).
  • Pierre PIERRARD, Enfants et jeunes ouvriers en France (XIXe-XXe siècles), Paris éd. Ouvrières, 1974 (rééd. 1987).
  • Jean SANDRIN, Enfants trouvés, enfants ouvriers (17e-19e siècles), Paris, Aubier, coll. « Floréal », 1982, 255 p.
  • Louis-René VILLERME, Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, Paris, Renouard, 1840, 2 t. de 281 p. et 228 p (Rééd. U.G.E. 10/18, Paris, 1971, 316 p. ; rééd. par Jean-Pierre Chaline et Francis Demier, Paris, EDI, 1990).
  • Louis-René VILLERME, « Sur la durée trop longue du travail des enfants dans beaucoup de manufactures  », Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. 18, 1e série, 1837, pp. 164-176.

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