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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Paul CASTELNAU.
Groupe de militaires sénégalais pendant l'heure de repos à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917. Groupe de militaires sénégalais pendant l'heure de repos à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.
Paul CASTELNAU.
Quatre militaires sénégalais à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917. Quatre militaires sénégalais à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.
Paul CASTELNAU.
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Sar Amadou, Wolof classe 1900, du Septième régiment à Ballersdorf (Haut-Rhin), 22 juin 1917.

© Ministère de la Culture / Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Paul Castelnau

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Titre : Sar Amadou, Wolof classe 1900, du Septième régiment à Ballersdorf (Haut-Rhin), 22 juin 1917.

Auteur : Paul CASTELNAU (1880-1944)
Date de création : 1917
Date représentée : 22 juin 1917
Technique et autres indications : Autochrome
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-532453 / CA000533

Groupe de militaires sénégalais pendant l'heure de repos à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.

© Ministère de la Culture / Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Paul Castelnau

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Titre : Groupe de militaires sénégalais pendant l'heure de repos à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.

Auteur : Paul CASTELNAU (1880-1944)
Date de création : 1917
Date représentée : 16 juin 1917
Technique et autres indications : Autochrome
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-532451 / CA000495

Quatre militaires sénégalais à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.

© Ministère de la Culture / Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Paul Castelnau

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Titre : Quatre militaires sénégalais à Saint-Ulrich (Haut-Rhin), 16 juin 1917.

Auteur : Paul CASTELNAU (1880-1944)
Date de création : 1917
Date représentée : 16 juin 1917
Technique et autres indications : Autochrome
Lieu de Conservation : Médiathèque de l'architecture et du patrimoine (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-532452 / CA000497

  Contexte historique

La « plus grande France » dans la guerre totale

Si la Grande Guerre a été mondiale, les combats n’ont pas eu la même intensité sur tous les continents. En Afrique par exemple, pourtant colonisée aux 9/10e par les puissances européennes, la guerre a peu fait rage. En revanche, par souci de remplacer les trop nombreux disparus au champ d’honneur et dans l’objectif de créer un nouveau vecteur de l’identité nationale parmi la population indigène, ces mêmes nations n’hésitent pas à puiser dans le vivier colonial. Pour le compte de la France, des unités prélevées plus ou moins de force dans toutes les colonies ont participé d’une manière ou d’une autre à l’effort de guerre. C’est en particulier le cas d’environ 160 000 soldats recrutés en Afrique du Nord et 134 000 combattants d’Afrique noire – dont les fameux tirailleurs sénégalais reconnaissables à la chéchia rouge, empruntée d’ailleurs aux tirailleurs algériens. Le procédé autochrome mis au point par les frères Lumière en 1903 trouve ici un superbe usage avec le reportage effectué sur le front alsacien par Paul Castelnau, géographe issu de l’université versé dès 1915 à la Section photographique de l’armée. Les clichés présentés permettent de rencontrer à trois échelles différentes les soldats africains qui combattent en juin 1917 dans les Vosges alsaciennes.

  Analyse des images

Scènes de repos pour une unité comme les autres

Au niveau le plus intimiste, Castelnau tire le portrait en buste de Sar Amadou, un Wolof (ethnie du Sénégal) âgé de 37 ans, puisque issu de la classe 1900. Le cadre rural d’une cour de ferme du Haut-Rhin, quoique flou, contraste avec la guerre signifiée par l’uniforme, d’autant plus imposant dans l’image qu’il a les poches gonflées des nombreux objets indispensables que le combattant emporte partout avec lui. Sa couleur bleu horizon rappelle que toutes les unités coloniales ne disposent pas encore de l’uniforme kaki spécifique proposé dès 1915.

En revanche, l’unité vue au repos dans son cantonnement de Saint-Ulrich (à quelques kilomètres au nord-ouest) revêt l’uniforme réglementaire au col orné de l’ancre, qui rappelle l’appartenance des troupes coloniales à la Marine. Le fond est plus bucolique encore, la verdure et le ciel font ressortir l’incongru amas de kaki. Les chéchias rouge et bleu distinguent ces Français coloniaux de leurs alliés américains récemment entrés en guerre, d’allure fort ressemblante car équipés par l’armée française. Moment typique de repos, la distribution du repas par la « roulante » a été saisie sans pose, comme l’indiquent les flous, différents selon l’instant où le mouvement de chacun est venu perturber le bon ordre de la scène.

