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Louis Edouard Paul BRINDEAU DE JARNY.
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Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

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Titre : Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix.

Auteur : Jean BERAUD (1849-1935)
Date de création : 1906
Date représentée : 1906
Dimensions : Hauteur 42 cm - Largeur 55 cm
Technique et autres indications : Huile sur bois.
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-010709 / P1662

Atelier de couture de chez Drecoll.

© Photo RMN-Grand Palais - F. Vizzavona / M. El Garby

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Titre : Atelier de couture de chez Drecoll.

Auteur : Louis Edouard Paul BRINDEAU DE JARNY (1867-1943)
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Tableau exposé au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts de 1912.
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 97-005600 / VZD1283

  Contexte historique

C’est sous le règne de l’impératrice Eugénie que naît le concept de haute couture, avec un nouveau protagoniste : le grand couturier. Jusqu’alors, les couturiers étaient des personnes de condition modeste – des femmes, en général –, qui se déplaçaient pour aller travailler chez leurs clients. Une innovation importante apparaît avec l’apparition des hommes dans l’industrie de la mode. Bien que d’origine anglaise, Charles Frédéric Worth devient en dix ans le grand initiateur des modes parisiennes et transforme entièrement l’image du couturier. Véritable père de la haute couture, il invente les défilés, les femmes mannequins, il stimule la fabrication de tissus et d’ornements qui personnalisent une toilette. Worth a ainsi promu le couturier au rang d’artiste à part entière. Pour Mallarmé, Worth est « l’ordonnateur de la fête sublime et quotidienne de Paris, de Vienne, de Londres ou de Pétersbourg ».

Les couturières indépendantes ont pourtant encore de beaux jours devant elles et deviennent innombrables. Mais leur carrière est menacée d’un autre côté par l’industrie de la confection, qui transforme toutes les habitudes. Le besoin de paraître rejoint les nécessités vitales de la classe artisanale. Les femmes qui tiennent commerce de mode de luxe gagnent leur vie en encourageant les caprices vestimentaires coûteux et les changements de style fréquents. Mais en même temps, elles sont nombreuses à coudre pour un salaire de misère, tandis que la créativité investie dans la haute couture renforce une stratification esthétique de classe.

  Analyse des images

Les deux œuvres mettent en scène deux célèbres ateliers de la Belle Époque, dirigés par les couturiers Paquin et Drecoll.

Beaucoup de peintres impressionnistes fuient Paris et sa turbulence pour la campagne. Pour sa part, Jean Béraud s’emploie à capter la vitalité de la vie urbaine comme dans cette Sortie des ouvrières de la maison Paquin, rue de la Paix. Au fond, la place Vendôme confirme le prestige de l’établissement. De droite à gauche, le peintre croque sur le vif différentes scènes qui animent la rue : certaines femmes s’attardent sur le trottoir pour se dire au revoir ou attendre leur amant, d’autres s’éparpillent sur la chaussée. Pour la plupart, les ouvrières sont habillées selon la même mode et portent en quelque sorte le même uniforme. La silhouette en S continue d’être la règle, mais la ligne de l’époque se veut fluide. Sur l’arrière, la jupe s’allonge d’une courte traîne. La finesse de la taille met les hanches en valeur, le buste reste cambré, et la poitrine est remontée pour pigeonner tout en s’aplatissant dans cette recherche de fluidité. Les corsages montent très haut sur le cou que cache parfois un boa de plumes. Toutes portent chapeau et sac à main. Les détails et les couleurs de ces tenues sophistiquées diffèrent toutefois de l’une à l’autre. Ces ouvrières sont bien dignes de la prestigieuse maison pour laquelle elles travaillent.

Dans son tableau Atelier de couture de chez Drecoll, Louis Édouard Brindeau de Jarny a quant à lui choisi de montrer des couturières absorbées dans leur travail plutôt qu’offertes au regard. Et ces femmes ne sont pas les petites-bourgeoises employées par la maison Paquin, mais des ouvrières en tablier. Le peintre réussit à fixer dans le même cadre différentes étapes du travail. Une maison de couture, c’est d’abord une hiérarchie de tâches et une discipline de corps de ballet : en bas de l’échelle, des « arpettes » (apprenties) placent les épingles. Puis interviennent les premières mains qualifiées, les deuxièmes mains, les essayeuses, les premières et les deuxièmes vendeuses… Enfin, à côté du créateur phare, la directrice, qui a autorité sur toute la ruche.

D’un côté des « ouvrières » qui n’en ont pas l’air ; de l’autre, des « ouvrières » dont on ne dit pas le nom.

  Interprétation

Si la couture est synonyme de travail féminin au XVIIIe siècle, c’est encore vrai au XIXe siècle. Sa prédominance parmi les métiers exercés par les femmes est importante. La couture se développe en même temps que l’industrie de la confection, de la chaussure et du cuir, apportant une situation stable à certaines femmes et une ultime ressource à d’autres. Le commerce des vêtements procure des emplois à différents niveaux d’aptitude et de salaire, bien que la plupart d’entre eux aient été irréguliers et mal payés.

Les travaux d’aiguille passent pour une activité convenant aux femmes de tous âges et de toutes classes ; ils permettent de réconcilier la destinée domestique avec la fierté du travail et le désir d’expression de soi. Beaucoup plus associée au sexe qu’au milieu social, la couture donne ainsi une image du travail des femmes qui évite toute controverse sur les différences sociales et économiques comme sur le travail industriel, privilégiant un modèle consensuel.

Beaucoup de villes du XXe siècle, et aujourd’hui encore, sont des centres de sous-traitance où les femmes sont payées aux pièces dans l’industrie de la confection comme au XVIIIe siècle dans le travail à domicile et au XIXe siècle dans les ateliers. Dans le secteur de l’habillement, la continuité, et non le changement, caractérise le lieu et la structure du travail des femmes. Les métiers du vêtement donnent ainsi un exemple frappant de persistance des pratiques.

Auteur : Julien NEUTRES


Bibliographie

  • Geneviève FRAISSE et Michelle PERROT (dir.), Histoire des femmes en Occident, tome IV, « Le XIXe siècle », Paris, Plon, 1991.
  • François-Marie GRAU, Histoire du costume, Paris, P.U.F., 1999.
  • James LAVER, Histoire de la mode et du costume, Paris, Thames & Hudson, 2003.
  • Georges VIGARELLO, Histoire de la beauté, Paris, Le Seuil, 2004.

Commentaires

Etude pertinente.
Vérouille Rouxy
Par Vérouille Rouxy le 10/11/12 à 10h51 (sur facebook) - #1032

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