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Ministère de la Culture

L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Soldats lançant des grenades depuis une tranchée de la Wöevre.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Soldats lançant des grenades depuis une tranchée de la Wöevre.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1915
Date représentée : 1915
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-506111 / 2002.60.64

Deux soldats dans une tranchée de la Meuse, environs du bois d'Ailly, vers avril 1915.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Deux soldats dans une tranchée de la Meuse, environs du bois d'Ailly, vers avril 1915.

Auteur : Louis Paul PELISSARD (1878-1934)
Date de création : 1915
Dimensions : Hauteur 8.2 cm - Largeur 5.6 cm
Technique et autres indications : Epreuve argentique sur papier.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-505950 / 2002.47.1.23

Chargement d'un crapouillot.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Chargement d'un crapouillot.

Auteur : Henri TERRIER (1887-1918)
Dimensions : Hauteur 5.6 cm - Largeur 8.2 cm
Technique et autres indications : Epreuve argentique.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-509654 / 2004.33.1.539

Prototype de fusil Lebel pour tranchées.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Prototype de fusil Lebel pour tranchées.

Date de création : 1915
Date représentée : 1915
Dimensions : Hauteur 55 cm - Largeur 157 cm
Technique et autres indications : Prototype, calibre 8 mm, réalisé par la manufacture d'armes de Châtellerault.
Acier, bois, bronze
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-519682 / 999.462

  Contexte historique

Se battre dans les tranchées

L’armée française se trouve particulièrement peu préparée à la guerre de position qui s’installe avec la mise en place des tranchées. Contrairement aux Allemands, elle n’a pas renouvelé, ni développé son fonds d’armes. Les fantassins sont munis de fusils Lebel, mis au point entre 1886 et 1893 ; l’artillerie de tranchée est inexistante. L’uniforme militaire lui-même est trop voyant pour les nouvelles stratégies de combat : bleu et rouge, il ne passe pas inaperçu.
Le matériel militaire existant se révèle rapidement inadapté : les canons ne peuvent pas tirer depuis une position enterrée ; les mortiers, trop volumineux, ne rentrent pas dans les boyaux étroits creusés pour abriter les troupes ; les baïonnettes sont trop longues pour se battre au corps à corps dans les galeries ; il est impossible de viser avec les fusils sans se mettre à découvert...

  Analyse des images

Des armes bricolées

La photographie Lanceurs de grenade dans une tranchée de la Wöevre (Meuse) montre bien à quel point les mouvements et les manières de se battre sont contraints par les tranchées. Alors que les soldats doivent projeter leurs grenades plus loin et avec plus de force – ils sont en contrebas et ne voient pas où ils lancent – l’exiguïté de la galerie les gêne. Ils sont obligés de se positionner dans la longueur de la tranchée pour avoir la place d’effectuer le mouvement de balancier nécessaire à la projection de la grenade et prendre de la sorte suffisamment d’élan. L’utilisation des fusils est tout aussi restreinte : la largeur de la tranchée est équivalente à la longueur du fusil que le soldat du premier plan porte dans son dos.
Dans un premier temps, face au manque de matériel, les soldats vont recourir au « système D » pour améliorer eux-mêmes leur équipement. Ils bricolent des grenades à main, trouent des pelles afin de pouvoir épier le champ de bataille en protégeant leur tête, se fabriquent des couteaux de tranchée à partir de manches de baïonnettes... Sur le cliché de Louis Paul Pelissard, Deux soldats dans une tranchée de la Meuse, environs du bois d'Ailly, un fusil est prolongé en contrebas pour tirer sans se mettre à découvert. Un morceau de bois taillé en forme de crosse est attaché sous le fusil et relié à un viseur et à un dispositif de déclenchement à distance.
Le mortier Cellerier, du nom de son inventeur, le capitaine d’artillerie Cellerier, est particulièrement représentatif de l’inventivité déployée par les poilus. Il reprend la forme du crapouillot, petit mortier trapu et massif en bronze à l’allure de crapaud visible sur la photographie de Henri Terrier, Chargement d'un crapouillot (Oise), mais est fabriqué à partir de pièces de récupération. Le tube lanceur utilise les corps intacts des obus allemands de 77. La douille vide, percée à sa base pour placer la mèche de mise à feu, est fixée sur un support en bois taillé à 45°. Le projectile est constitué soit de douilles de diamètre légèrement inférieur remplies de grenaille et d’explosif et dotées d’ailettes, soit d’obus employés par d’autres canons. La distance de tir dépend de la quantité de poudre mise au fond du tube lanceur. De petite taille, il est facilement transportable et permet de tirer sur l’ennemi depuis le fond de la tranchée.

  Interprétation

D’un artisanat à l’autre

La presse s’intéresse rapidement à ces armes bricolées, nées de la nécessité d’adapter le matériel traditionnel aux conditions nouvelles d’une guerre de position. Elles prouvent l’inventivité des soldats français et le moral des troupes. Grâce à cette reconnaissance immédiate, certaines inventions sont reprises et développées par l’industrie militaire. Ainsi le projectile du mortier Cellerier préfigure celui du mortier de 58, lui aussi doté d’ailette, et une version pour tranchées du fusil Lebel, proche de celle improvisée par les soldats de la photographie de Louis Paul Pelissard, est mise au point en 1915 (Fusil à répétition d'infanterie (modèle 1886-1893), dit "Lebel", pour tranchée).
L’arrivée de nouveaux équipements marque le déclin de ce premier artisanat de tranchée. Les soldats se mettent à créer d’autres objets. Entre deux attaques, dans les campements à l’arrière, les poilus occupent alors les temps d’attente à la fabrication de bagues, de briquets, de cadres, d’écritoires, de vases... en recyclant les matériaux immédiatement disponibles qu’ils trouvent autour d’eux : morceaux de bois, balles de fusils, douilles d’obus, insignes allemands soustraits aux prisonniers.
Ce second artisanat de tranchée dévoile d’autres facettes de la Première Guerre mondiale, celle de la vie dans les tranchées et dans les postes de seconde ligne, mais également, à travers l’iconographie déployée sur ces artefacts, celle des représentations collectives ou des croyances et des désirs individuels qui animaient les soldats.

Auteur : Claire LE THOMAS


Bibliographie

  • Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, Annette BECKER, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.
  • Stéphane AUDOIN ROUZEAU, Combattre. Une anthropologie historique de la guerre moderne (XIXe-XXIe siècle), Paris, Seuil, 2008.
  • Stéphane AUDOIN ROUZEAU, « Pratiques et objets de la cruauté sur le champ de bataille », 14 /18 Aujourd’hui-Today-Heute, n° 2, 1998, p.104-115 [dossier : « L’archéologie et la Grande Guerre »].
  • Antonio GIBELLI, « L’expérience des combattants », 14/18 Aujourd’hui-Today-Heute, n° 3, novembre 1999, p.88-99. [dossier : « Choc traumatique et histoire culturelle »].
  • Patrice WARIN, Artisanat de tranchée et briquets de Poilus de la guerre 14-18, Louviers, YSEC Editions, 2001, 208p.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

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