© Photo RMN-Grand Palais - T. Ollivier
Titre : Reprise de Mondement.
Auteur : Espérance Léon BROQUET (1869-1936)
Date de création : 1914
Date représentée : 9 septembre 1914
Dimensions : Hauteur 25 cm - Largeur 31.2 cm
Technique et autres indications : Fusain sur papier gris.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-535247 / Dsb368-29
© Photo RMN-Grand Palais - T. Ollivier
Titre : Après la reprise de Mondement.
Auteur : Espérance Léon BROQUET (1869-1936)
Date représentée : 11 septembre 1914
Dimensions : Hauteur 25 cm - Largeur 31.2 cm
Technique et autres indications : Fusain sur papier gris.
Lieu de Conservation : Musée national de la Coopération Franco-américaine (Blérancourt) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-535246 / Dsb368-28
La reprise de Mondement
La guerre commence le 3 août 1914. Assez rapidement, les Britanniques sont battus à Mons, et les Français sur la Sambre et à Charleroi. Joffre, général en chef de l’armée française, décide dans les derniers jours d’août de replier les troupes sur la Marne. Les Allemands avancent, occupant Reims le 4 septembre. Joffre décide alors de lancer une contre-offensive sur le flanc ennemi. Le 6 septembre, Joffre ordonne la fin de la retraite et le retour à l’attaque. Des troupes sont envoyées en renfort de toute urgence : on utilise à cet effet les taxis parisiens. Débute alors la première bataille de la Marne (6-9 septembre) qui se déroule sur un front allant de Senlis à Verdun. Les Français parviennent à contenir, puis à faire reculer les Allemands.
A l’ouest du front, les fantassins du 77e régiment d'infanterie, les tirailleurs et les zouaves de la Division marocaine du général Humbert reprennent le château et le village de Mondement le 9 septembre au soir. La France a remporté sa première bataille, et les troupes coloniales s’y sont illustrées avec bravoure.
L’assaut puis le repos
Les deux images Reprise de Mondement et Après la reprise de Mondement sont des dessins au fusain exécutés par Espérance Léon Broquet. L’artiste a suivi les troupes sur le front en 1914-1915 et on lui doit de nombreux dessins de ce type, réalisés au moment de l’action et suivant son déroulement. Elles sont annotées par l’artiste, qui décrit chaque scène ainsi représentée, ce qui confère à son œuvre une valeur documentaire appréciable, renforcée par le caractère réaliste du trait.
Le premier dessin montre « l’assaut des tirailleurs par la brèche du verger » : les soldats marocains, coiffés de leur chéchia caractéristique et fusil à la main, s’engouffrent dans la brèche qu’une explosion a créé dans un mur. Un cadavre de soldat allemand (casque avec la pointe) jonche le sol, et un des soldats marocains vient de s’effondrer, tentant soit de se relever, soit de retarder le moment où il va s’écrouler. A l’avant, trois soldats sont déjà en train de passer de l’autre côté du mur. Derrière eux, un groupe compact de quatre soldats en mouvement s’apprête à les rejoindre.
Le second dessin montre les mêmes soldats, cette fois à l’arrêt, après la bataille dans le marais de Saint Gond. Près d’un bâtiment au toit de chaume marqué par les combats, ils se reposent, encore équipés (ils n’ont même pas posé leurs armes). L’un d’entre eux est assis, adossé au mur ; l’autre, près de lui tient une gourde et se désaltère. Le troisième semble les rejoindre. Au premier plan, un soldat leur fait face, tournant le dos au dessinateur.
La guerre sur le vif
L’illustration de la guerre et de ses batailles est d’abord confiée à des dessinateurs (de presse ou d’art) qui suivent ainsi au plus près les troupes. Puis, la photographie remplace le dessin dans cette fonction de représentation.
Les deux images, réalisées sur le vif, rendent parfaitement compte de cette « guerre de mouvement » qui caractérise tout assaut et plus généralement la première bataille de la Marne.
De la guerre tout d’abord : dans une optique réaliste, l’artiste n’a pas gommé la violence des combats puis qu’il représente, sur la première image, un cadavre mais aussi un soldat en train de mourir. C’est aussi avec une grande précision, presque documentaire, que sont rendus les équipements et la manœuvre d’assaut des soldats, presque minute par minute.
Du mouvement ensuite. Le premier dessin est marqué par le contraste entre le mur détruit immobile, et la mobilité des hommes qui s’y engouffrent en courant. Même séparée en deux groupes, la file des soldats semble avancer d’un même mouvement (légèrement en courbe, opposé aux murs plus anguleux) qui suit le bâtiment pour ensuite pénétrer sur la droite. Les hommes semblent ouvrir une brèche dans le dessin lui-même, qui offre alors une certaine profondeur, rendue par une sorte de perspective qui se distingue des murs à plat. On saisit alors la « percée » : celle de la bataille de Mondement, et, par extension, celle de la contre-offensive lancée par Joffre, qui sut, par endroits, enfoncer les lignes allemandes. Le second montre certes des soldats au repos, mais, semble-t-il, presque déjà prêts à repartir : un seul est assis, et ils sont toujours équipés. Surtout, le trait assez fluide ne les fige pas : ils sont certes arrêtés, mais pas immobiles. Cela renforce l’impression d’actualité qui se dégage des deux dessins, qui peignent l’action sur le vif.
Si le fait que ces soldats soient des tirailleurs marocains est remarquable d’un point de vue historique, Broquet ne semble pas en faire un thème central de ses dessins. Il représente les choses telles qu’elles se déroulent, sans insister sur les détails « coloniaux ». Ce sont ici des soldats comme les autres, qui, héroïquement, ont contribué à cette victoire si importante.
Auteur : Alban SUMPF