L'Histoire par l'image 1789-1939

L'Histoire par l'image 1789-1939
Hors-série Napoléon Bonaparte
Réunion des musées nationaux en partenariat avec la Direction générale des patrimoines

Le congrès de Vienne

Le congrès de Vienne. Le congrès de Vienne.
Jean-Baptiste ISABEY.
Le congrès de Vienne. Le congrès de Vienne.
Jean GODEFROY.
Le congrès de Vienne.

© Photo RMN - C. Jean

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Titre : Le congrès de Vienne.

Auteur : Jean-Baptiste ISABEY (1767-1855)
Date de création : 1815
Dimensions : Hauteur 46 cm - Largeur 66 cm
Technique et autres indications : Dessin à la plume ; encre sépia.
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88-003881 / RF3858

Le congrès de Vienne.

© Photo RMN - G. Blot

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Titre : Le congrès de Vienne.

Auteur : Jean GODEFROY (1771-1839)
Dimensions : Hauteur 65 cm - Largeur 82 cm
Technique et autres indications : Gravure à la pointe de diamant d'après Jean-Baptiste ISABEY (1767-1855).
Sous-titre : La France, l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre se réunissent afin de statuer, après l'éviction de Napoléon Ier, sur un nouvel équilibre en Europe
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Malmaison (Rueil-Malmaison) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 05-525634 / MM4047 8129


Contexte historique

Du traité de Paris au congrès de Vienne

Le 30 mai 1814, l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie après avoir triomphé ensemble pour la première fois face à Napoléon Ier , signent à Paris un traité avec le nouveau souverain français Louis XVIII. Les puissances alliées veulent par ce traité mettre « fin aux longues agitations de l’Europe et aux malheurs des peuples, par une paix solide, fondée sur une juste répartition des forces entre les Puissances ». Toutes s’engagent alors à se réunir deux mois plus tard à Vienne « pour y ajouter les arrangements rendus nécessaires par l’état dans lequel l’Europe était restée », suite à l’effondrement de l’Empire napoléonien.

Négociateur en tant que ministre des affaires étrangères de Louis XVIII, Talleyrand déclare après la signature : « j’ai fini ma paix ». Elle ménage une France qui, en retrouvant plus ou moins ses frontières de 1792 (soit avant le début des guerres révolutionnaires), cesse « d’être gigantesque pour devenir grande. »

À Vienne, Talleyrand doit conserver les acquis. L’acte final est signé le 9 juin 1815 après bien des discussions et malgré le retour en France de Napoléon dès mars, compliquant singulièrement la tâche du ministre d’un roi en exil.

Voulant conserver l’image d’un tel évènement, il emmène avec lui le portraitiste Isabey qui projette alors de rejoindre Vienne et l’invite à s’inspirer de son tableau de Ter Borch représentant la ratification du traité de Westphalie à Münster en 1648. La création d’Isabey doit cependant attendre les années politiquement plus sereines de 1816-1820 pour être exposée et diffusée.


Analyse des images

La place respective des puissances européennes

Isabey situe la scène dans le lieu des réunions officielles, la résidence du chancelier autrichien Metternich. Si le portrait de l’empereur François Ier est accroché en bonne place sur le mur, la chancellerie de la Ballhausplatz conserve aussi le souvenir de Kaunitz, le chancelier de Marie-Thérèse : son buste apparaît à droite et un portrait de l’impératrice est accroché dans le salon attenant.

Dans son atelier du faubourg de Leopoldstadt, Isabey portraitise de nombreuses personnalités dont certains envoyés. Pour varier les pauses et les attitudes d’un tel portrait de groupe, il choisit de représenter la « causerie familière » qui a lieu une fois la session terminée.

Les 22 ministres plénipotentiaires et leurs assistants ne sont pas tous reconnaissables sur le dessin servant d’esquisse. Isabey en réalise un second de la taille et de la précision nécessaires à sa gravure par Godefroy (collection de la reine d’Angleterre).

Les personnages sont répartis en deux groupes. Le premier se tient près de la fenêtre autour de Metternich qui est debout devant une chaise, fixant le spectateur et paraissant dialoguer avec le représentant russe Stackelberg assis à l’autre extrémité de la scène. Celui-ci fait partie du second groupe encore réuni autour de la table des négociations. Au centre, la chaise vide de président de séance occupe le premier plan. Le ministre anglais Castelreagh est assis derrière elle dans une pose nonchalante. Son compatriote Wellington, vainqueur de Waterloo, n’apparaît que dans la gravure, à l’extrême gauche. Assis près de lui, le Prussien Hardenberg a comme le regard fixé sur Talleyrand. Ce dernier, dont les traits ne sont reconnaissables que sur la gravure, est assis devant la table, le bras droit posé dessus, prenant le spectateur à témoin.

Une marge sert de légende à la gravure ; elle comprend le titre, les portraits des souverains, les armes des nations et des délégués, et des figures allégoriques.


Interprétation

Talleyrand défenseur de l’équilibre entre les puissances européennes

Talleyrand est accepté à la table des négociations peu de temps avant l’ouverture du congrès où il réussit à faire entrer l’Espagne, le Portugal et la Suède, non signataires du traité de Paris. Il traite secrètement avec l’Angleterre et l’Autriche (qui obtient au congrès la mainmise sur l’Italie et la présidence d’une Confédération germanique) pour contrer les velléités hégémoniques de la Prusse et de la Russie (qui élargissent leurs territoires notamment en Allemagne et en Pologne).

Talleyrand ne défend pas le droit des peuples, mais le droit monarchique et l’équilibre entre les puissances comme Castelreagh, artisan de l’alliance contre Napoléon et partisan des congrès diplomatiques ; d’où sa place pivot sous la balance équilibrée de la Justice. Justice, Vérité, Sagesse et Science réfutent l’idée d’une « Sainte Alliance » que veut imposer le tsar Alexandre. L’ordre de Vienne régentera l’Europe durant quarante ans avant d’être balayé par le mouvement des nationalités. Isabey prédit ainsi l’avenir en plaçant le Prussien Hardenberg comme tapi dans l’ombre.

Le grand dessin est sans doute bien abouti quand Isabey y ajoute Wellington arrivé en février 1815 à Vienne, mais qu’il quitte rapidement pour se porter contre Napoléon. Malgré les Cents jours, l’acte final est signé le 9 juin 1815. Isabey a alors rejoint Paris. En 1817, de retour à Paris après un exil à Londres, il expose son grand dessin au Salon. La gravure est enfin déposée à la Bibliothèque royale le 12 février 1820.

Talleyrand vit alors retiré des affaires. Il n’a pas négocié le second traité de Paris du 20 novembre 1815 qui réduit encore le territoire d’une France occupée, devant payer de lourdes indemnités aux alliées. Mais c’est cette vision du congrès de Vienne, au cours duquel le pays assoit à nouveau son rang dans le concert des puissances européennes, qui passe à la postérité, consacrant aussi son rayonnement culturel au même titre que les mémorables soupers du cuisinier Carême alors offerts par Talleyrand et suivis de « causeries familières » où le brie fut même proclamé un soir roi des fromages.

Auteur : Guillaume NICOUD


Bibliographie

  • Talleyrand ou Le miroir trompeur, catalogue d’exposition, Autun, Musée Rolin, 16 novembre 2005-15 février 2006, Paris, Somogy : Autun, Musée Rolin, 2005.
  • Francis DEMIER, La France du XIXe siècle, Le Seuil, Collection « Points Histoire », Paris, 2000.

Mots-clés

chute de l'Empire - Restauration - Sainte Alliance - Talleyrand-Périgord Charles-Maurice de

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