Guerre 14-18 (45 oeuvres)
Les soldats et la vie quotidienne dans les tranchées (11 oeuvres)
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette
Titre : Le Kronprinz.
Technique et autres indications : Buis sculpté
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-506240 / 20950 ; Df
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emile Cambier
Titre : Médaillon serti (avers).
Dimensions : Hauteur 2.9 cm - Largeur 2.3 cm
Technique et autres indications : Métal, serti.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-511092 / 2007.2.65
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emile Cambier
Titre : Médaillon serti (revers).
Technique et autres indications : Métal, serti.
Inscription : 1916 souvenir du 30e.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-511093 / 2007.2.65
© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emile Cambier
Titre : Briquet de tranchée.
Dimensions : Hauteur 6.3 cm - Largeur 4.7 cm
Technique et autres indications : Laiton gravé.
Lieu de Conservation : Collection particulière
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-515767
S’occuper dans les tranchées
La vie quotidienne dans les tranchées ou dans les campements à l’arrière est plutôt monotone. Dans l’attente du combat les poilus passent le temps comme ils peuvent : ils entretiennent leur équipement, nettoient et réparent leurs vêtements, écrivent, lisent, jouent aux cartes, font du sport, confectionnent de petits objets... Les occupations sont surtout très restreintes en première ligne où les galeries étroites et la nécessité de rester caché limitent les activités.
Les pratiques de création manuelle prirent alors chez les soldats une ampleur considérable donnant naissance à l’artisanat de tranchée. Ces artefacts exécutés par les poilus à partir de matériaux courants et de récupération prolongent des traditions populaires existantes : fabriquer soi-même une canne, un pendentif ou un briquet étaient des usages courants au début du XXe siècle. Néanmoins, si les formes et les techniques de fabrication de ces objets sont proches des réalisations rurales ou régionales de l’époque – bien qu’elles soient adaptées aux outils et aux matériaux disponibles sur le front – ces œuvres possèdent une iconographie particulière qui reflète le vécu, les opinions, les désirs ou les idéaux des militaires pendant la Grande Guerre.
Une imagerie collective et individuelle signifiante
Les motifs figurés dans l’artisanat de tranchée relèvent essentiellement de deux types : d’un côté, un grand nombre d’objets s’inspire de l’imagerie collective et officielle visible sur les affiches, les médailles, les monuments, dans les journaux et exprime des représentations communes à l’ensemble de la société ; de l’autre, les soldats réalisent des artefacts plus personnels qui touchent au domaine de l’intime. Par l’intermédiaire d’une iconographie traditionnelle ou singulière, ils extériorisent leurs espoirs, leurs peurs, leurs besoins ou leur expérience.
Ainsi, la caricature du Kronprinz sculptée sur la canne reprend les attributs distinctifs du fils de Guillaume II dans les portraits à charge de la presse : le visage émacié surmonté d’un bonnet, le monocle, le nez proéminent et le menton fuyant. La tête de mort figurée sur le bonnet, trait moins souvent associé à ce personnage mais assez courant dans l’iconographie traditionnelle, peut à la fois signifier la responsabilité de ce personnage dans le décès des soldats français – il est présenté comme un agent de la mort – ou le désir de le voir mourir – il est la cible à abattre. L’objet exprime donc un sentiment partagé par les poilus et les civils tandis que le pendentif appartient à la sphère du privé.
C’est un objet souvenir – l’inscription « 1916 souvenir du 30e » précise le sens personnel que lui attribue son auteur tandis que la forme de cœur laisse supposer que le médaillon était destiné à un être aimé. Il a également une fonction de porte-bonheur, la balle sertie, qui a sans doute blessé le créateur comme l’insinue l’épigraphe, étant l’emblème de sa chance.
Le briquet combine quant à lui signification collective et individuelle. Il peut être perçu comme un motif patriotique symbolisant le pays que les soldats défendent ou comme l’évocation d’une féminité qui fait défaut au front. Les blés et la vigne incarnant la terre nourricière et la femme la fécondité, l’ensemble du motif peut être interprété comme une allégorie de la nation, c’est-à-dire un rappel des valeurs pour lesquelles les poilus combattent. Toutefois, il peut aussi simplement représenter une femme au bain et remémorer à son auteur les joies de la vie civile, de la famille, suggérer le désir sexuel ou l’envie d’une présence féminine.
Ce que révèle l’artisanat de tranchée
Parmi les objets utiles ou décoratifs réalisés par les poilus (encriers, écritoires, cadres, coupe-papiers, modèles réduits, bougeoirs, bagues, vases...) d’autres motifs sont récurrents : l’histoire de la guerre avec ses batailles, ses lieux de mémoire, ses chefs et ses armes ; la vie quotidienne des soldats ; les croyances religieuses, saints, crucifix et autres symboles pieux ; les figures patriotiques tels le coq, la croix de Lorraine ou les drapeaux ; les représentations de l’ennemi et de son armement ; les scènes érotiques ou encore les objets porte-bonheur traditionnels (trèfle à quatre feuilles, fer à cheval...) ou spécifiques à la Grande Guerre comme le poux. Les illustrations du combat sont par contre inexistantes.
Chaque motif revêt un sens particulier et selon les associations et la destination de ces artefacts, celui-ci peut changer ou se superposer, à l’instar de la scène du briquet. À travers les formes et l’iconographie de l’artisanat de tranchée il est donc possible d’appréhender une autre facette de la Première Guerre mondiale, celle des mentalités, des pratiques et des comportements collectifs et individuels suscités par le conflit. Une partie de l’histoire immatérielle de la guerre est réifiée dans ces créations qui sont ainsi des objets d’étude essentiels à l’historien.
Auteur : Claire LE THOMAS