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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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La partie de loto. Soldats nord-africains au repos, 1915.

© ADAGP © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : La partie de loto. Soldats nord-africains au repos, 1915.

Auteur : Jules Alfred HERVE-MATHE (1868-1953)
Date de création : 1915
Date représentée : 1915
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-527090 / 15320C ; Eb 944

Coloniaux au repos sur la jetée.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Titre : Coloniaux au repos sur la jetée.

Auteur : Henri Achille ZO (1873-1933)
Dimensions : Hauteur 24 cm - Largeur 33 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile, carton, marouflé.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 06-515305 / 1088 T ; Ec 757 ; PA 44

  Contexte historique

Les troupes coloniales dans la Grande guerre

« L’armée coloniale » désigne d’abord les soldats chargés de conquérir les colonies puis, assez rapidement, les troupes recrutées dans ces colonies. Elles relèvent d’abord du Ministère de la Marine, puis, à partir de 1900, elles sont transférées sous les ordres du Ministère de la Guerre et réorganisées sous le nom de « troupes coloniales ». Elles regroupent alors l’Infanterie coloniale et l’Artillerie coloniale. A la veille de la guerre de 1914-1918, les troupes d’Afrique se composent des Zouaves, des Chasseurs d'Afrique, des Spahis, des Tirailleurs sénégalais, algériens, marocains et tunisiens. Aux côtés des 8 000 000 d’appelés en métropole, 175 000 Algériens, 40 000 Marocains, 80 000 Tunisiens et 180 000 Africains noirs combattront lors du conflit, le plus souvent en Europe, sur le front français ou dans les Balkans. L’arrivée massive de ces hommes en métropole suscita à la fois inquiétude, intérêt et curiosité chez la population : pour beaucoup, c’était la première occasion de voir réellement des Africains.

  Analyse des images

Le repos des coloniaux

Le premier tableau, La partie de loto. Soldats nord-africains au repos, 1915, est l’œuvre de Jules-Alfred Hervé-Mathé, paysagiste de l’école dite « post-impressionniste ». En 1914, cet originaire de la Mayenne interrompt ses peintures de ports bretons et normands pour camper son chevalet sur le front.
L’image représente une scène de repos des soldats nord-africains, vêtus de l’uniforme couleur moutarde et coiffés de la chéchia rouge propres aux troupes coloniales (Tirailleurs algériens, marocains et tunisiens). Dans une grange partiellement détruite et en tout cas laissée à l’abandon (toit et murs endommagés), les hommes, assis ou accroupis à même le sol sont occupés par une partie de loto (on peut voir le support du jeu au sol). Trois d’entre eux, dont un a le bras en écharpe, suivent la partie debout, encadrant en quelque sorte les premiers. Un soldat, assis sur la gauche, un morceau de pain à la main, se désintéresse de la partie et regarde, l’air abattu et mélancolique, celui qui, au premier plan, tourne le dos au spectateur. Au second plan, d’autres soldats coloniaux se tiennent debout dans la grange, ou à l’entrée de celle-ci, regardant dehors. Au fond, la grange s’ouvre sur l’extérieur, et l’on découvre des arbres en feuilles (rendus à la manière impressionniste) ainsi que deux soldats qui font un feu.
Le second tableau Coloniaux au repos sur la jetée a été peint entre 1914 et 1918 par Henri Achille Zo, artiste basque célèbre pour ses scènes basques et espagnoles. La toile, présente, dans un style impressionniste moderne aux trais imprécis et colorés, quatre soldats noirs, coiffés de chéchias blanches et rouge et vêtus d’uniforme couleur moutarde, blanc et bleu, se reposent sur une jetée dans une atmosphère estivale. L’un deux, en bras de chemise, lave son uniforme dans l’eau ; le second, manches de chemise et jambes de pantalon relevées s’apprête à tremper son pied dans l’eau ; le troisième est étendu sur le bois et le quatrième est assis et regarde l’eau. Au second plan, un pont enjambe le cours d’eau et rejoint l’autre rive, où l’on aperçoit des bâtiments et un drapeau français sur un fond de verdure.

  Interprétation

Des soldats et des Français

Dans la première image, la guerre est plus proche, plus visible : uniformes, fusil tenu par l’un des soldats (au second plan), grange abimée, écharpe au bras du soldat, et métaphoriquement le feu nous la rappellent. Tout donne ainsi l’impression d’une pause brève et de l’imminence du retour au combat. Les hommes sont certes au repos, et certains parviennent à se concentrer sur le jeu, mais certains regards, mi noirs mi perdus, trahissent une lassitude et une certaine détresse. L’atmosphère à l’intérieur est d’ailleurs assez sombre (couleur des uniformes et ombre sous le toit de la grange), contrastant avec la lumière du dehors. Peut-être symbolise-t-elle les pensées et les souffrances retenues des soldats, qui s’efforcent de vivre mais sont blessés. L’« exotisme » du sujet (des soldats qui ne sont pas comme les poilus ordinaires) est gommé, faisant place à une approche plus universelle : que peuvent signifier le « repos » et le jeu pour des hommes à la guerre ? Peut-être est-ce parce qu’ils ont combattu « comme les autres » que ces hommes ne sont pas d’abord vus ici comme des coloniaux, mais comme des soldats.
Au contraire, dans la seconde image, la guerre est presque oubliée. Les couleurs vives des uniformes distincts (qui de ce fait sont plus des costumes que des uniformes), les membres dénudés, la lumière d’été, l’eau que l’on devine agréable rappellent plutôt les parties de campagne du bord de Marne. La spécificité du tableau tient alors dans le fait que ce sont des noirs qui, comme n’importe quel « métropolitain », goûtent ces plaisirs simples. L’artiste y trouve un motif riche en jeux de contrastes et de couleurs (le bleu de l’uniforme se confondant presque avec le noir de la peau du soldat allongé dans un dégradé nuancé). Mais la présence du drapeau français peut aussi ouvrir une autre piste d’interprétation : ces soldats ont combattu pour la patrie, et ils sont des Français à part entière, appréciant comme les autres une journée au bord de l’eau.

Auteur : Alban SUMPF


Bibliographie

  • Stéphane AUDOIN-ROUZEAU et Jean-Jacques BECKER (dir), Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Bayard, 2004.
  • Robert HURE, L'Armée d'Afrique: 1830-1962, Paris, Charles-Lavauzelle, 1977.
  • Marc MICHEL, Les Africains et la Grande Guerre. L'appel à l'Afrique (1914-1918), Paris, Karthala, 2003.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

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