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La bande à Bonnot : le guet-apens dans la forêt de Sénart.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : La bande à Bonnot : le guet-apens dans la forêt de Sénart.

Auteur : ANONYME
Date représentée : 25 mars 1912
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-524618 / 983.39.12

La bande à Bonnot : l'attaque de la succursale de la Société Générale.

© Photo RMN-Grand Palais - T. Le Mage

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Titre : La bande à Bonnot : l'attaque de la succursale de la Société Générale.

Auteur : ANONYME
Date représentée : 14 décembre 1911
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-524619 / 983.39.13

  Contexte historique

Des voleurs vivant avec leur temps

La France de la Belle Epoque est un pays qui voit s’amplifier l’urbanisation, drainant avec elle les signes de la modernité industrielle. La République, péniblement installée quatre décennies auparavant, voit coexister un monde traditionnel, rural, replié sur lui même, qui va à cheval, et des centres urbains où l’éclairage, l’automobile, les mass media se font de plus en plus présents.
La « bande à Bonnot », terme journalistique qui traduit mal l’absence de structuration de ce collectif d’anarchistes illégalistes, vogue son bref et intense périple (décembre 1911-mai 1912) entre ces deux rives. Modernes, car utilisant à plein les potentialités des véhicules à moteur et jouant avec la presse, ils renvoient aussi, inversement, aux exploits des bandits de grands chemin d’antan.
Leur notoriété subite est issue du braquage dit de la rue Ordener, quatre jours avant la Noël 1911. Les bandits s’attaquent à un commis de la Société Générale chargé d’espèces et de titre au porteur, sur qui ils font feu avant de le laisser pour mort et de s’enfuir en voiture, filant sous le nez d’agents de police dépassés par des méthodes aussi expéditives. Dès lors, les actes criminels s’enchaînent : double meurtre d’un rentier et de sa bonne à Thiais (2 janvier), vols de voiture avec violences… Cette cascade de méfaits, perpétrés sans que les forces de l’ordre ne semblent en mesure de s’y opposer, passionne et affole les populations.

  Analyse des images

25 mars 1912 : une embuscade, un braquage, trois morts

Ces deux images sont des huiles sur toile anonymes, réalisées dans un style très figuratif et académique. Datant de l’entre-deux-guerres, elles font immédiatement penser aux illustrations du Petit Journal ou du Petit Parisien tels qu’ils étaient configurés à l’époque de Bonnot. Il est possible que cette série ait été réalisée pour rappeler l’événement quinze ou vingt ans plus tard, ce qui expliquerait la similitude stylistique avec l’iconographie de la grande presse des années 1910. La première toile retrace une embuscade menée par six acolytes de la bande dans le froid matinal de l’épaisse forêt de Sénart. L’opération vise à s’emparer d’une luxueuse limousine De Dion-Bouton, achetée par le marquis de Rougé et convoyée ce jour-là depuis Paris vers le Cap-Ferrat. Le lieu a été choisi en raison de la présence d’une cabane de cantonnier derrière laquelle, en bas à gauche de l’image, deux complices se dissimulent tandis que deux autres, dont Soudy – dit Pas-de-chance, l’homme à la carabine – sont aux aguets. Un des tireurs est Garnier, et c’est à bout portant que les mécaniciens sont éliminés. L’un des deux survivra néanmoins à ses blessures, étant à même de donner l’alerte un peu plus tard. Désormais nanti d’un puissant moyen de locomotion, le petit groupe prend la route : Jules Bonnot s’installe au volant. Après avoir contourné Paris par l’est, ils s’arrêtent à Chantilly vers 10 h 30, à proximité d’une succursale de la Société Générale. Soudy fait le guet dehors, tandis que Bonnot reste au volant. Les choses se passent ensuite très vite, ainsi que le laisse penser le réalisme de la deuxième toile. Quatre malfaiteurs pénètrent dans l’établissement, deux seulement étant figurés sur l’image : le tireur est certainement Monier, tandis que l’homme à la porte est le « rouquin » Valet. Deux employés sont tués, un autre grièvement blessé. L’expression d’hébétude du caissier moustachu est une manière d’exprimer le saisissement du public lorsqu’il a connaissance des actes de la bande à Bonnot. Le flegme dont font preuve les deux braqueurs ajoute une impression de facilité dans la transgression, avivant encore le ressenti d’impuissance du public, et les trépignements de la police. Car l’affaire est rondement menée et quelques minutes à peine après la scène retracée ici, les braqueurs s’enfuient en faisant feu pour terroriser les passants. Le butin est appréciable, près de 45.000 francs, et les malfrats se séparent pour vivre dans une précaire clandestinité, mettant à profit l’esprit d’entraide qui est un des fondements de la camaraderie anarchiste.

  Interprétation

L’audace sanguinaire d’anarchistes promis à la mort

Ces méthodes émeuvent les contemporains, elles les bluffent aussi. Les forces de l’ordre notamment, se désespèrent des moyens à leur disposition dans cette traque. La gendarmerie de Luzerches, à proximité de Chantilly, n’est ainsi pas reliée au téléphone, ce qui a bien sûr facilité la fuite des voleurs… Dans le même ordre d’idées, la Sûreté Générale dispose à ce moment en tout et pour tout de quatre automobiles. La disproportion entre les moyens des malfrats et ceux de la force publique mettent en effet cette dernière à cran, d’autant que la bande à Bonnot a, un mois avant Chantilly, tué de sang-froid un gardien de la paix à Saint-Lazare. Néanmoins, les bandits sont, et se savent, sur une voie sans issue. La nasse commence en effet dès lors à se refermer, l’ordre social ainsi assailli ne pouvant rester sans réponse. Des crédits dotant la police de moyens et prérogatives supplémentaires sont rapidement votés, les brigades mobiles de police judiciaire, opérationnelles depuis 1908 notablement renforcées (dotations en véhicules notamment) dans la foulée de l’événement. Paradoxe, alors, cette attaque frontale de la société qui consolide en définitive ce qu’elle se proposait d’abattre ? Certainement, et les milieux révolutionnaires ne manqueront pas de faire grief à Bonnot d’avoir singulièrement compliqué leur existence en les exposant à une surveillance encore accrue par une police rendue plus performante. Mais au vrai les « bandits en auto » ne sont pas de simples militants extrémistes, leur folle chevauchée relevant au fond moins de la continuité des luttes sociales que d’une forme explosive et ultime d’individualisme.

Auteur : François BOULOC


Bibliographie

  • Frédéric DELACOURT, L’affaire Bande à Bonnot, Paris, De Vecchi, 2000.
  • Jean MAITRON, Le mouvement anarchiste en France, I, Des origines à 1914, Paris, Gallimard, 2007, (1975).
  • Jean MAITRON, Ravachol et les anarchistes, Paris, Julliard, 1964.
  • Jean PREPOSIET, Histoire de l’anarchisme, Paris, Tallandier, 2002.
  • Renaud THOMAZO, « Mort aux bourgeois ! ». Sur les traces de la Bande à Bonnot, Paris, Larousse, 2007.

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