A mi-chemin entre ce plan général de vie quotidienne et le gros plan sur une personne en guerre, le portrait de groupe de quatre tirailleurs nous fait pénétrer au cœur d’une escouade. Assis sur une caisse ou à même la terre, debout dos à un mur extérieur, face à l'objectif les soldats conservent une pose grave, sans sourire. On peut ainsi détailler précisément leur équipement et leur quotidien : casque ou chéchia ; pelle, fusil ou pistolet mitrailleur ; gourde et musettes ; gamelles et corvée d’épluchage ; chemise de toile et bretelles ; godillots cloutés et bandes molletières. Ces Sénégalais participent à la même guerre que les autres, et ne s’en différencient que par la couleur de la peau qui ressort ici très nettement sur un fond crayeux.

  Interprétation

Une « force noire » bien peu sauvage

Si un cliché en noir et blanc renforce le contraste de la peau noire, il ne permet pas de saisir avec autant de nuances sa véritable couleur et son grain. Le procédé autochrome donne ainsi à voir la maturité de Sar Amadou, barbu alors qu’aucun autre tirailleur ne l’est. Il apparaît moins grave ou désœuvré que intrinsèquement inquiet. Son regard, à la fois perdu dans un hors champ invisible et profondément concentré, en dit long sur ce que ce soldat a vécu et sur ce qu’il redoute de subir. On est donc bien loin ici des deux stéréotypes associés aux tirailleurs : celui de la bravoure insensée et de la sauvagerie incontrôlable.

Dans un tout autre registre, la scène de foule participe aussi d’une certaine banalisation de l’expérience de guerre des troupes coloniales. La discipline règne ici avec plus ou moins de bonheur, mais l’ordre légèrement dispersé des hommes contraste avec l’ordonnancement net du verger à l’arrière-plan. Les mains dans les poches, un vague regard lancé au photographe, ces soldats au repos profitent de ce coin de campagne (à nouveau) française sans aucunement vouloir reprendre le travail interrompu des champs, souligné par la présence du tas de foin. Seules les larges gamelles emplies de riz blanc, base de l’alimentation en Afrique noire, témoignent de l’originalité de leur présence en Europe.

La photo de la (probable) escouade est en tout cas celle d’un groupe qui semble bien se connaître, que cette proximité soit due à leur origine commune (même village) ou au partage du danger. La frontalité du cliché accentue l’intensité des regards et fait ressortir les détails comme autant de révélateurs d’une certaine professionnalisation de la guerre. Un incongru bâton sur la tête et le poing orné de bagues, soutenant le menton du soldat au centre indique la jeunesse de ces troupes et instaure une distance vis-à-vis de leur propre image qui révèle le déracinement dont ils sont victimes. L’accueil de ces troupes jusqu’alors cantonnées à l’outre-mer ne s’est pas déroulé sans heurts. La population civile les suspectait de marauder, les soldats du rang d’être des assassins. L’Etat-major les considérait plus encore que les autres soldats comme de la chair à canon envoyée très volontiers en première ligne des assauts les plus dangereux. Longtemps, l’armée ne leur a pas reconnu les mêmes mérites sous le feu – autant de contrastes avec ces clichés de propagande réalisés par Castelnau.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Chantal ANTIER, Les soldats des colonies dans la Première Guerre mondiale, Rennes, Editions Ouest France, 2008.
  • Jean-Jacques BECKER, La Première Guerre mondiale, Paris, Belin, 2008 (rééd.).
  • Antoine CHAMPEAUX et Eric DEROO, La Force noire : gloire et infortunes d’une légende coloniale, Paris, Tallandier, 2005.
  • Eugène-Jean DUVAL, L’épopée des tirailleurs sénégalais, Paris, L’Harmattan, 2005.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

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