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Portraits de Guynemer

Le capitaine aviateur Guynemer. Le capitaine aviateur Guynemer.
Henri Achille ZO.
Portrait posthume de Guynemer. Portrait posthume de Guynemer.
J. Cousin LAWRENCE.
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Le capitaine aviateur Guynemer.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais

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Titre : Le capitaine aviateur Guynemer.

Auteur : Henri Achille ZO (1873-1933)
Date de création : 1918
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Haureur : 196 cm
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 34 T ; Cote Ea 2095.1 / 06-528003

Portrait posthume de Guynemer.

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais

Agrandissement - Zoom
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Titre : Portrait posthume de Guynemer.

Auteur : J. Cousin LAWRENCE
Date de création : 1918
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 552 C ; Ea 2093 / 06-528431

  Contexte historique

Peindre la guerre et les soldats en 1914-1918

Durant la Première Guerre mondiale, les artistes français sont largement mobilisés pour la « défense de la patrie ». Engagés à titre personnel, par l’armée (où ils sont parfois soldats) ou les autorités, ils décrivent le plus souvent les combats, les hommes ou les événements dans un sens favorable à la cause nationale. S’ils trouvent parfois dans cette situation inédite des sujets et un contexte propices aux innovations techniques ou esthétiques, ils peuvent aussi opter pour un certain classicisme, mettre de côté leurs particularités pour se concentrer sur la traduction d’une réalité assez extraordinaire pour ne rien y ajouter, ainsi que sur le message à transmettre.

Les photographes, les illustrateurs et les dessinateurs sont les plus en vue, qui travaillent avec la presse et les militaires, et dont les pratiques permettent de produire plus d’œuvres, suivant le rythme quotidien de l’évolution du conflit. Cependant, les peintres participent largement aussi au mouvement et consacrent de très nombreuses toiles à ce thème durant cette période. Ainsi, le genre quelque peu académique et déjà largement répandu du portrait d’officiers ou de grandes personnalités militaires connaît-il un certain essor, et les commandes officielles pour des toiles représentant les héros de 1914-1918 se multiplient. Destinées au public, ces peintures exaltent les héros de la nation, encourageant à leur manière à la mobilisation et aux combats. Un grand mouvement commémoratif saisit tout le pays dès la fin de la guerre, qui confère, au même titre que les nombreux monuments aux morts, une fonction d’hommage à ces portraits militaires.

  Analyse des images

Visages de Guynemer

Le Capitaine aviateur Guynemer est une peinture à l’huile signée Henri Achille Zo (1873-1933) et datant de 1918. La toile, qui respecte les proportions réelles (elle fait près de deux mètres de hauteur), est un portrait posthume de Guynemer posant devant une autre toile. Vu jusqu’à mi-mollets, l’aviateur se tient droit dans son uniforme bleu sombre que marquent les attributs de capitaine (le képi, les deux bandes latérales sur le pantalon d’un rouge profond et le symbole triangulaire visible sur la manche) et celui de l’armée de l’air (insigne ailé sur la manche en haut qui est peut-être aussi celui du brevet de pilote). Les décorations exceptionnelles obtenues par Guynemer sont accrochées sur sa poitrine : la Médaille militaire (au centre, ronde avec le ruban d’or), la croix d’officier de la Légion d’honneur (à gauche, avec le ruban rouge) et la Croix de guerre (à droite). Une très fine moustache vieillit à peine le visage du jeune pilote (il est mort à 22 ans). Il arbore ici un air digne et martial, le regard sombre, déterminé et profond. Derrière lui apparaît une toile allégorique et de type classique représentant une Victoire ailée qui occupe tout le fond. Vêtue à l’antique et couverte d’une armure, elle est coiffée de la traditionnelle couronne de lauriers (symbole de victoire) et tient un glaive (dans sa main droite) et des branches de laurier. Majestueuse, le visage presque masculin et très sévère, elle semble envelopper de toute son envergure ailée le chétif capitaine.

Portrait posthume de Guynemer est une toile de J. Cousin Lawrence datant, elle aussi, de 1918. Il s’agit là aussi d’une peinture à l’huile, mais ici l’artiste a exploité la technique très différemment, optant pour un trait plus léger, des couleurs moins prononcées et plus lumineuses. Ce portrait en buste y gagne une certaine modernité qui le rapproche de l’illustration. Le capitaine y apparaît en tenue de pilote (blouson à col de fourrure, bonnet et lunettes d’aviateur), penché sur la partie avant de son avion (dont les proportions ne sont pas respectées, puisqu’il est assez petit). On reconnaît son visage assez juvénile et sa moustache. Il regarde à l’horizon, l’air déterminé et absorbé, prêt à l’aventure et au combat.

