© Cliché Bibliothèque Nationale de France
Titre : Montmartre : Moulin de la Galette.
Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1899
Date représentée : 1899
Dimensions : Hauteur 16.6 cm - Largeur 21.7 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web
© Cliché Bibliothèque Nationale de France
Titre : Montmartre : rue Cortot.
Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1899
Date représentée : 1899
Dimensions : Hauteur 21.4 cm - Largeur 17.3 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web
© Cliché Bibliothèque Nationale de France
Titre : Montmartre : rue Saint-Vincent.
Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1900
Date représentée : 1900
Dimensions : Hauteur 17 cm - Largeur 21.3 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web
© Cliché Bibliothèque Nationale de France
Titre : Montmartre : place du Tertre et rue Norvins.
Auteur : Eugène ATGET (1857-1927)
Date de création : 1900
Date représentée : 1900
Dimensions : Hauteur 17 cm - Largeur 21.2 cm
Technique et autres indications : Photographie positive sur papier albuminé d'après négatif sur verre au gélatinobromure
Lieu de Conservation : Bibliothèque nationale de France (Paris) ; site web
Une ville transformée
Avec les travaux d’urbanisme du second Empire, le visage de Paris se modifie profondément : pour construire les infrastructures nécessaires à une capitale européenne moderne (gares, halles, parcs, voirie, canaux, égouts, adductions d’eau…) des quartiers entiers sont démolis ou considérablement remaniés. Les grands boulevards percent un tissu urbain dense de demeures imbriquées et de petites ruelles ; les immeubles haussmanniens remplacent les vieilles habitations ; les parcs réintroduisent des espaces verts dans la ville ; les rues étroites et sombres en terre encombrées d’immondices s’effacent au profit d’avenues pavées et arborées propices à la promenade et éclairée la nuit…
De telles transformations ont des conséquences sur les modes de vie même des Parisiens et sur le type de population résidant à Paris. Tandis que les plus pauvres se trouvent repoussés à la périphérie, dans les faubourgs, la culture communautaire parisienne disparaît.
Quelques quartiers conservent néanmoins la physionomie du vieux Paris. La butte Montmartre, notamment, non remaniée par les grands chantiers de la seconde moitié du 19e siècle, à l’exception de l’ensemble monumental du Sacré-Cœur, possède alors un aspect particulier, à la fois citadin, provincial et rural.
Un quartier provincial et rural
Les photographies du 18e arrondissement prises par Atget au tournant du 20e siècle, témoignent bien de la spécificité de l’environnement montmartrois à cette époque. Peu d’éléments permettent de reconnaître, sur ces clichés, la capitale de la modernité que les écrivains célèbrent et que d’autres photographes, comme Marville, immortalisent. Montmartre garde les rues étroites, les maisons et les immeubles modestes, les petites places qui font la particularité du Paris pré-haussmannien.
Ces images restituent également l‘atmosphère villageoise du site : certaines rues sont encore en terre, comme la rue Saint Vincent ; des palissades, des murs délimitent de petits jardins ; les habitations à deux ou trois étages ont un caractère rural ; la place du Tertre, selon Pierre Mac Orlan, ressemble « à une place de petite ville de province ». Celle-ci, bordée de demeures humbles et de petits commerces, non pavée, accueillant les marchands ambulants sous ses rangées d’arbres, ne possède en effet aucune des caractéristiques d’un grand centre urbain.
Des signes d’une activité agricole étaient encore visibles sur la pente nord de la butte où se côtoient, selon un aménagement quelque peu anarchique, des moulins, des champs, des petits jardins cultivés. Les terrains vagues à l’arrière du Moulin de la Galette, les chemins de terre, les palissades irrégulières enserrant vergers et potagers, confèrent à Montmartre une apparence champêtre, bien éloignée de l’urbanisme parisien. L’un des clichés accentue d’ailleurs la présence de la nature dans le quartier : pris sous l’ombre d’arbres, il joue exceptionnellement de la lumière du soleil et donne ainsi l’impression d’une atmosphère boisée, comme si ce quartier était envahi par la végétation.
Montmartre, une enclave dans Paris
A la lisière de Paris, entre campagne cultivée et friche, Montmartre était un lieu favorable à la préservation de manières traditionnelles de vivre et d’occuper l’espace public. Une culture communautaire populaire subsistait, dans laquelle le quartier, la rue, faisaient à la fois office de lieu de travail et de délassement. La vie quotidienne s’y déroulait autant à l’extérieur qu’à l’intérieur favorisant les échanges et la sociabilité collective.
Des traditions d’autosubsistances paysannes et ouvrières anciennes semblent également avoir été poursuivies. La présence de petits champs, de jardins cultivés et aménagés, sur la butte Montmartre pourrait signifier la persistance d’une existence en partie autarcique : les menues cultures, qui étaient associées à l’élevage de quelques animaux domestiques, étaient sans doute dédiés à la consommation familiale.
Il n’est donc pas étonnant qu’Atget ait photographié la butte Montmartre et que ses clichés reflètent bien l’atmosphère particulière qui y régnait : il y retrouvait le Paris pittoresque et la vie de quartier populaire qu’il recherchait. Celui-ci s’attachait en effet à décrire, selon une démarche documentaire, ce qui restait de l’ancienne morphologie de Paris et les activités en voie de disparition qui s’y déroulaient. Deux des albums qu’il réalisa, Les petits métiers de Paris et Vie et métiers à Paris, dépeignent notamment les mécanismes d’appropriation de l’espace public à travers des scènes de la vie quotidienne et des usages professionnels de la rue. Ses clichés du XVIIIe arrondissement s’attachent essentiellement aux bâtiments, d’où le choix d’un cadrage large, prenant le point de vue du piéton, qui exprime au mieux la sensation architecturale, et d’une luminosité diffuse, peu contrastée. Celle-ci n’élimine pas les détails et autorise un rendu précis qui correspond à la qualité de document qu’Atget conférait à ses images. Il montrait alors une ville à l’opposé de l’urbanisme moderne, hygiéniste et grandiose mis en place par le second Empire, un cadre urbain et un milieu social encore préservés des bouleversements engendrés par la seconde révolution industrielle, ce qu’était précisément Montmartre à l’aube du XXe siècle.
Il faut cependant nuancer cette image nostalgique. Comme toute photographie, ses prises de vue sont conditionnées par un regard qui sélectionne ce qu’il veut montrer. Ainsi, le XVIII e arrondissement, secteur à la périphérie de Paris, proche des usines de la banlieue nord, était concerné par l’afflux migratoire ouvrier et la misère qui en résultait, phénomène urbain contemporain par excellence. Montmartre était donc un quartier particulièrement singulier, renfermant dans un espace restreint des réalités très contrastées et ce fut justement cette hétérogénéité marginale qui attira les avant-gardes artistiques.
Auteur : Claire LE THOMAS
Merci de faire la correction.