© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : L'Assomption de la Vierge.
Auteur : Pierre-Paul PRUD'HON (1753-1823)
Date de création : 1819
Dimensions : Hauteur 216 cm - Largeur 149 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98DE17044/inv 7339
© Centre des Monuments Nationaux - Cliché M. Jeanneteau
Titre : Mater Dolorosa.
Auteur : Hippolyte FLANDRIN (1809-1864)
Date de création : 1845
Technique et autres indications : peinture murale
Lieu de Conservation : Centre des monuments nationaux (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique, 4 rue de Turenne - 75004 PARIS, Tél : 01.44.61.21.00 / Fax : 01.44.61.20.54, Email : agence-photographique@monuments.fr ; site web
Référence de l'image : MJ 84-480
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : La Vierge à l'hostie.
Auteur : Jean-Auguste Dominique INGRES (1780-1867)
Date de création : 1854
Dimensions : Hauteur 113 cm - Largeur 113 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 91DE839/inv 20088
Le XIXe siècle, contrairement au XVIIIe, est un grand siècle marial. Que ce soit dans les sanctuaires ou les cantiques, " Marie, Vierge, Mère, Madone et Reine est […] omniprésente " (J. Le Goff, R. Rémond, Histoire de la France religieuse, Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine, XVIIIe-XIXe siècle, t. 3, Seuil, 1991, p. 494). Dès 1801, Chaminade rédige un Manuel du Serviteur de Marie.. On observe à partir de 1826 la diffusion du Rosaire vivant, qui consiste en prières et méditations sur les mystères de la Vierge. La pratique du mois de Marie se développe ; l’année est scandée par les fêtes de la Vierge, comme la Purification, l’Annonciation, la Visitation, l’Assomption (fêtée le 15 août), etc. Cette piété mariale est nourrie par de nombreuses apparitions. La Vierge se manifeste en 1830, rue du Bac à Paris, à la novice Catherine Labouré ; en 1846, deux jeunes bergers de La Salette (Isère) l’aperçoivent ; c’est à Lourdes, en 1858, qu’elle parle à Bernadette Soubirous, âgée de 14 ans ; en 1871, quatre enfants de Pontmain (Mayenne) disent l’avoir vue. Ces apparitions, revanches des humbles sur les puissants, suscitent d’importants mouvements de ferveur populaire. La " médaille miraculeuse ", utilisée contre le choléra, est frappée à 8 millions d’exemplaires après le prodige de la rue du Bac ; en 1842, elle atteint une diffusion de 100 millions de pièces. La hiérarchie s’intéresse de près à ces affaires. Au cours du siècle, Bernadette Soubirous et Catherine Labouré sont canonisées. Surtout, le pape prononce en 1854 le dogme de l’Immaculée Conception, selon lequel Marie a été conçue sans souillure.
La peinture porte la trace de cette glorification. L’Assomption de la Vierge de Prud’hon (1758-1823), souvent comparée aux Madones de Raphaël et de Murillo, remporte dès les années 1820 un vif succès. Dans ce tableau, Marie est miraculeusement enlevée au ciel par des anges. La chaleur des tons, le geste de la Vierge et son drapé tumultueux emportent le fidèle dans un mouvement ascendant qui rappelle la peinture religieuse baroque. La sensualité et l’atmosphère vaporeuse de cette Assomption contrastent avec la Mater Dolorosade Flandrin (1809-1864). Élève et disciple d’Ingres, lauréat du prix de Rome en 1832, il représente Marie seule devant la Croix, le visage sévère, chargée des objets de la Passion. La sobriété de la palette et le style dépouillé dénotent la douleur, voire l’angoisse.
La Vierge à l’hostie d’Ingres (1780-1867), inscrite dans un cercle comme les Tondide la Renaissance, se recueille devant ce qui symbolise la chair de son fils. Par-delà leurs différences, les trois tableaux se répondent : la frontalité de la composition tend à impliquer le spectateur, mais la majesté de Marie suscite un respect doublé de fascination.
Que la Vierge soit rappelée au ciel, dépositaire des instruments de la Crucifixion ou en méditation devant l’hostie, elle est toujours associée au Christ. Ici est illustrée l’" idée d’une étroite participation au Salut, d’une Vierge corédemptrice ". C’est que la redécouverte des souffrances du Fils, au cours du premier XIXe siècle et dans le sillage de la pensée du Napolitain Liguori, attire naturellement l’attention sur Marie. Mais ces images pieuses célèbrent, outre la mère de Dieu, la beauté de la femme. Ce n’est pas un hasard : on observe, au sein de l’Église, une féminisation des fidèles, des clergés, mais aussi des croyances. L’enseignement des filles, futures épouses et mères, entre dans une stratégie de reconquête catholique, alors que la désaffection religieuse s’accuse chez les hommes. En 1876, les congrégations instruisent 60 % des filles. L’iconographie s’en ressent : les figures de Catherine d’Alexandrie, Sainte-Thérèse de Lisieux, Thérèse d’Avila et Jeanne d’Arc (sans parler de la Vierge) gagnent en importance. Plus largement, les écrits des saint-simoniens, d’Auguste Comte ou de Michelet, pourtant éloignés de toute préoccupation religieuse, traduisent une " véritable sacralisation de la femme " — ce qui n’empêche pas cette dernière d’être en état d’infériorité légale par rapport à l’homme, mari ou père, tout au long du siècle.
Auteur : Ivan JABLONKA