  Interprétation

Le héros Guynemer, entre académisme et modernité

Les deux toiles représentent Georges Guynemer, le pilote français le plus célèbre et le plus honoré de la Première Guerre. Né en 1894, il est refusé en 1914 par l’armée de terre qui le juge trop chétif et trop fragile. Il décide alors de s’engager dans l’aviation où il s’illustre brillamment avec cinquante-trois victoires. Promu capitaine et décoré des plus hautes distinctions, il meurt au combat le 11 septembre 1917 et trouve place en octobre 1917 au Panthéon, en tant que « symbole des aspirations et de l’enthousiasme de l’armée de la Nation ».

C’est donc un symbole du courage de la jeunesse française (il veut combattre malgré tout), une légende très célèbre (ses exploits ont été largement relatés par la presse) et un mythe (le « grand homme » qui repose au Panthéon à 22 ans) que traitent ici Zo et Lawrence. Rendant hommage à un héros aussi renommé, ils touchent de fait un public très large. Mais ces portraits étant posthumes, leurs toiles représentent déjà une image idéalisée et fixée dans les imaginaires (le visage, jeune, déterminé et beau, du pilote) plutôt qu’un personnage réel et posant pour eux.

Si les deux artistes exaltent en 1918 l’héroïsme de Guynemer et par là même la victoire (à venir ou tout juste acquise) de l’armée et de la nation, ils le font cependant différemment.

Zo s’inscrit pleinement dans l’académisme solennel propre au genre du portrait militaire, dont il reprend les codes (modèle debout, uniforme, décorations, regard droit), délaissant même son style personnel (plus coloré et plus impressionniste) pour un trait plus conventionnel. Il redouble la référence à un certain classicisme avec la Victoire, thème très traditionnel, qu’il choisit comme fond pour sa toile. Cette mise en abyme permet de multiplier les symboles (la Victoire, la Force, la République drapées de leur antique vertu sont ainsi doublement associées à Guynemer), mais elle pourrait aussi signaler un léger écart par rapport à l’exercice convenu. D’un point de vue esthétique, Zo inscrit son tableau dans l’histoire de la peinture classique (la Victoire, thème des grands peintres français) pour mieux, peut-être, s’en démarquer. Plus fondamentalement, l’inscription (en abyme) de la légende moderne dans la légende classique marquerait à la fois une assimilation et sa limite, faisant ressortir en creux leur distinction. Peut-être est-ce pour cela que l’artiste met en évidence l’aspect chétif et l’air assez doux (opposés à ceux de la déesse) du pilote, qui semble à la fois enveloppé, chargé et élevé par le devoir de victoire, le passé, la tradition et les valeurs de la nation, dont il s’est rendu digne au prix de sa vie.

Si la modernité du héros Guynemer apparaît en creux dans le traitement de Zo, elle est plus évidente dans le portrait de Lawrence. Proche de l’illustration, la technique rappelle ici les images qui paraissaient dans certains périodiques. Présenté comme un pilote plutôt que comme un soldat (aucun signe ou élément se rapportant à l’armée), Guynemer est ici autant un aventurier des temps modernes qu’un militaire. Cette perspective correspond à la manière dont l’aviation de combat est de plus en plus représentée durant et après le conflit, où les jeunes héros ne posent plus exactement comme ceux d’autrefois.

Auteur : Alexandre SUMPF


Bibliographie

  • Henry BORDEAUX, Vie héroïque de Guynemer, le chevalier de l’air, Paris, Plon, 1918.
  • Philippe CONTAMINE, « Mourir pour la patrie » in Pierre NORA (dir.) Les Lieux de mémoire, tome II, « La nation », Paris, Gallimard, 1988.
  • Bernard MARK, Histoire de l’aviation, Paris, Flammarion, 2001.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la première guerre mondiale, Paris, Fayard, 2004.

Commentaires

On peut surtout noter que la seconde peinture s'inspire très largement de ce qui est couramment présenté comme la dernière photo de Guynemer s'occupant de son SPAD. La photo est un peut plus large puisqu'on y voit entièrement l'axe de l'hélice, et les proportions sont les mêmes, donc le SPAD n'est pas représenté sur cette peinture plus petit que la réalité...

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Shadock
Par Shadock le 21/10/13 à 21h10 - #1759

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