Faust et Robert le Diable (2 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Scène de Robert le diable.
Auteur : François Gabriel LEPAULLE (1804-1886)
Date de création : 1835
Dimensions : Hauteur 24 cm - Largeur 32 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de la musique (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 76-000304
© Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / Image of the MMA
Titre : Louis Gueymard dans le rôle de Robert le Diable.
Auteur : Gustave COURBET (1819-1877)
Date de création : 1857
Dimensions : Hauteur 148.6 cm - Largeur 106.7 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : The Metropolitan Museum of Art (New York (Etats-Unis)) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 08-512193 / 19.84
Le théâtre au XIXe siècle, une pratique culturelle et sociale
Le monde du théâtre n’a cessé, tout au long du XIXe siècle d’inspirer peintres, photographes, écrivains. Encadré par une réglementation stricte et une censure attentive qui n’empêchent pas la prolifération des nouvelles scènes et des nouveaux genres, le théâtre est la pratique culturelle collective par excellence du XIXe siècle. La presse, avec ses rubriques musicales, se fait l’écho d’un succès qui, bien que fluctuent, alimente les feuilletons de plumes prestigieuses telles celles de Gautier ou de Berlioz. De même, les créations remarquables et les artistes les plus éminents fournissent de nombreux sujets aux différents modes d’illustration : peinture, gravure, et plus tard, photographie. Parmi ces créations marquantes, Robert le Diable, de Meyerbeer, sur une livret de Scribe et Delavigne, inaugure en 1831 le genre du grand opéra et traverse le XIXe siècle. Robert, fils de Satan et d’une mortelle, cherche par tous les moyens à échapper à son père qui voudrait le tenter et obtenir sa perte. Il se rend alors en Sicile où il s’éprend d’Isabelle.
Regard et fonction du peintre vis à vis du spectacle et de l’interprète
Les deux représentations de Robert le Diable que nous offrent Lépaulle et Courbet sont significatives du regard porté sur une œuvre à une vingtaine d’années d’intervalle au regard des évolutions culturelles, sociales, voire même politiques qui sont intervenues.
Le tableau de François Gabriel Lépaulle, ébauche du tableau traitant du même sujet et conservé à la Bibliothèque Musée de l’Opéra de Paris, date de 1835 alors que l’ouvrage de Meyerbeer, Scribe et Delavigne assure à l’Académie royale de musique des recettes qui feront la fortune du docteur Véron, alors directeur de l’Opéra. Il met en scène les trois principaux protagonistes du drame : Robert, chevalier normand, Alice, sa sœur de lait et Bertram, père de Robert et véritable diable de l’ouvrage. Il les représente dans le fameux trio du cinquième acte au cours duquel Robert, se voit déchiré entre son père qui veut l’entraîner définitivement en enfer et Alice qui souhaite son salut.
Courbet peint quant à lui en 1857 Louis Gueymard, titulaire du rôle dès ses débuts à l’Opéra en 1848. Il met l’accent sur le personnage en tant que tel, chantant l’air du premier acte « L’or est une chimère ». L’accent dans cette œuvre est mis sur le personnage de Robert, fortement individualisé aussi bien dans la composition que dans le traitement du dessin même : alors que les figures en arrière plan semblent se fondre avec le décor, Louis Gueymard en Robert se détache avec réalisme. Courbet assimile dans ce portrait la mode qu’imposent depuis peu les photographes qui fixent les artistes en situation et en costume.
Le grand opéra, un produit culturel, un genre en adéquation avec une époque et un public
Lépaulle est un peintre dont l’activité coïncidera majoritairement avec la durée de la Monarchie de juillet. Passionné d’opéra, il signe des costumes pour la création de Robert le Diable en 1831. Alors que le tableau final, peint pour la tombola des bals de l’Opéra, présente des personnages dans une attitude d’une grande raideur, son ébauche, met en évidence un combat acharné entre le bien et le mal : Bertram tient Robert à bras le corps pour l’entraîner de force, tout en lançant un regard haineux à Alice qui invoque le ciel. Robert dont le regard se lève vers le ciel semble déjà pencher pour celui-ci.
Courbet quant à lui fait un portrait qui se rapproche délibérément des photographies alors en vogue : il représente l’artiste, le divo, interprétant un grand rôle, un rôle dont il est titulaire. Au-delà du portrait réaliste qu’il fait d’un ami, auquel il se lie dans les années 1850, il réalise une interprétation d’un Robert dans toute son humanité, jouant aux dés, attiré par les plaisirs, le jeu, l’argent. L’enfer (Bertram est représenté mais à l’écart, comme faisant partie intégrante du décor) est relégué au second plan.
Le grand opéra dont la thématique reposait sur un savant dosage de romanesque, de sentiments amoureux, d’éléments religieux ou politiques confrontés à une toile de fond historique garde en 1857, date du portrait de Courbet, toute son efficacité de produit culturel en adéquation avec un public et conçu pour le plus grand nombre. Courbet dans les premières années du second empire nous rappelle que le monde de l’art lyrique voit émerger le culte des grands interprètes, les dive et divi sont à l’honneur.
Les deux œuvres enregistrent aussi l’évolution de l’art pictural, si Lépaulle est encore dans la mouvance du romantisme, Courbet est le chef de file du réalisme depuis son exposition personnelle de 1855.
Auteur : Catherine LEBOULEUX