© Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / Image of the MMA
Titre : Déplacement animal.
Auteur : Eadweard MUYBRIDGE (1830-1904)
Technique et autres indications : Electro-Photographie des phases consécutives d'un animal en mouvement, in Volume I, Les hommes, vers 1880, planche 287.
Lieu de Conservation : The Metropolitan Museum of Art (New York (Etats-Unis)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-512475 / 1991.1135.1
© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés
Titre : Moulage de plâtre : envol du Goéland.
Auteur : Etienne-Jules MAREY (1830-1904)
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 89-001593-01
© Musée de Grenoble
Titre : Synthèse plastique des mouvements d’une femme.
Auteur : Luigi RUSSOLO (1885-1947)
Date de création : 1912
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de Grenoble (Grenoble) ; site web
Contact copyright : Musée de Grenoble, 5 place de Lavalette, BP 326 F, 38010 Grenoble CEDEX 01. Pascal ; site web
Référence de l'image : 98 cv 52 / MG 3036
© Archives Alinari, Florence, Dist RMN-Grand Palais / Mauro Magliani
Titre : Formes uniques de la continuité dans l'espace.
Auteur : Umberto BOCCIONI (1882-1916)
Dimensions : Hauteur 111 cm - Largeur 88.5 cm
Technique et autres indications : Sculpture en bronze.
Lieu de Conservation : Civico Museo d'Arte Contemporanea (Milan (Italie)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-520648 / CAL-F-005715-0000
Le dynamisme de la vie moderne
Pour les avant-gardes du début du XXe siècle, l’art se doit de représenter la société contemporaine. Afin de s’accorder au présent et de dépeindre la modernité, les artistes tentent alors d’inventer de nouveaux moyens artistiques qui transposent dans le langage plastique les caractéristiques de la civilisation industrielle.
Les futuristes cherchent en particulier à exprimer le dynamisme de la vie moderne : ils considèrent le mouvement et la vitesse comme les phénomènes les plus significatifs du XXe siècle naissant. Le vélo, l’automobile, le train, ces inventions récentes, sont des moyens de locomotion rapides qui réduisent les distances ; les objets, les hommes sont soumis à une accélération générale des rythmes (de travail, d’usure, de production, d’innovation...) ; le développement du sport met en valeur le corps en mouvement.
La chronophotographie, nouvelle technique scientifique inventée par Étienne Jules Marey et Eadweard Muybridge pour étudier la locomotion animale et humaine, est une source importante d’inspiration pour eux : elle leur fournit une solution plastique pour rendre la sensation dynamique du mouvement dans leurs œuvres.
Représenter le mouvement
Marey et Muybridge ont l’idée d’utiliser la photographie pour analyser le mouvement dans les années 1870 : elle permet, grâce à la multiplication des prises de vue et à leur mise en série, de saisir comment se déplace un humain ou un animal. Les clichés qui illustrent les publications des deux scientifiques frappent les futuristes par leur dynamisme. Ces artistes reproduisent alors dans leurs œuvres la décomposition du mouvement visible dans les chronophotographies.
Dans la planche tirée de l’ouvrage de Muybridge, un homme en train de ramasser quelque chose à terre est photographié à plusieurs reprises de manière à produire une suite d’images qui détaille chaque composante du geste. Les différents clichés sont ensuite mis bout à bout pour restituer le mouvement dans son intégralité. Le moulage de plâtre réalisé d’après les chronophotographies de Marey décompose également le déplacement d’un être vivant – celui d’un goéland – mais au lieu de juxtaposer côte à côte les photographies prises successivement, celles-ci sont mêlées en une représentation unique. En effet, Marey prenait ses clichés sur le même négatif : les différentes phases de l’envol de l’oiseau sont ainsi légèrement superposées les unes sur les autres créant avec différentes prises de vue une image synthétique.
Les futuristes exploitent l’effet engendré par ces photographies pour donner la sensation du mouvement dans leurs œuvres. Luigi Russolo, dans Synthèse plastique des mouvements d’une femme, multiplie les représentations de la figure de telle sorte que celle-ci semble envahir l’espace du tableau : la tête et les pieds peints plusieurs fois côte à côte forment deux arcs de cercle opposés en haut et en bas du tableau tandis que le corps, progressivement réduit à un ensemble de lignes courbes, paraît se dilater horizontalement à l’infini. Il cherche ainsi à transcrire les gestes de son modèle, la manière dont la femme qu’il peint bouge et, plus généralement, à faire ressentir le dynamisme humain, l’immobilité n’étant pas naturelle à l’homme. Umberto Boccioni fond encore davantage les différentes étapes du mouvement de son personnage, qui semble alors étiré vers l’avant et l’arrière, créant littéralement des « Formes uniques de la continuité dans l’espace », c’est-à-dire une représentation synthétique du déplacement d’un individu où les gestes successifs réalisés pour avancer sur une distance sont fusionnés en une seule forme. Dans les deux œuvres, des formes abstraites courbes amplifient la sensation dynamique en engendrant une sorte d’écho figuratif de l’action, une onde de choc qui reproduit de plus en plus faiblement et abstraitement le mouvement de la figure.
Un art moderne
Dans ces deux œuvres, Russolo et Boccioni ont réinterprété la formule esthétique des chronophotographies mais certains tableaux futuristes, tel Dynamisme d’un chien en laisse de Giacomo Balla (1912, Knox Art Gallery, Buffalo), reproduisent exactement le procédé de Muybridge et Marey en peignant successivement les différentes étapes d’une action sur la même toile. En quelque sorte, les futuristes se sont inspirés du travail de ces deux scientifiques parce qu’ils avaient un but comparable : comme Muybridge et Marey, ils cherchent à donner à voir un corps se mouvant dans l’espace. Cependant, tandis que les premiers décomposent le mouvement pour mieux comprendre les mécanismes de la locomotion animale et humaine, il s’agit pour les seconds de rendre plastiquement la sensation du mouvement afin que le spectateur ressente le dynamisme du sujet représenté.
Une telle transposition des recherches récentes de la science revêt également une signification particulière pour ces artistes. Imiter les effets de la chronophotographie est une façon d’inscrire la contemporanéité dans leurs œuvres : les futuristes montrent ainsi qu’ils ne sont pas coupés du présent et que leur art accompagne les progrès scientifiques et techniques. Ils tissent alors des liens avec la science, discipline emblématique de la modernité puisqu’elle fut à l’origine de la majorité des bouleversements qui affectaient l’époque.
Auteur : Claire LE THOMAS