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Le compositeur Cherubini et la Muse de la poésie lyrique

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Le compositeur Cherubini et la Muse de la poésie lyrique.

© Photo RMN-Grand Palais - C. Jean

Agrandissement - Zoom

Titre : Le compositeur Cherubini et la Muse de la poésie lyrique.

Auteur : Jean-Auguste Dominique INGRES (1780-1867)
Date de création : 1842
Date représentée : 1842
Dimensions : Hauteur 105 cm - Largeur 94 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 89EE2280/INV 5423

  Contexte historique

Compositeur italien né en 1760, Cherubini s’établit à Paris en 1788 et se fait naturaliser français. Il traverse les gouvernements : porte-parole enflammé de la patrie pendant la Révolution il compose quelques années plus tard la Messe du sacre de Napoléon avant de devenir surintendant de la chapelle royale sous la Restauration.
Cherubini crée des compositions civiques comme des œuvres religieuses et des opéras, en particulier Médée (1797), qui étendra sa notoriété notamment outre-Manche et lui vaudra la reconnaissance des plus grands. En tant que l’un des principaux fondateurs du Conservatoire de Paris, il participe à sa création en 1795 et devient inspecteur puis professeur ; il formera deux générations de compositeurs. Dans le contexte très actif du romantisme musical français, Cherubini, directeur du Conservatoire au terme de sa carrière, se heurte au fougueux Berlioz, ce qui limite ses ambitions et son appétit de reconnaissance. Cette opposition le situe du côté des classiques conservateurs au moment où sa vie s’achève. Sa notoriété restera affectée par les railleries de Berlioz. S’il a senti et exprimé dans sa musique les premiers élans romantiques, Cherubini resta prisonnier du cadre du classicisme. Mais la musique de ce contemporain de Mozart et de Beethoven est imprégnée d’une tension entre émotion et rigueur, et sa figure historique austère cache une œuvre très créative.

  Analyse de l'image

C’est en 1834, alors qu’il prend ses fonctions de directeur de l’Académie de France à Rome, qu’Ingres commence le portrait de Cherubini. On ne sait s’il s’agit d’une commande du musicien ou d’une décision du peintre. Cherubini est représenté assis, appuyé contre une colonne de stuc, sous un porche antique. D’une main il se tient la tête, de l’autre sa canne. Il porte un carrick (une redingote) noir entrouvert. Il a l’air très concentré. Derrière lui et hors de son champ de vision se dresse Terpsichore, muse de la danse, des chœurs dramatiques et de la poésie lyrique. Elle tient une lyre, son attribut. Elle étend son bras droit sur la tête du musicien dans un geste de protection en même temps qu’elle le désigne à l’admiration des hommes. Dans un premier état Ingres avait peint un carrick jaune moutarde et le musicien était assis dans un fauteuil de velours rouge. Cette modification est aujourd’hui bien perceptible car cette partie de la toile d’Ingres est sans crevasses et forme une sorte de cerne autour du buste du modèle.
Cette étrange composition mêle époques antique et contemporaine grâce à un jeu d’opposition entre la beauté vigoureuse de la muse et le visage du vieillard comme tout entier retiré en lui-même. C’est le seul portrait pour lequel Ingres ait fait appel à un disciple, Henri Lehmann (Kiel, 1814-Paris, 1882), qui peindra la muse. Malheureusement, il emploiera une peinture trop grasse qui se crevassera quelques années plus tard.

  Interprétation

Ce portrait de Cherubini rencontra en France un immense succès. Louis-Philippe acheta le tableau pour le musée du Luxembourg, y reconnaissant un tableau « moderne » plus qu’une œuvre à caractère historique. Ingres est cependant déçu ; il espérait voir son tableau au musée de l’Histoire de France de Versailles, créé par le roi.
Par l’audace de la composition, Ingres mêle le réalisme du portrait et l’allégorie avec la représentation de la muse. Environné d’un décor à l’antique mais habillé comme ses contemporains, Cherubini manifeste une véritable présence grâce à la précision du trait et au souci du détail qui contrastent avec la figure mythologique de la muse. Les relations de Cherubini avec Ingres sont parfois houleuses, car les deux hommes sont orgueilleux. Le journaliste Théophile Silvestre (1823-1876) convenait que « ces deux vanités aigres se comprenaient parfaitement ».
Mais lorsque Cherubini voit son portrait en mai 1841, il ne fait semble-t-il aucun commentaire. Approbation ou désapprobation ? Est-il heurté par les couleurs chamarrées ? Toujours est-il qu’Ingres en fut dépité, et c’est peut-être la raison pour laquelle il modifia ensuite son tableau.

Auteur : Nathalie de LA PERRIÈRE-ALFSEN


Bibliographie

  • Roland de CANDE, Histoire universelle de la musique, 2 vol, Paris, Seuil, 1978-1982.
  • André CHASTEL, L’Art français, tome IV « Le temps de l’éloquence : 1775-1825 », Flammarion, 1995, rééd. 2000.
  • Maruie-Claire BELTRANDO-PATIER, Histoire de la musique, Paris, Larousse, 1982, nouv. éd. 1998.
  • Georges VIGNE, Ingres, Paris, Citadelles et Mazenod, 1995.
  • Collectif, Les portraits d’Ingres, Paris, RMN, 1992.

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